‹ Simon de Nantua ou Le Marchand ForainChapitre 5 sur 54 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Simon (le Nantua va au bal , parle sur l'intempérance, et raconte une histoire à ce sujet.

Nous quittâmes Saint-Claude le lendemain, qui était un dimanche, et nous arrivâmes, vers le soir, dans un pc':;i, village où l'on dansait. Comme le père Simon passait par là tous les ans , il y était bien connu; aussi tout le monde parut content de le voir : on quitta même un instant la danse pour s'empresser autour de lui; mais bientôt on se remit à sauter joyeusement.

La présence de M. le maire, magistrat fort aimé de ses administrés, ne gênait en rien les amusemens de ces bons villageois. Il y avait de jeunes garçons et de jeunes filles qui se conduisaient avec beaucoup de décence, et tout se passait le mieux du monde. Seulement , lorsque nous entrâmes, pour nous rafraîchir, dans une espèce de cabaret, nous vîmes un jeune homme qui s'était laissé aller à boire avec • excès, et dont la raison était lout-à-fait perdue. Dans cet état, il tenait des pro--

DENANTUA. l3

pos fort déplacés; à iel point que M. le Maire, en ayant été averti, le fit conduire en prison par deux hommes de la garde nationale. Nous entendîmes avec plaisir ce magistrat adresser, au marchand de vin, des observations sages et modérées, sur le tort qu'il avait eu de laisser boire ce malheureux jeune homme au-delà de ses forces.

Vous voyez , mes amis , dit ensuite Simon de Nantua, combien l'intempérance est un vice honteux et déshonorant ! Voilà un garçon qui ne reparaîtra pas sans rougir devant vous , qui me sembiez tous bons et honnêtes. Heureux encore que la prudence de M, le maire l'ait mis prompteraent hors d'état de faire toutes les sottises auxquelles il pouvait se livrer ! car il aurait pu lui en arriver autant qu'à ce pauvre diable de Philippe, qui aurait été un honnête homme, s'il n'eût pas eu la passion du vin, et qui est aujourd'hui aux galères, pour avoir bu avec intempérance. — Oh! père Simon, racontez-nous donc l'histoire de ce Philippe, dirent les jeunes garçon?. — Très-volontiers, mes amis, et vous la redirez à votre camarade, afin qu'il tâche d'en faire son profit.

Page 1