Livre I, ch. 8; éd. Twiss, I
2. Bracton, livre III, premier traité, ch. 9 ; Twiss, II, 172, 174.
doctrine de saint Thomas ; c'est dans des termes à peu près semblables que Bossuet justifie l'absolutisme de Louis XIV.
Dans un autre passage, Bracton est un peu plus précis; c'est bien un jurisconsulte anglais du xiii* siècle qui parle : «Les juges ni les particuliers ne peuvent discuter les chartes royales ni les actions du roi; si même dans une charte il se trouve des obscurités, ils ne peuvent l'interpréter; c'est au roi d'interpréter ce qu'il a accordé. Mais on peut dire que le roi doit faire le juste et réparer Tinjustice, de peur qu'à leur tour le roi et les juges ne soient jugés par le Dieu vivant à cause de leur injustice. Or, le roi a un supérieur, c'est Dieu ; de même au-dessus de lui est la loi, par laquelle le roi a été créé ; de même il a sa cour (cwm), c'est-àdire les comtes et les barons de son royaume, car le mot « comte » signifie « compagnon du roi » ; or ces compagnons sont là pour enseigner la justice. Un compagnon (socms), c'est en effet un maître qui vous enseigne [magistery. »
A l'époque de son couronnement, le roi devait prêter un serment. Si nous n'avons pas de formule de couronnement que l'on puisse faire remonter avec certitude à l'époque de Henri III, Bracton est là du moins pour nous dire en quoi consistait ce serment : « il doit, en jurant au nom de J.-C, promettre trois choses: Y II fera tous ses efforts pour que l'Église de Dieu et tout le peuple chrétien soient toujours en paix; 2' il interdira toutes les rapacités et toutes les iniquités à tous les degrés ; 3** dans tous les jugements, il ordonnera l'équité et la miséricorde, pour que lui-même puisse mériter la miséricorde divine, et pour que tout le monde puisse, grâce à sa justice, goûter une paix assurée*. » Telle est la substance du serment que Henri III, à l'âge de dix ans, prononça devant le grand autel de l'église conventuelle de Gloucester, en présence du clergé et du peuple ; et c'est seulement après avoir répété la formule dictée par l'évêque de Bath, qu'il reçut l'onction sainte, et qu'il fut couronné solennellement (28 octobre 1216). Le lendemain le roi reçut l'hommage et le serment de fidélité des êvêques, des comtes, des barons et « de tous les autres » qui étaient là; tous jurèrent de lui obéir fidèlement'.