HISTOIRE DE CATHERINE GERVAIS
Vous savez tous, continua Simon de JNantua, que Catherine Gervais était une })onne fille , qui n'était pas jolie et qui n'avait pas la moindre prétention , mais beaucoup de sagesse, de piété et d'amour du travail. Aussi, lorsqu'elle partit pour
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Paris , son unique pensée fut-elle de travailler de son mieux, pour gagner de l'argent et pouvoir être utile à son vieux père qui était infirme. En arrivant dans la grande ville , elle se présenta dans une maison ou elle était recommandée par votre Maire, et de plus elle pouvait montrer un bon certificat de M. le curé de ce village. On Tadmit volontiers sur de pareilles recommandations, d'abord pour laver la vaisselle et faire de gros travaux dans la maison. Catherine n'était ni fière ni dégoûtée , et faisait sans murmurer tout ce que lui commandaient même les autres domestiques , en sorte que chacun l'aimait. Comme elle avait grande envie d'apprendre à faire la cuisine , elle pria le cuisinier de la maison de lui montrer comment il s'y prenait, et de vouloir bien lui donner quelques instructions : le chef s'y prêta de tout son cœur, et, dans un assez court espace dé temps, Catherine devir\t une fort bonne cuisinière. Tout est facile à qui a de la bonne volonté. Du reste , Catherine était sage; eWe continuait de remplir avec une grande exactitude tous ses devoirs de piété , et le curé de la paroisse la connaissait très-bien.
Lorsqu'elle se sentit en e'fat de remplir une place plus diflicile, mais plus lucrative, elle alla trouver sa maîtresse, et. lui dit : « Madame, je suis bien- reconnaissante de la bonté que vous avez eue de me recevoir chez vous; je vous ai l'obligation de savoir quelque chose, et d'être en ëtat de gagner ma vie. Je voudrais ne pas vous quitter; mais j'ai un vieux père qui a besoin de mes secours et il faut que je travaille pour lui. Je puis maintenant être placée comme cuisinière, dans une maison moins considérable que la vôtre : serez-vous encore assez bonne pour me recommander aux personnes qui pourraient me prendre? Je n'ai pas voulu chercher une place avant de vous avoir demandé mon congé. »
La dame fut touchée de la délicatesse et des bons sentimens de Catherine; elle lui promit de la recommander, et de la garder dans sa maison jusqu'à ce qu'elle trouvât à se bien placer. Catherine alla voir le curé pour lui demander sa protection. Or, il se trouva que le curé connaissait précisément une bonne dame âgée, qui avait besoin d'une gouvernante; et, comme il connaissait aussi les bonnes qua-
liles de Catherine, il pensa qu'il ne pouvait mieux faire que de Ja donner à cette dame. Catherine entra en effet chez elle , et la voilà devenue ce qu'on appelle à Paris, cordoji bleu, c'est-à-dire, cuisinière en chef. Sa maîtresse est très-contente de ses soins et de ses attentions. Elle gagne assez d'argent; et, si elle n'avait pas eu le malheur de perdre son père, comme vous le savez , elle pourrait bien lui donner de laisance aujourd'hui. Ajoutez que la vieille dame, sans doute, ne l'oubliera pas dans son testament ; mais Catherine a un trop bon cœur pour penser seulement à cela , et pour faire un semblable calcul.
Et la pauvre Colette? dit une jeune fille; elle était si gentille, si aimable! Qu'estelle devenue de son côté?
Ah ! dit Simon de Nantua , en secouant la tête , c'est ce que nous allons voir.