‹ Simon de Nantua ou Le Marchand ForainChapitre 13 sur 54 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Simon de Nantua inspire de la re'signation et fait couceyoir des espérances à un vigneron de'courage'.

Bonjour, mon vieux, dit Simon de Nantua à un bon vigneron qui travaillait sur la lisière de sa vigne. Eh bien ! cela va-t-îl comme vous voulez cette année ? — Il s'en faut, répondit le bon hommeen secouant tristement la tête.

Comment donc cela, mon ami?

LE VIGNERON

Eh ! vous voyez bien que la vigne a coulé, et qu'il n'y aura pas de fruit. Voilà la seconde année que la récolte manque , et je vois d'ici ma femme , mes pauvres enfans et moi, mourant tous de faim. Je n'ai plus de courage, et je ne sais pas ,ce qu'il faudra faire.

C'est un bien grand malheur que celui qui vous arrive, mon brave camarade, et je vous plains de tout mon cœur. Mais ce

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n'est pas eu se laissant décourager que l'on remédie au mal. Il ne faut pas , comme on dit, jeter le manche après la coignée. Toutes les fois que riiommc veut lutter contre le malheur, 11 est sûr d'être le plus fort. Celui qui sait souffrir avec résignation , attendre avec patience , travailler avec constance et fermeté, ne succombe jamais à la mauvaise fortune. Dieu a dit : Aide - toi j je t'aiderai. Vous allez, me répondre que vous avez fait tout ce^'que vous avez pu , et qu'il ne dépend pas de vous d'empêcher que la saison vous enlève votre récolte. J'en conviens : et c'est précisément pour cela que vous devez trouver l'aide dont vous avez besoin. Ne vous découragez donc pas. Un honnête homme, un homme laborieux ne meurt jamais de faim , ni lui , ni ses enfans. Les cultivateurs sont les soutiens de l'état; quand à leur tour ils ont besoin de lui , l'état vient à leur secours. Soyez tranquille, le Roi veille sur vous, il diminuera vos charges, et, s'il le faut, il vous fournira les moyens d'attendre pour récolter l'année prochaine. Du cœur et de la force ! Le malheur est comme les lâches; il poursuit ceux qu'il voit trem-

Mer, et s'enfuit quand on l'attend de pied ferme.

LE VIGNERON

Je n'ai point manqué de courage jusqu'à présent; mais c'est qu'il s'use au bout du compte.

Oh ! oh ! s'il s'use comme cela , c'est qu'il n'est pas de bonne trempe. Il faut qu'il dure jusqu'au bout, car l'instant où il vous quitte est peut-être celui où vous alliez n'en plus avoir besoin. Allons, mon brave ami , résignation , patience et fermeté ! Comptez avec cela sur la Providence ei sur le Roi; et, quand vous serez tiré de là , rappelez-vous que je vous l'ai prédit. Adieu, mon vieux.

LE VIGNERON

Bon voyage , et grand merci de vos con^ seils; mon bou Monsieur.

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