CHAPITRE XXXII
Simon de Nantiia fait sentir les avantages du nouveau système des poids et mesures.
Je vous ai fait voir , poursuivit Simon de Nantua, un bien triste spectacle, n'est-il pas vrai ? Quant à moi, il me parait si affligeant que j'en ai le cœur malade. Allonsnous-en chez Parneau; vous verrez un homme bien différent de celui que nous quittons.
Nous trouvâmes cet honnête marchand dans une jolie petite boutique extrêmement propre, bien tenue et qui paraissait parfaitement assortie. Il nous reçut de bonne grâce, et avec un air de gaîté et de politesse qui devait lui être habituel.
Je viens de chez M. Thibaud , dit Simon de Nantua. — Ah ! Ah ! avez-vous fait quelque affaire avec lui ? — Non. — Tantpis,car jesais qu'il se plaint ;et je serais fâché que son commerce n'allât pas bien. Le pauvre homme dit du mal de moi, mais je ne lui en veux pas,et jele plains de tout mon cœur d'être jaloux comme il est. Mais qu'y faire?-— Je suis bien aise de vousenten-
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dre parler ainsi, monsieur Parneau. — Eh ! mon Dieu, cela est toutsimple. Nous apportez-vous quelque nouveauté, père Simon?
Ils se mirent alors à causer d'affaires , et mon compagnon se défit , dans cette boutique , d'une bonne partie de son bagage. Pendant ce temps-là nous entendîmes une dispute très-vive chez le voisin , qui était un épicier. Les passans s'arrêtaient, et nous eûmes la curiosité d'aller voir aussi quels étaient le genre et le sujet de la querelle.
Il y avait chez l'épicier un homme fort en colère qui se plaignait d'avoir été trompé sur le poids , en achetant une assez grande quantité de marchandises. Je vous en ai donne ce prix-là , disail-il, parce que j'ai cru que c';.lait la livre de seize onces. Certainement , je ne l'eusse jamais payé si cher, si j'avais su que ce ne fut que la livre de quatorze onces. — Et moi , répondait répicier, je ne vous l'eusse pas donné au même prix non plus , s'il eût été question delà livre de seize onces. Tout le monde sait que je suis un honnête homme et que je ne trompe personne, entendez-vous ^ — Vous deviez me prévenir. — Vous deviez savoir ce que vous faisiez. — Je sais ce qu'on faat dans mon département,et ne suis pas obligé
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de connaître les usages du yôtre. Je m'en rapporte à ces messieurs, — Et moi aussi. Messieurs, dit Simon dejNantua, il est évident que le marche ne peut pas tenir, puisqu'il y a eu un malentendu de cette nature. Mais voici une petite aventure qui devrait bien vous faire sentir le tort que vous vous faites à vous-mêmes, en vous obstinant à faire usage des anciens poids et mesures que le gouvernement a réformes.
Vous voyez ce qui en résulte. Quand on a imaginé d'établir un système uniforme de poids et mesures dans toute la France, c'est quoa sentait l'inconvénient de cesdiversités qu,i existaient, dans l'ancien système, d'un département à l'autre. 11 ne faut que du bon SCQS pour comprendre combien il est plu» commode, plus avantageux et plus expédilif d'employer partout les mêmes poids, les mêmes* mesures. Quelle est donc la cause pour laquelle il y a encore des gens qui s'obstinent à faire usage de l'ancien système, tout incommode qu'il est ? La voici : c'est que d'une part les marchands ne veulent pas se donner la peine d'apprendre le nouveau^ et de l'autre , les consommateurs Retendent que, n'y étant pas habitués, ils pourront être facilement trompés par les
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marchands qui ne seront pas honnêtes. Les uns et les autres ont également tort : premièrement, messieurs, les marchands ne se doutent pas qu'ils auraient beaucoup moins de peine à apprendre le nouveau système , qu'ils n'en prennenttous les jours a faire les calculs et les réductions que l'ancien nécessite. Il n'y a rien de si simple que les divisons nouvelles qui sont toutes basées sur le système décimal. Très-certainement il est plus aisé et plus prompt de calculer des grammes, des hectogrammes €t des kilogrammes, que des livres, des onces , des gros , etc. Vous me direz que vous ne comprenez rien à ces non.s-là ; mais je ne vois pas ce qu'ils ont de plus difficile et de plus fatigant pour la mémoire que les autres. Qu'est-ce que le mot jnèire a donc de plus étrange que le mot aune ? Toutes ces objections-là seraient très-biea placées , s'il était question au contraire de substituer les anciennes mesures aux nouvelles. Quant aux consommateurs qui ont peur dètre trompés , ce qui vient de se passer ici doit leur prouver à quel point ils sont dans l'erreur, s'ils se figurent qu'ils y soient moins exposés en achetant des li* vres , plutôt que des kilogrammes , des
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Dintes plutôt que des litres. Si chacun vouait faire ce qu'il faut pour l'adoption gële'rale du nouveau système métrique, cha- :un assurément y gagnerait. Je sais bien ju'avec le temps l'ancien finira par dispa- 'aître tout-à-fait; mais pourquoi se priver i'^olonlairement d'un avantage dont on pourrait si facilement et si promptement pe procurer la jouissance? Je souhaite que :e qui vient ici de donner lieu à une dispute, serve de leçon à tous ceux qui en sont témoins, et sur ce, messieurs, je vous laisse résilier entre vous votre marché.