‹ Simone: pièce en trois actesChapitre 15 sur 24 · SCÈNE VII SERGEAC, M. DE SERGEAC PÈRE, LORSY · texte numérisé non relu

SCÈNE VII SERGEAC, M. DE SERGEAC PÈRE, LORSY

LORSY

Je TOUS prie d'excuser celte brusque arrivée chez vous. Mais en présence des faits que vous allez connaître, j'ai pensé que le devoir le plus sacré me commandait de venir. J'ai laissé Hermance avec. Simone.

Je vous en prie, monsieur. (// lui désigne une chaise.)

LORSY

Vous n'avez envoyé personne à La Rochelle, n'est-ce pas?

SERGEAC

Je ne comprends pas.

LORSY

Un étranger, qui est là-bas, se prétend envoyé

par vous,

SERGEAC

Il ment.

LORSY

Je le pensais bien. Nous sommes, dans ce cas, menacés d'un nouveau malheur.

M. DE SERGEAC PERE

Quel malheur?

LOBSY

J'ai peur que tous les efforts que nous avons faits depuis quinze ans pour garder notre secret n'aient été inutiles.

Qu'est-ce qui peut vous le faire croire?

LORSY

Quelqu'un s'agite mystérieusement autour de notre passé.

M. DE SERGEAC PÈRE

Qui?

LORSY

Déjà cet inconnu nous oblige à parler de ce que nous voulions éternellement garder enseveli au plus profond de nous-mêmes. A qui en veuton? Qui veut-on frapper? Je ne sais. Mais ce que je redoute est effroyable.

SERGEAC

Je vous en supplie, dites, dites vite !

LORSY

Notre vieille Hcrmanceestarrivéemercredi chea moi, tout émue, et voici ce qu'elle m'a raconté. Elle vous le racontera, mais j'ai voulu que nous causions d'abord ensemble hors de sa présence. Dans le coin de campagne où elle s'est retirée, elle a reçu, l'autre jour, la visite d'un homme qui s'est dit envoyé par vous.

SERGEAC

Je n'ai envoyé personne.

LORSY

A l'occasion de la majorité de Simone, vous faisiez, disait-il, rechercher tous les gens qui étaient au service de ma pauvre Gabrielle à la fin de sa vie.

SERGEAC

Pourquoi faire?

LORSY

Pour leur remettre, en exécution d'une volonté testamentaire, une certaine somme d'argent.

SERGEAC

Je n'ai rien ordonné de semblable.

LORSY

Le prétexte était habilement choisi. Mais les soupçons d'Hermance ont été éveillés par le nombre des questions insidieuses que cet homme lui posait sur les... sur les circonstances qui ont accompagné la mort de ma pauvre enfant.

M. DE SERGEAC PÈRE

Hermance n'a rien dit?

LORSY

Elle a dit ce que nous lui avions recommandé de dire. liien de plus.

SERGEAC

Que savez-vous encore?

LORSY

C'est tout.

Qui paraissait être cet homme?

LORSY

C'était un monsieur, m'a dit Hermance.

M. DE SERGEAC PÈRE

Étranger au pays?

LORSY

Etranger.

M. DE SERGEAC PÈRE

Et il a disparu ?

LORSY

Hermance ne l'a plus revu.

SERGEAC, accablé.

Je voudrais mourir.

M. DE SERGEAC PÈRE

Allons, remets-toi mon enfant.

SERGEAC

S'il faut expier encore, pf)urquoi des innocents sont-ils exposés à souffrir ?

M. DE SERGEAC PÈRE

Il n'est pas certain que quelqu'un devra souffrir encore. Nous sommes prévenus. Nous veillerons sur la paix et le bonheur de Simone.

SERGEAC

Comme vous devez me maudire tous les deux!

Ecoutez-moi, monsieur de Sergeac, j'ai quel-

que chose à vous dire depuis longtemps. C'est par une sorte de lâcheté que je me suis lu aussi longtemps. Puisque nous voici rassemblés tous les trois pour la défense de Simone, je vais libérer ma conscience... Oh! ce n'est rien, si vous voulez, mais vraiment, c'est un devoir pour moi de vous faire cet aveu. 11 faut que vous sachiez enfin, combien j ai été louché à chacun des séjours de ma petite-fiUe chez moi, combien j'ai été profondément ému, de voir avec quelle délicate insistance vous avez entretenu en elle le culte de sa mère.

SERGEAC

Je n'ai fait que mon devoir, mon Dieu I

LORSY

Sans doute. Mais vous l'avez fait avec piété. Vous avez créé dans le cœur de votre fille, une image charmante de celle qui n'est plus. Vous l'avez parée des plus belles qualités, des plus douces vertus. Vous en avez fait une mère tendre et atlenlivement dévouée, une femme adorable. Epargnez-moi la douleur de vous dire pourquoi j'en ai été extrêmement troublé... Depuis la mort de ma pauvre Gabrielle, j'ai appris sur elle bien des tristesses.

SERGEAC

Je vous en supplie 1 Je vous en supplie 1

N'en parlons plus, vous avez raison.,. Tout de même, c'est bien à vous de ne pas vous être con-

tenté du silence et d'avoir fait chérir sa mémoire... Oh! les beaux mensonges que vous avez su trouver et que Simone m'a répétés sans comprendre pourquoi ils me faisaient tant pleurer I... C'est bien. C'est d'un brave homme... Voilà ce que j'ai besoin de vous déclarer depuis si longtemps et que je suis soulagé de vous avoir dit.

SERGEAC

Je ne sais que vous répondre. Quel qu'ait été le passé, j'ai mérité votre haine et je l'accepte avec respect. Mais c'est une grande douceur pour Télre misé; able que je suis, devons avoir entendu parler comme vous venez de le faire. Merci. {Ils ne se donnent -pas la main: Mais M. de Sergeac père el Lorsxj s'embrassent sans rien dire. Entre un domestique avec une carte.)

SERGEAC

M. Mignior.

M. DE SERGEAC PÈRE

Il vient chercher la réponse de Simone .. Reçois-le... Nous allons auprès d'elle.

SERGEAC

Faites entrer. [M. de Sergeac père et Lorsy sortent. Après un moment entre M. Mignier.)

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