HISTOIRE^ DE PHILIPPE
Philippe , continua Simon de Nantua , est le fils d'un honnête boulangei**, que j'ai connu à Valence. Il a été élevé par son père dans de bons principes, et il a lui-même un excellent cœur et nombre de qualités estimables. Mais il ne faut qu'un seul vice pour rendre beaucoup de vertus inutiles. Ce pauvre Philippe en est la preuve. Il avait contracté de bonne heure Thabitude de boire avec excès, en sorte qu'il était rarement en état de faire son ouvrage. Le travail l'ennuyait aussi , parce qu'il trouvait plus de plaisir à vider un verre qu'à pétrir du pain. Il aurait cependant pu continuer l'état de son père, et vivre honorablement dans une agréable aisance. Mais sa passion était plus forte que toute autre considération, et de plus, les mauvaises connaissances qu'il avait faites au cabaret achevaient de le détourner de ses devoirs.
Enfin, un jour qu'il s'était enivré avec un jeune soldat, dont le corps était en garnison à Valence, celui-ci lui conseilla de s'engager, en l'assurant que rien netait préférable à la profession de soldat, qu'on n'y avait rien à faire, et qu'on pouvait se
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divertir depuis le commencement du jour jusqu'à la fin. Philippe , enthousiasmé du tableau que lui fait son camarade, va sur-lecliamp signer son engagement, sans penser au chagrin qu'il causera à sa famille. Il ne tarda pas à être puni d'avoir à ce point oublié ce qu'il devait aux auteurs de ses jours. Le voila enrôlé et faisant tous les matins l'exercice. Ce n'était pas le plus beau du métier, et Philippe commençait à trouver que son camarade ne lui avait pas parlé des inconvéniens de la profession. Un jour que le malheureux avait bu dès le matin, avec deux ou trois autres mauvais sujets du régiment, il se présenta à l'exercice dans un état fort peu décent. Le voilà qui ne sait où il en est, et qui fait manquer toutes les manœuvres, parce qu'il voit double , quil va de travers, et qu'il marche sur les pieds de ses voisins. Le sergent veut le faire sortir des rangs, et le prend par le collet. Philippe ne trouve pas cela bon , tire son sabre et blesse le sergent. Aussitôt on l'arrête, on le conduit en prison; il est jugé et condamné à mort, pour avoir levé le sabre contre son supérieur.
Le sergent était un brave homme, qui supplia son colonel d'implorer la clémence
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du roi en faveur du malheureux Philippe, et le roi a bien voulu commuer la peine ; en sorte que Philippe se trouve aujourd'hui condamné aux travaux forcés a perpétuité. Je vous laisse à penser quelle est la douleur des parens de ce jeune homme! II n'était pas fait pour le déshonneur. Mais sait-on jusqu'où l'on peut aller, quand on se laisse conduire par l'intempérance? Je ne vois rien de plus digne de pitié qu'un homme qui s'expose à perdre la raison et à se rendre l'égal des animaux. Il me semble plus à plaindre qu'un fou, car l'ivresse est une vraie folie, et je serais bien honteux de m'être rendu fou par ma faute.
Lorsque le père Simon eut fini déparier, il y avait un jeune homme qui pleurait. — Qu'avez-vous donc, mon enfant ? dit Simon de Nantua. — C est votre histoire qui me donne un bien grand regret, répondit le jeune homme j car, si le pauvre George s'est enivré , j'en suis la cause, et c'est moi qui l'ai défié à boire. Je ne me serais jamais consolé^ s'il lui était arrivé un malheur comme à Philippe. — Eh ! bien, reprit Simon de Nantua, je pense qae vous ne vous amuserez plus à de semblables jeux. Vous voyez que la moindre chose qui en
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puisse résulter , c'est de se faire du mal et daller coucher en prison.
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