PREMIÈRE LETTRE
Qaand la censure de 1 829 arrêtait Marion Delorme, c’était par l’intermédiaire du baron Taylor, toujours, que Victor Hugo était admis à discuter, avec Charles X lui-même, les craintes de la royauté et les audaces de l’art.
C’est que Charles X avait conservé vis-à-vis des gens de lettres quelques-unes des traditions de son aïeul Louis XIV ; aussi donnait-il encore M. de Martignac pour ministre, M. Taylor pour commissaire du roi.
A cette époque, c’est-à-dire en 1828, sept académiciens, dont trois ou quatre étaient dépotés, se réunissaient pour demander à Charles X de ne point laisser jouer Henri HI, et Charles X répondait au porteur de la pétition préventive :
« Dites à ces messieurs que ce qu’ils me demandent est impossible ; Tart est roi comme moi, et entre têtes couronnées on se doit des égards. »
En 1836, sur la demande d’un seul député qui, il est vrai, disposait de huit voix à l’Académie et de quinze voix à la chambre, M.Thiers,
PREHIÈBE LETTRE.
aspirant académicien et ministre de l’intérieur par intérim, faisait, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, disparaître de l’affiche du Théâtre-Français le drame diAniony, annoncé pour le soir.
11 est vrai que nous jouissions des bénéfices de la révolution de juillet, et que la Charte vérité, remaniée par nos Lycurgues à cinq cents francs, avait, à ses anciens articles, ajouté cet article nouveau, conservateur des droits de l’art:
U Sous aucun prétexte la censure ne pourra être rétablie. »
Soyez tranquille, la censure aura son tour et nous en causerons.
Maintenant, pour ceux qui voudraient nier l’inQuence des hommes sur les œuvres, énumérons les succès du Théâtre-Français sous le protectorat de M. Taylor; le simple .catalogue en dira plus que tous les raisonnements.
Léonidas, Charles VI, les Trois Quartiers, le Tasse, le Jeune Mari, Henri ///, Hemani, Othello, Brutus, Valérie, Bertrand et Raton, Chatterton et les Enfants (TÉdouard.
PBEMIÈRE LETTRE.
Comme on le voit, nous ne parlons point ici de toutes les pièces jouées, nous parlons seulement des succès d’art et d’argent.
Aussi, messieurs les comédiens du roi ont-ils, sous M. Taylor, touché jusqu’à i 8,000 fr. de part, c’est-à-dire 1,500 fr. par mois.
Chaque sociétaire touchait donc alors à lui tout seul le double à peu près de ce que touche l’Odéon.
C’était le beau temps de la Comédie-Française ; c’était le beau temps de l’art. Chacun de nous n’était pas obligé, comme aujourd’bi, d’aller traiter directement avec le ministère, et de stipuler des primes pour subvenir à cette chose à laquelle on ne subvient jamais, à l’absence des recettes; nous reviendrons sur les primes.
C’est que, comme nous l’avons dit, de 1826 à 1854, M. le baron Taylor était commissaire du roi.
Mais lui aussi quitta le commissariat comme nous avons quitté le théâtre, lorsqu’il vit qu’il lui était impossible de faire en 1 854 ce qu’il faisait en 1828.
PBEHIÈRE LETTRE.
Maintenant, abandonnons le baron Taylor à ses voyages d’artiste, à ses travaux d’archéologue, à ses collections de bibliophile, et passons à M. François Buloz.
M. François Buloz..., mais pardon, mon ami, M. François Buloz nous mènerait trop loin pour ce soir; d’ailleurs le commissaire du roi actuel mérite bien une lettre à lui tout seul. Donc, à mardi ou à mercredi prochain pour causer de BI. François Buloz.
Tout et toujours à vous, ÂLEXANORE DUHAS.
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Mon ami ,
En mettant la main à la plume pour vous écrire cette seconde lettre, je suis obligé de rappeler à tous et au public, que les griefs que j’y exprime seraient restés ensevelis dans le dégoût et la lassitude que m’a inspirés une lutte dans laquelle toute la force est du côté de nos adversaires, si votre voix n’était venue me forcer de vous répondre (1). Je ne joue donc pas
(I) La Démocratie pacifique s’était plusieurs fois adressée à M. A. Dumas, pour savoir de lui quelles causes étouffaient