‹ Simon de Nantua ou Le Marchand ForainChapitre 46 sur 54 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Simon de Naatiia va à l'cglise , chante au lutrin et écoute le sermon d'un cm-e', en qui il retrouve mie ancienne connaissance.

Vous n'avez sûrement pas oublié , mes cbers lecteurs, ce que je vous ai dit dans le premier chapitre de ce livre , que Simon de Nantua avait été destiné à l'état ecclésiastique et qu'il avait fait autrefois quelques études. Il avait connu dans ce temps, plusieurs jeunes gens qui étudiaient avec lui , et dont quelques-uns étaient entrés dans l'église. J'ai voulu vous rappeler cette circonstance, afin que vous ne fussiez pas étonnés de ce qui arriva à mon compagnon de voyage, dans un village où nous limes halte , à quelques lieues d'Honfleur.

C'était UD dimanche matin, un peu avant l'heure de la messe. Simon de Nantua ne manquait jamais ^ ces jours-là, d'aller à l'église dans l'endroi t où il se trouvait. JS ous y allâmes donc ensemble. IJ y avait, à la porte de l'église , des villageois qui causaient entre eux. Simon de jNantua leur fit quelques questions et leur demanda entre

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autres choses, comment se nommait M. le curé. — Ah ! c'est un bien digne homme,re'pondit un paysan; il s'appelle M. Hilaire.— M. Hilaire ! savez-vous de quel pays il est? — De Bourg, dans le déparlement de l'Ain. — Oh! s'écria Simon de Nantua, où est-il ? oii est-il ? — Vous le trouverez àlasacristie. — Simon court aussitôt à la sacristie et je le suis. Monsieur le curé, dit-il, vous souvenez-vous encore de Simon de Nantua , qui a eu l'honneur d'apprendre le latin avec vous ? — Oui, vraiment je m'en souviens. — Eh ! le voilà, c'est moi, monsieur Hilaire. — Est-il possible? — C'est moi-même, qui ai entendu vôtre nom, et qui ai voulu venir vous assurer de mon respect. — Je suis bien aise de vous revoir, mon cher Simon, et j'ai souvent été curieux de savoir ce que vous étiez devenu. Nous aurons bien des choses à dire tantôt. Mais voici l'heure de la mfsse. Ah ! mon Dieu, vous pourriez me rendre un service. Savez-vous,encore chanter? — Oui, monsieur le curé. — C'est que mon chantre est malade aujourd'hui. Voulez-vo ;j me faire le plaisir de le remplacer? — Trèsvolontiers.

Simon de Nantua affublé d'un surplis va

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se placer au lutrin où il entonne avec une voix h fendre la voùle. Je ne l'avais pas encore vu remplir de semblables fonctions, et je fus tout étonné de son talent. Mais ce qui me lit un plaisir extrême , ce fut le sermon du bon curé , dont je vais tâcher de vous rapporter au moins quelques passages.

« Jésus-Christ, disait-il, ordonna à saint » Pierre de remettre son sabre dans le four- :» reau,et illuidit, que celui qui frapperait » avec le fer périrait par le fer. Compre- » nez- vous, mes frères, tout le sens qui est jj renfermé dans ces paroles? Elles ne siî) gnifîent pas seulement que i'épée ven- » géra le mal qu'aura fait I'épée. Le fer est j) ici l'image du vice et des passions. Notre )) divin maître a voulu donner une leçon 3) à tous les hommes, et leur apprendre » que les vices sont punis par les vices , et j) que les passions cachent sous un voile 5) séduisant, un poison qui tue. Celui qui 3) frappe avec le fer périra par le fer : c'est- -à-dire, que l'orgueilleux sera humilié » parle triomphe des autres; quel'envieux » sera déchiré par le desespoir que lui cau- 3) seront les succès d'autrui. Celui qui frappe 3) avec le fer périra par le fer : c'est-à-dire.

» que le médisant deviendra lui-même » l'objet de la haine et du mépris qu'il aura h cherché à attirer sur son semblable ; que » l'avare mourra de besoin , après avoir » refusé son superflu au malheureux. Cei) lui qui frappe avec le fer périra par le » fer : c'est-à-dire, que l'homme qui se li- » vre à la paresse sentira le poids de la mi- » sère ; que celui qui se laisse aller à lia- » tempérance périra victime de ses déw bauches ; que celui qui s'abandonne à » la colère méritera la colère de Dieu et » la colère des hommes ; que celui qui » chérit la vengeance attirera sur lui-mê- )) me la vengeance du ciel et la vengeance » de la terre. Celui qui frappe avec le fer » périra par le fer : c'est • à - dire , que » celui qui aura opprimé sera opprimé )) à son tour -, que celui qui n'aura pas se- » couru son semblable , lorsqu'il l'aura vu M soufrir, souffrira à son tour, et ne trou- » vera l'aide de personne ; que celui qui » haïra les hommes sera haï par eux; » que celui qui persécute sera persécuté. » C'est là , mes frères , c'est là ce que le » Seigneur a voulu dire à son apôtre, en « lui adressant ces mots. Vous voyez comi) biea de vérités terribles sont renfermées

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î) dans ce peu de paroles. Mais on yen peut » découvrir aussi de bien consolantes , de » bien fortifiantes. Car , si le vice punit le » vice, la vertu récompense aussi la vertu. » Rappelez-vous que si vous êtes humbles, » vous serez élevés ; que si vous êtes cha- » ritables, vous trouverez indulgence et » protection de la part de vos frères. Ai- » niez votre prochain, pour que vous soyez i) aimé de lui.Donnezà celui qui a besoin, i) et , si vous venez à manquer , vous retrou- » verez ce que vous aurez ainsi placé. )) Soyez sobres et chastes, et vous conserw verez votre santé et vos forces. Gardez- » vous de la médisance et du mensonge; » prenez la défense de ceux qui sont at- }) taqués, et , s'il arrive que vous le soyez » un jour, vous ne manquerez pas de dé- » fenseurs. Ne faites de mal à personne, )j pas même à votre ennemi , et faites le i) plus de bien que vous pourrez; alors vous » serez contens de vous-mêmes , votre i) sommeil sera paisible, vous respirerez li- » brement , les hommes vous estimeront et a Dieu vous récompensera. Tout ce que je » vous dis, mes frères, c'est Jésus-Christ « qui vous le dit, votre Seigneur, qui a ■ :?> voulu partager vos misères et qui vous

» a donné dans sa vie l'exemple de toutes >) les vertus j qui a été persécuté et qui a « prié pour ses persécuteurs, afin que son » père leur pardonnât , comme il leur par- » donnait lui-même. Imitez votre Sauveur, » mes frères, et vous serez heureux ici-bas, » en attendant le bonheur qui vous est ré- » serve dans l'éternité, n

A la fin de ce discours, dans lequel le curé dit encore beaucoup d'autres bonnes choses que je n'ai pu retenir, j'examinai la ficT'ire de Simon de Nantua. Il me parut charmé de ce qu'il venait d'entendre. Il avait l'air de penser et de repasser quelque chose dans sa tête : nous saurons quelle chose, si nous lisons le chapitre suivant.

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