‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 12 sur 24 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SIMONE, MIGUEL, puis SERGEAG

MICHEL, les mains tendues.

Bonjour, Simone.

Bonjour, Michel.

MICHEL

Est-ce qu'il est survenu quelque chose d'anormal ?

Non, pourquoi?

MICHEL

Mon père m'a envoyé à Paris une dépèche, me disant : « Ne passe pas chez les Sergeac avant de mavoir vu. »

Alors ?

MICHEL

J'ai pris le train précédant celui qui devait m'amener et me voici. Seulement, je n'ai que quelques minutes. Alors, rien qui puisse nous tourmenter?

Rien. Nous sommes revenus de Gênes lout à l'heure; nous avons fait une trouvaille, figurezvous. Un cadre de triptyque sculpté, admirable, et qui s'adapte à merveille au portrait de maman que je vous ai montré ; vous vous rappelez?

MIGUEL

Certes.

Sur les volets je placerai deux petits souvenirs d'elle que mon grand-père Lorsy m'a donnés... Quand je veux réfléchir, rêver, je vais dans ce petit coin, devant elle... Je me réciteà moi-même tout ce que je sais d'elle... Je me rappelle les paroles par lesquelles mon père m'a appris à l'aimer... C'est apaisant comme une prière. Je vous dirai cela en détail, plus tard. Vous avez reçu ma lettre?

MICHEL

Oui.

Vous consentez à ce que je vous demandais?

MICUEL

De grand cœur.

Merci... Alors, c'est demain?

MICIIEL

S'il n'y a rien de changé, c'est demain que mon père viendra chercher la réponse de M. de Sergeac... et la vôtre.

Que pourrait-il y avoir de changé?

MICHEL

Je ne sais pas. Cette dépêche de mon père m'intrigue.

S'il allait ne plus consentir à notre union?

MICUEL

Ce n'est pas cela qui modifierait ma volonté. Mais de votre côté, ne redoulez-vous aucune résistance? Avez-vous parlé à M. de Sergeac?

Pas encore, nettement du moins, mais je ne redoute de lui que le chagrin que je vais lui causer.

MICHEL

Ne doit-il pas s'y attendre depuis longtemps?

J'ai si souvent répété que je ne me marierais jamais.

MICHEL, riant.

Et puis voilai

SIMONE, de même.

Et puis voilà!... Vous riez?

MICHEL

Je déborde de fatuité... Vous rappelez-vous ce que nous nous sommes dit le jour de notre première entrevue?

Oui.

MICHEL

Nous nous sommes déclaré l'un à l'autre, avec un empressement un peu agressif, notre intention formelle de demeurer célibataires.

C'est ce qui m'a mise en confiance avec vous.

MICHEL

Et réciproquement.

J'avais tant peur, chaque fois qu'on me présentait un jeune homme, qu'il pût croire que j'acceptais le rôle de la jeune personne désireuse de se faire épouser.

MICHEL

Et moi, j'avais tant peur de passer pour le monsieur « décidé à s'établir ». Vous n'aimez pas cette expression : « Décidé à s'établir? »

Si... Et savez-vous, Michel, je pense que si nous n'avions pas affirmé si fort, l'un et l'autre, notre horreur du mariage, nous ne nous serions probablement jamais mariés ensemble.

MICHEL

En effet... Est-ce drôle ! {Rire.)

|i est-ce pas que c'est drôle I {Rire.) Sommes-

nous bêtes de rire comme cela! Ce n'est pas drôle du tout.

MICHEL

Pas du tout. Nous ne rions pas de cela. L'amour qui est en nous a envie de rire.

Je le crois. Et tous les prétextes lui sont bons.

MICHEL

Nous sommes heureux.

Oui... Mais... J'y pense tout à coup... Vous ne m'avez pas demandé ma réponse.

MIGUEL

Quelle réponse?

Il est adorable!

MICHEL

Je ne vous le fais pas dire.

Mais, ma réponse...

MICHEL

Je vous demande pardon ; je n'y suis pas du tout.

Vraiment ! [Elle rit.)

MICHEL

Vraiment. (// rit. Ils se prennent la main. Un peu grave.) Comme je vous aiinel

Moi aussi, je vous aime...

MICHEL

Alors, cette réponse ?

Mon Dieu, je viens de vous la donner, sans m'en apercevoir.

MIGUEL, tendrement . '

Oui, lorsque je vous ai demandé d'être ma femme, vous avez exigé deux années d'épreuve. Les voici écoulées, et je viens vous dire : Simone, j'ai besoin d'être aimé. J'ai besoin d'une compagne qui comprenne le but que j ai donné à ma vie et qui m'aide à l'atteindre. Je veux qu'elle soit mon refuge, mon courage et ma conscience. Je lui donne tout mon cœur et je lui demande le sien tout entier. Je vous ai suppliée d'être pour moi celle que j'attends et dont je ne croyais pas, avant de vous connaître, qu'elle put exister. Acceptez- vous ?

J'accepte. Je m'engage solennellement à vous. Je lie mon existence à la vôtre. Je serai heureuse de votre bonheur, je souffrirai 4e vos souflrances et vous chérirai dans la bonne ou la mauvaise fortune. Je ressens pour vous un amour profond, moi qui me croyais incapable d'amour. Vous m'avez révélée à moi-même : c'est vous qui m'avez réellement donné une âme. Depuis deux

ans déjà, je vous aime avec toute ma raison et tout mon cœur : jusqu'à ma mort, je suis à vous.

MICHEL, s'approchant de Simone.

Je suis à vous jusqu'à la mort. (// lui tend les deux mains. Simone les prend.)

Et maintenant, partez... Ne nous disons plus rien aujourd'hui.

MICOEL

Je suis heureux.

Je suis heureuse.

MICQEL

A bientôt.

A bientôt!... Attendez... Saluez mon père.

MICHEL

Si vous voulez.

SIMONE, à la porte de gauche.

Père, M. Michel Mignier. {Entre Sergeac.)

MICHEL

Je suis venu seulement pour vous serrer la main entre deux trains.

SEKGEAG

Vous avez fait bon voyage?

MICHEL

Très bon.

SERGEAG

M. Mignier...

MIGUEL

Je vais le rejoindre... Je vous demande la permission de vous quitter... J'espère qu'après la visite que mon père vous fera demain, j'aurai des occasions... de... enfin... Allons, à bientôt. (A -Simone.) Mademoiselle... {Il sort.)

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