‹ Simon de Nantua ou Le Marchand ForainChapitre 9 sur 54 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Simoa de Nantua conduit à l'école des enfans qui perdaient leur temps.

Le lendemain matin, Simon de Nantua et moi , nous primes chacun un des jeunes garçons par la main , pour nous rendre avec eux à l'ëcole d'enseignement mutuel. La mère Bertrand nous y accompagna avec sa fille , car elle était curieuse de voir ce dont lui avait parlé le père Simon. L^n enfant nous ouvrit la porte , et le maître s'empressa de recevoir les deux nouveaux élèves que nous lui amenions.

Au moment de notre arrivée, on chantait le Domine , salviim fac Regem , et la classe commença tout de suite après. Nous vîmes là environ deux cents enfans , qui obéissaient tous aux gestes d'un de leurs camarades, placé sur l'estrade du maître , eu qualité de moniteur général-, et chaque

DE NATMTUA. 29

banc obéissait ensuite à son moniteur particulier. Tous travaillaient ensemble. Les commençans traçaient des lettres dans du sable ; les autres écrivaient sur l'ardoise , sous la dictée du moniteur; enfin , les plus avancés écrivaient sur le papier d'une manière surprenante. Nous remarquâmes ^ sur le visage de tous ces enfans, une expression de gaieté franche et ouverte y iîq air de contentement qui faisait plaisir à voir , et qui prouvait bien que l'étude n'a pour eux rien de pénible et de repoussant. La mère Bertrand fut enchantée et remercia beaucoup mon compagnon de voyage. Les enfans paraissaient déjà impatiens d'être dans les bancs pour faire les exercices avec les autres. Mais , lorsque l'on passa à la lecture , et que tous les élèves tirent une petite évolution pour aller aux demi-cercles devant les tableaux , nos deux petits garçons ne purent plus retenir l'expression de leur impatience et de leur joie.

EIi bien ! dit Simon de Nantua à notre Iwtesse , pensez- vous que votre fils, qui ne pouvait rien apprendre , puisse apprendre ici quelque chose? — Je ne lui ai jamais vu tant de bonne volonté. — Je le crois bien; et savez -vous pourquoi? C'est que

, l'habit est fait à sa mesure, c'est-à-dire,qu'il ne le gênera pas et le laissera libre dans tous SCS mouvemens. Tenez , mère Bertrand , nos enfans sonLplus heureux que nous n'avons été. Tout cela n'existait pas de notre temps. Ce n'était pas en jouant qu'on nous apprenait à lire , et je crois bien que je conserve encore quelques cicatrices des coups que j'ai reçus de mon pédant. Avouez que ce serait mal à nous de laisser nos enfans dans l'ignorance et l'oisiveté , et de négliger tous les moyens qu'on nous ofFre pour les en retirer. Ce sont de si grands maux que l'ignorance et l'oisiveté ! c'est un terrain sur lequel naissent et croissent tous les vices. Si vous connaissez quelques personnes qui négligent l'éducation de leurs enfans , mère Bertrand, dites-leur cela^dites-leur qu'elles en seront fâchées un jour , et vous leur rendrez un grand service.

11 était convenu que les deux petits garçons entreraient dès l'après-midi du même jour à l'école, et nons nous retirions, lorsque la petite fille , qui n'avait encore rien dit , mais qui avait ouvert des grands yeux pendatà tout le temps de la classe , demanda enfin à sa mère si elle ne pourrait

DE NANTUA. 3l

pas aussi venir à i'ëcole avec ses frères. Les petites filles ne vont pas à l'ecoîe des garçons, dit Simon de Nantua ; mais il y en a une autre pour elles , où elles apprennent à lire, à écrire et à compter, et de plus à coudre de toutes les façons possibles. Il faut prier ta ]\laman de t'eiirvoyer à celle-lîn.

Page 1