SCÈNE III Les Mêmes, moins BURTIN
M. DE SERGEAC PÈRE
Simone, je t'ai trouvé un mari.
Ah ! Qui ?
M. DE SERGEAC PÈRE
Burtin !
SIMONE, liant.
Oui, je sais... Il est très amoureux de moi, ce pauvre M. Burtin, et il m'a donné à entendre qu'il serait heureux de m'emmener en Tunisie.
M. DE SERGEAC PÈRE
Il n'est pas qu'amoureux, il est jaloux, clairvoyant en tout cas. C'est à Michel Mignier que jo fais allusion.
Ahl
SERGEAG
A propos, Simone, il faut nous décider à écrire aux Mignier. Tu ne peux pas les laisser plus longtemps sans réponse.
SIMONE, avec un demi-sourire.
Tu crois?
SERGEAG
Voici quinze jours que la demande a été faite.
J'ai voulu réfléchir.
SERGEAG
Oui, mais si, comme je crois l'avoir deviné, ta réponse est « non », il est plus convenable de la donner sans tarder. [Au domestique qui vient d'apporter une carte.) Dans unmoment, quandje sonnerai. [Le domestique sort.) Et voici M. Michel Mignier qui vient sans doute la chercher.
Quel est votre avis à tous les deux?
M. DE SERGEAG PÈRE
Notre avis ?
SERGEAG
Sur quoi? Sur ton mariage?
Oui.
M. DE SERGEAG PÈRE
En voilà une drôle de question 1
Vous trouvez ?
M. DE SERGEAC PERE
Oui, c'est une drôle d'idée de nous demander cela à nous.
SERGEAC
Tu es assez grande pour avoir une opinion.
Je voudrais connaître la vôtre.
SERGEAC
J'avoue ne pas avoir réfléchi suffisamment.
Et toi, grand-père?...
M. DE SERGEAC PÈRE
C'est pour nous taquiner, n'est-ce pas?
Mais non.
Si... Ecoute, ma petite-fille, je suis trop vieux pour ce jeu-là. Je me porte bien, c'est vrai, mais seulement à la condition d'écarter de ma vie toutes les contrariétés... Ne continue pas cette plaisanterie, elle est trop cruelle.
Grand-père chéri, on peut bien causer... Je voudrais savoir seulement, par exemple, si la famille Mignier vous plaît.
M. DE SERGEAC PÈRE
Tu reviens là-dessus... Mais enfin, alors, est-co que?...
Répondez... Ce sont des honnêtes gens?
M. DE SERGEAC PÈRE
Oui, je le crois...
SIMONE, à Sergeac.
Et le jeune homme, il te plaît, à toi?
SERGEAC
Aucun jeune homme ne me plaira, qui viendra pour te prendre à nous.
S'il fallait qu'il y en eût un?
SERGEAC
C'est celui-là que je préférerais.
Non, mais jelte-le-lui à la tête! Qu'est-ce .qu'il a d'extraordinaire?
SERGEAC
Il est presque célèbre, à trente ans.
M. DE SERGEAC PÈRE
Célèbre pour avoir écrit deux ou trois gros bouquins que personne ne comprend.
Personne !...
M. DE SERGEAC PÈRE
Tu les comprends, toi?
Je crois les comprendre.
M. DE SERGEAC PÈRE
« L'Avenir de la Morale », pense... mais... Et
puis, si elle tient à épouser un philosophe, il y en a d'autres. Un philosophe? Jamais de mon temps...
Avouez que pour un philosophe, il n'est ni pédant, ni triste, ni gourmé.
Il a d'autres défauts. L'autre jour, il s'est mis dans une colère blanche à propos...
A propos d'une injustice. C'est une colère d'apôtre. Je ne les hais pas.
M. DE SERGEAC PÈRE
C'est bon... Simone. Tu m'as déjà bien étonné en ne repoussant pas cette demande tout de suite. Ton attitude d'aujourd'hui me surprend tout à fait.
SERGEAC, ému.
Enfin... est-ce 'que tu penserais réellement à te marier?...
Je vous dirai cela tout à l'heure. Voulez-vous me laisser causer avec M. Michel?
SERGEAC
Certainement... [Simone va sonner.)
M. DE SERGEAC PÈRE
Elle nous met à la porte...
SERGEAG
Nous reviendrons. {Ils sortent. Simone va à la porte du fond; entreMichel, trenleans àpeine, très sympathique.)