‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 10 sur 24 · SCÈNE II Les Mêmes, SIMONE, SERGEAC · texte numérisé non relu

SCÈNE II Les Mêmes, SIMONE, SERGEAC

Bonjour, grand-père.

M. DE SERGEAC PÈRE

Bonjour, mon enfant.

SLMONE, à Burtin.

Monsieur Burtin...

SERGEAC, à M. de Sergeac père.

Bonjour, père.

M. DE SERGEAC PÈRE

Bonjour... Les voilà revenus les voyageurs! {Rii-es; la main. Étreinte affectueuse et gaie. Ils se tapotent l'épaule de la main libre.)

SERGEAC

Eh oui...

M. DE SERGEAC PÈRE

Content de vous revoii^.. Et vous avez trouvé votre bonhomme?...

SERGEAC

Nous l'avons trouvé.

Et nous avons trouvé aussi un cadre admirable du quinzième.

SERGEAC, il va vers Burtin qui aidait Simone à découvrir la statue.

Bonjour, Burtin... [Donnant la main à Simone.) Tu es pressée, hein? Tu vas être confondue, tête de fer.

C'est toi qui me feras des excuses, patron.

SERGEAC

C'est un Amida.

C'est un Maitreya.

SERGEAC, imitant les enfants, Amida.

SIMONE, de même.

Maitreya.

SERGEAC

Amida.

Maitreya... Et en voici la preuve.

SERGEAC

La preuve ? Ofi cela?

SERGEAC

Eh bien?

L'Amida est japonais, patron.

SERGEAC

Je n'ai jamais dit le contraire.

Et les deux lettres que voici sont des lettres sanscrites...

BURTIN

Ça, c'est trop fort.

M. DE SERGEAC PÈRE, à SOn flJs.

Tu ne dis plus rien.

BURTIN

Alors, mademoiselle, c'est vrai, vous lisez le sanscrit?

Oh ! jereconnaissimplementles monogrammes religieux.

BURTIN, naïf.

C'est peut-être encore plus difficile.

SERGEAC

C'est un Amida.

C'est un Maitreya. (A M. de Sergeac père.) Mailreya, le Bouddha futur qui viendra dans quatre mille cinq cents ans.

BURTIN

On a déjà sa statue ?

Oui, et même celle de ses parents... Je vais te confondre, patron.

SERGEAG

Tu as le temps.

Laisse donc. . Et puis je veux voir surtout si notre beau cadre est assez grand pour le portrait de maman. [Elle sort.)

Ecoute... {On rit.)

M. DE SERGEAG PÈRE

Oh ! Lorsqu'il est question de sa mère...

BURTIN

Oui, mademoiselle Simone a pour elle une véritable adoration... Elle l'apeu connuecependant.

SERGEAG

Ma fille avait six ans, lorsque nous avons eu le malheur de perdre madame de Sergeac.

BURTIN

Toute jeune?

SERGEAG

Toute jeune...

BURTIN

Et si brutalement, n'est-ce pas ? Par un accident...

SERGEAC

Une chute de cheval.

BURTIN

Je vous demande pardon d'éveiller ce souvenir douloureux. Je comprends qu'il vous soit pénible d'en parler.

Mais non... C'est dans la Saintonge oii nous habitions alors. Ce jour-là madame de Sergeac a voulu sortir seule et monter une bête un peu ombrageusequ'elle avait achetéerécemment... On a retrouvé ma pauvre femme, l'après-midi, après bien des recherches, la tête fracassée auprès d'un arbre. Elle tenait encore sa cravache à la main.

SIMONE, qui est entrée depuis quelques instants en feuilletant un gros livre.

Tiens, tu ne m'avais jamais parlé de ce détail. Pauvre maman... [Un long silence que chacunrespecte.) Je vous demande pardon, mais je l'aime tant, ma pauvre maman... Tu vois que...

BURTIN

Vous vous la rappelez?

Ob ! très bien. J'étais toute petite quand elle est morte, rhais j'ai conservé son souvenir. {Avec une caresse à son père.) Et puis nous en parlons souvent. {Un temps.) Tu vois que j'avais raison... Voici, dans ce volume des Annales du musée Guiuiet, la représentation même de noire emplette... Tu as perdu, patron I

SERGEAC

Eh bien, sais-lu ce que je décide, Simone? Tu signeras mon livre avec moi...

SIMONE, riant.

Moi!... C'est bon... Nous reparlerons de cela

lorsqu'il sera terminé. En attendant promets-moi

seulement d'être ton humble secrétaire... Je suis

si contente de travailler avec toi. {Elle l'embrasse.)

SERGEAC, tendre.

M. DE SERGEAC PÈRE

Et VOUS offrirez un des premiers exemplaires à notre propriétaire et ami, M. Burtin, qui va transformer le hangar en atelier.

Merci, cher monsieur. Je vous promets un exemplaire avec dédicace.

BURTIN

C'est que, si votre livre ne paraît pas bientôt, je ne serai pas là pour le recevoir.

SERGEAC

Allons donc 1

BURTIN

J'ai l'intention d'aller monter une grande affaire en Tunisie.

" M. DE SERGEAC PÈRE

Des constructions?

BURTIN

I^on, non... Assez de maçonnerie. Il s'agit dQ

la mise en exploitation de tout un territoire. J'aurai une situation... une situation,., comment dirais-je... une situation avec du prestige... et si l'idée me vient de me marier... enfin, je me comprends... {Pour changer la conversation.) Je me suis souvent demandé, monsieur de Sergeac, comment vous avez été amené à écrire un livre sur les dieux de là-bas.

SERGEAC

Après la mort de ma femme, j'ai fait un voyage, je suis allé là-bas, comme vous dites, j'en ai rapporté quelques bibelots, et quand Simone a été grandej'ai été forcé de m'instruire pour répondre aux questions qu'elle me posait à leur sujet. Et peu à peu nous nous sommes passionnés pour cette histoire de l'art religieux en Asie, voilà tout.

BURTIN

Très bien. Alors je me rappelerai à vous pour l'exemplaire promis,

SERGEAC

C'est cela.

BURTIN

Je vais prendre congé.,.

M, DE SERGEAC PÈRE

Vous ne voulez pas manquer le train do Marseille ?

BURTIN

Oh ! j'ai encore le temps d'arriver en marchant tout doucement.

SEHGEAG

Vous allez en voyage ?

BURTIN

Non... Je vais meltre un peu d'animation sur le quai de la gare... Adieu !

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