CHAPITRE XXXVII
Fin de l'iiistoire des deux Irères Marcel , racontée par Simon de jSantua : bonne conduite et prospérité de Louis.
Lorsque Louis se fut séparé de son frère, il tourna ses pas du côté de I^yon. Il pensait, chemin faisant, à Jérôme et concevait toutes sortes de craintes sur le sort de ce malheureux. Puis en reportant ses pensées sur lui-même, il dÎNait: que vais-je faire? Quand je serai à la ville, quelles seront mes ressources ? J'ai un peu d'instruction, mais comment la ferai-je valoir ? Je ne connais personne qui puisse me protéger et m'aider à me placer. Tout ce que je dois espérer, c'est d'entrer dans quelque maison pour le service , et cela me répugne un peu. J'aimerais bien mieux rester à la campagne et me faire cultivateur. Je vois que ceux qui ont des terres ne savent pas toujours en tirer tout le parti possible. Avec ce que je sais, je puis encore apprendre des choses utiles; je puis étudier ce que l'on a écrit sur l'agriculture. Si je parvenais à augmenter le revenu de quelque proprié-
taire, ma fortune serait peut-être faite. Voyons, décidons-nous: Une faut pas entreprendre plusieurs choses, il faut s'attacher à une seule et s'y livrer tout entier. Oui; mais à qui m'adresser pour exécuter ce projet?
En causant airfsi aveclui-iiiême , il arriva a une grosse ferme qui consistait en terres,, bois, vignes, et prés. Voici qui me conviendrait merveilleusement, dit-il. Il entre dans la maison, se présente au fermier et lui demande, sans préambule, s'il n'a besoin de personne chez lui. — Je n'ai besoin que d'un pâtre, répondit le fermier; si cet emploi vous convient , mon enfant , vous pouvez entrer chez moi. — Volontiers, dit Louis, je suis à vos ordres, et je fa*ai mon possible pour que vous soyez content de mon service. — Je l'espère, mon ami, dit le fermier.
Louis est installé et commence à conduire les troupeaux aux champs. Cette occupation n'était pas fort de son goût ; mais il prenait son parti et il disait : Il y a commencement à tout; j'ai bien fait d'accepter, car c'eût peut-être été manquer ma ^fortune , que de refuser. Courage, Louis ! tu n'es pas destiné à rester pâtre
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toute ta vie, rends-toi utile et tu seras bieniùt nécessaire.
Ce qui le désolait était de n'avoir pas d'argent pour acheter quelques livres. 11 imagina de faire divers petits ouvrages pour en gagner^ et il eut soin de ne pas toucher h ses gages afin* de les re'server pour cet usage, sur lequel il fondait ua grand espoir. Du reste, il mit tant de zèle et d'intelligence à soigner les bestiaux confî(*B à sa garde, que le fermier ne put s'empêcher de le remarquer. Il n'y avait ja* mais une bête malade ; les ëtables étaient propresetsain€s,les litières toujours reuou-» vellèes et bien tenues. Ce fut au point que , si Louis eût voulu se placer dans une autre fetfne, il eût été recherché et bien payé. Mais il avait souyent ouï dire, quil y a toujours plus de profit à rester où l'on est qu'à courir de droite et de gauche. D'ailleurs son cœur était trop reconnaissant pour oublier à qui il devait le premier asile qu'il eût trouvé.
Aussitôt qu'il le pu, il écrivit à son père pour lui faire part de sa position. Il écrivit aussi à son respectable instituteur , et lui confia ses projets et ses espérances. Le bon curé n'eut pas plutôt reçu la lettre de
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son élève, qu'il s'empressa de Jui envo>er trois ou quatre livres d'agriculture qui! possédait. 11 serait difficile de peindre la joie qu'éprouva Louis en les recevant. îl se mit à les étudier avec ardeur; il les emportait aux champs avec lui, et, tandis que les troupeaux paissaient, il était assis sous un arbre, lisant comme un savant dans son cabinet.
Au bout de quelque temps, il eut avec le fermier la conversation survante.