SCENE V
Les Mêmes, MADAME NORMANT, enuant.
MADAME NORMANT
Ce n'est que moi, mes enfants! j'ai laissé Simone sur le bon chemin et je suis revenue sans me presser par le potager. — Mais où donc est monsieur le curé?
LE DOCTEUR
11 est là, madame. Il est au Paradis!
MADAME NORMANT, à mi-voix.
11 dort comme un enfant. Quel brave homme!
silence. — Un domestique entre, apporté une lampe. JEAN.
Comment... la nuit tombe déjà... Mais quelle heure est-il donc ?
LE DOCTEUR
Près de six heures, mon cher.
JEAN
Six heures ! (silence.) Mais il est horriblement tard... nous avons parlé, parlé, le temps passait ! 11 n'était pas plus de cinq heures lorsque vous êtes partie, il me semble?
MADAME NORMANT
Oui... à peu près cinq heures.
JEAN
Ne Irouvez-Yous pas que Simone devrait bientôt rentrer?
MADAME NORMANÏ.
()li ! elle ne peut tarder maintenant... puisque j'ai fait un assez long détour pour que vous puissiez olï'rir ces roses à votre femme.
LE DOCTEUR
Mais regardez-le. 11 a déjà peur pour son chaperon rouge ! A-t-on idée de cela ! (n écarte les rideaux.) Rassure-loi... 11 est impossible que ta femme puisse se perdre par un si beau soir d'automne... Tout est tranquille au loin... Une paix profonde enveloppe les êtres et les choses... On n'entend rien... Non... mais viens voir comme
la nature est calme I (Jeaa s'avance jusqu'à la fenêtre. Le docteur revient de doux pas en arrière et a'adrasse à la
belle-mère à mi-voix.) « Youlez-vous que j'aille à sa rencontre ? »
JEAN, sursaute.
Vous dites?
LE DOC TE un cl MADAME NOKMAXT, ensemble.
\ous ?... rien !...
Ils se regardent tous.
JEAN
Ah ! pardon, je croyais que vous aviez parlé.
Un silence.
LE DOCTEUR, pour détourner l'attention.
Et moi qui n'y pensais plus ! C'est bien ce soir que nous mangeons les perdreaux?
MADAME NORMANT; qui était allée à la fenêtre.
Oui... ce soir? (eiic revient.) Oui, c'est ça ce soir !...
Silence. Le bréviaire tombe, tous sursautent et ensemble.
Oh!
Le curé fait un mouvement et reprend son sommeil. MADAME NORMANT, souriant péniblement.
Ah I... c'était le bréviaire !
Sapré curé, va, il n'en fait jamais d'autres!
JEAN? lui saisissant le bras et les regardant tour à tour.
Au fond !... Vous avez peur?
LE DOCTEUR
Peur ? de quoi?
JEAN
Ecoulez !
Silence, tous écoutent.
MADAME NORMANT-
Je n'entends rien.
LE DOCTEUR
Il est fou!
JEANj avec insistance.
Si, si, je suis sCir que quelqu'un a parlé, LE DOCTEUR.
Voyons, ce n'est pas sérieux ?
Brusquement il écoute aussi avec une attention soutenue et inquiète, pendant que Jean ouvre la fenêtre et se penche au dehors. Une rumeur monte légère, Jean brusquement quitte la fenêtre et, sans un mot sort.
LE CURÉ et LE DOCTEUR se précipitent... la rumeur monte de plus en plus.
Mon Dieu!
Le docteur sort avecla lampe suivi de madame Normant.
— Obscurité, sauf la lune qui éclaire bien la pièce et le curé endormi.
Au bruit delà porte claquant, le curé se réveille lentement. Pendant qu'il reprend ses esprits il entend distinctement des paroles entrecoupées.
LE CURÉ, seul.
Qu'y a-t-il donc ?
UNE VOIXj de la coulisse sous la fenêtre.
Oh ! oh ! c'est airreux... La pauvre jeune (lame... c'est moi qui l'ai trouvée au coin du bois... couverte de sang.