Seebohm, p. 77 et suiv
Toutes les terres, soit qu'elles appartiennent au domaine seigneurial (lands in dem(sne), soit qu'elles composent les biens des paysans (lands in villenagé)^ sont cultivées en commun. C'est là une nécessité produite par la répartition même du sol : un détenteur de quatre vergées ou d'une hida de terre, pouvant fournir les huit bœufs qui composaient l'attelage complet d'une charrue, serait fort embarrassé pour culti)?er toutes ces parcelles disséminées sur la surface entière du territoire ; les paysans s'associent donc, fournissant, les pauvres un bœuf, les autres deux ou quatre, les plus riches huit bœufs. Ils forment une communauté de paysans. Ces paysans étaient sans doute à l'origine serfs pour la plupart; mais peu à peu, surtout depuis la conquête, leur condition s'était améliorée ; cependant ils sont encore tenus envers leur seigneur à des services ou à des redevances qui rappellent leur état ancien et sont une source de revenus pour le propriétaire du manoir * .
Pour les villani proprement dits, ces redevances et services peuvent se ranger en trois classes : 1** Chaque semaine, le vilain doit un nombre de jours de travail sur les terres du seigneur; ce nombre est fixé par la coutume de chaque manoir; il est de trois jours en moyenne, moins les jours fériés. 2° En dehors de ces jours obligatoires, le seigneur peut demander, dans certains cas pressants, des jours ou des heures de travail supplémentaire ; parfois ces jours sont en déduction du travail obligatoire ; le plus souvent au contraire ils s'y ajoutent. S" Le vilain doit enfin certaines redevances au'il acquitte, soit en argent, soit en nature, soir même en travail, par voie d'arrérages, ou ga/oi. Tandis que les services des deux premières catégories rappellent évidemment leur origine servile, ceux de la troisième se rapprochent plutôt du système moderne de fermage qui devait l'emporter peu à peu sur le premier*. Les petites gens (cottarii, bordarii), fournissaient de menus services qui
i. Ce qui distingue essentiellement les vilains des serfs proprement dits, c'est que les premiers doivent des services déterminés; c'est ce que Bracton appelle le villenaqium privilegiatum, et qu'il oppose au villenagium purum, fort semblaole au servage. Edit. Twiss, IIl, p. 376; cf. I, 50 ef 2U6.
2. M. Th. Rogers, dans son beau livre intitulé Agriculture and priées of England, 1259-1793, fait remarquer que le règne de Henri III a été très favorable à l'affranchissement de la classe des paysans. I, 3.
étaient d'ailleurs limités d'ordinaire, comme ceux des villani. Les paysans de condition tout à fait inférieure n'étaient pas aussi protégés; serfs, taillables et corvéables à merci, leur petit gain {wainagium) pouvait être pris par le maître *, Simon de Montfort, tant de fois pressé par des besoins d'argent, ne s'en fit pas faute : dans son testament (1" janvier 1259), il veut que « la povre gent de sa t«rre » soit bien traitée par ses héritiers, et surtout, dit-il, les « gaaneuors, de qui biens je é eu meinte foyz* » .
Il y avait enfin une dernière classe de tenanciers, celle des socmanni; ils devaient des redevances serviles, mais ils étaient libres de leur personne ; liberi homines, et non glebae adscripti; aussi le seigneur n'avait-il pas sur eux les mêmes droits que sur les vilains. Il suffisait ici de les mentionner.
En dehors des travaux et revenus dus au seigneur par ses tenanciers, ceux-ci étaient encore soumis à diverses obligations qui, plus que les autres peut-être, étaient la marque de leur condition asservie : il leur fallait demander la permission du seigneur pour marier leurs filles, envoyer moudre leurs grains au moulin du seigneur, etc.; il leur était défendu de quitter le pays, de vendre leurs bœufs sans la permission du seigneur, et l'on n'ignore pas que, toutes ces autorisations, le seigneur ne les donnait pas pour rien'.
Quels sont maintenant les agents du seigneur qui surveillent l'exploitation du domaine et l'administration du manoir? Ils sont essentiellement au nombre de trois : V le prévôt {praeposilus)y choisi d'ordinaire par la communauté des habitants (villata) parmi les meilleurs des paysans ; il surveille la culture en général. 2° Au-dessus de lui se trouve le bailli [ballivus, batltff)^ qui doit veiller avec le plus grand zèle à la continuité et à la bonne exécution du travail commun, et qui est investi de certairife droits de justice et de police. 3"* Enfin, tandis que le seigneur est représenté dans chacun de ses manoirs par un bailli, le sénéchal exerce
i. Bracton, éd. Twiss, I, p. 42.