SCENE II
MADAME NORMANT, LE CURÉ, puis JEAN,
MADAME NORMANT, très vivement.
Vous disiez donc qu'elle est bien malheureuse, monsieur le curé.
La porte s'ouvre — Simone et Jean entrent rayonnants, l'un contre l'autre. — Un temps.
JEAN, gaîment.
Monsieur le curé... j'ai bien l'honneur de vous présenter mes respects.
Vous étiez peut-être là depuis longtemps ? (a sa mère.) Maman ! Pourquoi ne pas nous avoir prévenus?.. Ce n'est pas gentil...
LE CURÉ
C'est moi, mes chers enfants, qui ne voulais pas vous déranger. Je tenais compagnie ù madame votre mère. La journée est si belle... Il faut vous laisser profiter des beaux jours.
Oh I pour nous il n'y aura que de beaux jours, n'est-ce pas, Jean?
JEAN
Je ferai tout au monde en tous cas, Simone, pour que la tempête, s'il y en a jamais, passe loin de ta tête chérie!
MADAME NORMANT
Et puis, d'ailleurs, nous parlions des pauvres de Monligny. Mes enfants, ce sont nos petites affaires à monsieur le curé et à moi... Cela ne regarde que nous deux !
Mais cela me regarde également : 11 me semblait bien que vous parliez d'une femme malheureuse quand je suis entrée. Je ne puis être gaie, s'il y a encore des souffrances à soulager. Dites-moi de qui il s'agit?
LE CURÉ, embarrassé.
Je ne sais... Ce sont...
MADAME NORMANT, l'interrompant pour le secourir.
Ce sont les Martin : une femme phtisique, un mari blessé à l'usine, trois enfants laissés à l'abandon et rôdant sur les routes...