CHAPITRE IV
Simoa de Nantua est ipcligtié contre ceux uni maltraitent les animaux.
Nous cheminions tranquillement sur la route de Besançon, lorsque, dans un endroit où le grand chemin tournait, nous entendîmesdes juremens effroyables et des coups de bâton, qui retentissaient jusqu'à nous, quoique nous ne vissions encore rien. En arrivant au détour de la route , nous aperçûmes une charrette énormément chargée, et attelée seulement de deux chevaux. Cejjui du brancard s'était abattu et, comme apparemment les coups de fouet n'avaient pas suffi pour le relever, le charretier s'était armé d'un bâton de cabestan, et frappait à coups redoublés sur les flancs du pauvre animal, qui ne se relevait pas pour cela davantage.
Etes-vous fou? s'écria Simon de Nantua, vous voulez donc tuer cette malheureuse bête ! — Non, morbleu ! dit le roulier en
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jurant toujours; il ne me manquerait plus quecelaîîMais le coquin qui méfait damner depuis une heure est capable de me jouer le tour de crever au bout. — Eh ! ma foi , à sa place je n'y manquerais pas , reprit Simon de Nantua; car j'aimerais mieux être mort dix fois que de servir un maître tel que vous. Je lui souhaite de tout mon cœur, pour son bonheur et pour votre punition, de ne pas se relever delà. Nous allons pourtant vous donner un coup de main ; mais <:"estbien par pitié pour votre cheval et non par intérêt pour vous. — Que ce soitpar la raison que vous voudrez, je ne vous demande que de m'aidera sortir d'embarras, répondit le brutal.
Nous nousefforçâmesen effetde soulever le brancard, et, pendant ce temps, quoi que put dire le père Simon , le clivai recevait autant de coups de pieds dans le ventre que le charretier articulait de gros jurons. Le pauvre animal se remit enfin sur ses jambes, en faisant un dernier effort: mais ce ne fut pas pour long-temps. Il était essoufflé et paraissait souffrir de tout son corps. Le sang sortait de plusieurs plaies que lui avait faites le bâton. Au premier coup de fouet, il veut faire un pas, chan-
celle , tombe de nouveau , et pour celte fois il est inutile de chercher à le relever , car il vient d'expirer.
La colère et la douleur du roulier s'exhalent alorsen épouvantables juremens. — Que vais-je devenir ? ilfautquejesoisrendu demain à Besançon : je suis responsable de l'arrivée des marchandises, que je porte. Voilàdéjàuncheval perdu, et je vais perdre encore le fruit de mon voyage , si je n'arrive pas à temps... Ah! coquin! scélérat de cheval ! — Ceci est excellent , dit Simon de Nantua ; vous tuez votre cheval et vous vousplaignez de lui! que vouliez-vous qu'il fit de plus que de mourir à votre service? Ceux qui sont cruels envers les animaux, et qui, oubliant que ces êtres sentent et souffrent comme nous , les maltraitent sans utilité , devraient penser au moins qu'il faut ménager le serviteur dont on a besoin.
— Tout cela est fort bon ; mais comment ferai-je à présent pour continuer ma route .^
— C'est ce que je ne sais pas; et tout ce que nous pourrons faire pour vous , ce sera de vous envoyer des chevaux du plus prochain village. Prenez patience en attendant ; réfléchissez à ce qui vient de vous
arriver, et tâchez de ne pas tuer aassi votre second cheval. Adieu.
Tout eu nous éloiguaul, nous l'entendions jurer encore. Le père Simon ëtaitindigné et ses yeux brillaient sous ses sourcils blancs, en me parlant de ce que nons venions de voir. J'ai toujours remarqué , me dit-il , que les hommes qui traitent les animaux avec cruauté sont de méchantes gens. Celui qui voit souffrir sans peiîie un cheval ou un chien n'est pas éloigné d'être insensible aux souffrances de son semblable ; et, quand on s'accoutume à faire du mal aux bétes, ou en fera bientôt aux hommes. Il y a des pays oii la cruauté envers les animaux est considérée comme >3n délit et punie par les lois. Ceci me paraît fort sage. Mais chez nous où cet usage n'existe pas, je voudrais que l'opinion publique s'élevât au moins d'une manière etiicace contre ce genre de barbarie, et qu'un homme fut couvert de honte pour avoir maltraité sans nécessité un cheval ou un chien , de même que pour avoir frappé tout être plus faible que lui qui ne sait ou ne peut pas se défendre. Je me tromperais fort, si l'homme que nous venon«; de voir n'"tait aussi lâche qu'il est cruel. Mais au reste n'en parlons plus , puis-
qu'il s'est trouvé sitôt puni de sa brutalité par les suites de celte brutalité même.