‹ Simples Lettres sur l'art dramatiqueChapitre 6 sur 8 · ANGELO · texte numérisé non relu

ANGELO

Drame en quatre actes et en prose de M. VIC- TOR HUGO.

lis CINQDlbME LETTBE.

Or cette affiche apportée à M. Garé par M. P*** comme une de ces curiosités dont on doit faire collection dans une direction des beaux-arts , était collée sur la glace, et M. Gavé adressait pour la troisième fois cette injonction insidieuse : « lisez, » lorsque voyant que le commissaire du roi ne voulait pas comprendre, il lui mit le doigt sur le mot.

« Commënt , dit M. Gavé, vous ne voyez pas Racine l

— Âb oui, dit M. le commissaire do roi, Racine en petites lettres et Victor Hugo en grosses lettres. Que voulez-vous , ce sont de ces petits sacritices qu’en bonne administration il faut faire à la vanité des auteurs. »

Nous sommes heureux que le prétendu démenti de M. Gavé ait rappelé à MM. Alphonse Karr et Dujarrier, qui nous l’ont transmis, ce précieux détail que nous avions oublié.

Aussi, n’avoiis-nous jamais attaqué la bonne administration de M. Buloz. Nous avons attaqué seulement sa capacité, sa courtoisie, son intelligence.

CINQUIÈME LETTBB. IIS

A propos de courtoisie, citons en passant une petite anecdote, elle est courte; mais, vous le savez, les courtes anecdotes sont les meilleures.

M. Guiraud, l’auteur des Machabées et du Comte Julien, lisait à M. Buloz une tragédie nouvelle.

« Monsieur, dit le commissaire du roi après

le second acte, est. ce que vous allez me lire cela jusqu’au 5out ? »

Vous le voyez, comme je l’avais promis, l’anecdote est courte, mais si courte qu’elle soit, elle n’en a pas moins laissé une profonde trace dans la mémoire de l’illustre académicien et dans celle de ses amis.

Je la tiens de Soumet, qui est un de ses amis.

Revenons à ce qu’a fait M. Buloz pendant ce mois.

M Buloz a obtenu une lettre de M. Scribe.

M. Scribe est, avant tout, homme d’esprit. Il a compris que lorsque, dans une époque qui compte au rang de ses auteurs dramatiques MM. Hugo, Soumet, Guiraud, Yiennet, Frédéric

Soulié, Eugène Sue , Sand , etc., on est le

4 U CINQUIÈME LETTBE.

seul qui soutienne un homme accusé d’ignorance, d’impolitesse etd’incapadlé,etc., il faut donner au public une raison Talable de ce solitaire appui qu’on veut bien lui prêter.

Aussi H. Scribe s’esl-il hâté de nous dire qu’il achevait une comédie pour le Théâtre- Français. M. Scribe ne veut pas se brouiller avec M. Buloz en ce moment-ci surtout ; soit. Mais cependant M. Scribe sait qu’une comédie de lui sera toujours jouée, et il fait trop d’honneur à M. Buloz lorsqu’il croit que M. Buloz peut autre chose contre lui que de traiter, dans la Revue de Paris, sa comédie nouvelle comme il traite celle de ses confrères. M. Scribe a assez de talent cependant pour réclamer sa part des injures qui essayent de monter jusqu’à Hugo, jusqu’à Sand, jusqu’à Eugène Sue, jusqu’à Soulié etjusqu’à moi.

Mais ce qui prouve que la lettre de M. Scribe ' est, comme la lettre de M. Gavé, une raillerie au-dessus de la portée de l’intelligence de M. le commissaire du roi , c'est le mode de salutation qui la termine. Comprenez-vous, cher ami, que

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CINQUIÈME LETTBK. ' 11S

M. Baloz ait pris au sérieux une lettre qui se dot par ces paroles : « Daignez agréer, monsieur, avec toute ma reconnaissance pour vos bons procédés, l’expression de ma considération la plus distinguée. »

En effet, on a des compliments affectueux pour ses inférieurs, des compliments empressés pour ses égaux , de la considération distinguée pour le commun des martyrs ; mais il n’y a que les princes et les jolies femmes que l’on prie de daigner agréer les sentiments que l’on a ou que l’on n’a pas pour eux ; vous voyez donc bien, mon cher ami, que M. Scribe , comme M. Gavé, se moquait de M. Buloz en traitant M. Buloz comme on traite on prince ou une jolie femme.

Maintenant, arrivons aux preuves de sympathie que M. Buloz a reçues de la presse pendant ce mois. *

Un seul journal a soutenu M. Buloz. Ce journal est le CorsaireSalan.

Or, veut-on savoir ce que le Satan pensait de M. Buloz avant qu’il se réunit an Corsaire ? Écoutez, mon ami, c’est assez curieux.

116 CINQUIÈME LETTEB.

« Toutes les fois qu’on essayera de justifier, comme ou Ta fait aujourd’hui, la position de M. le commissaire du roi près du Théâtre* Français, on commettra une haute imprudence. »

{Satan, 18 juillet 1844.)

•I M. Buloz, à peu près nanti, écrasa tout, étouffa tout sous sa sourde et somnolente immobilité.

«< M. Buloz n’est point directeur du Théâtre- Français; M. Buloz n’est pas non plus commissaire royal , parce qu’il perçoit comme haute paye des demi-appointements incompatibles avec ces fonctions. M. Buloz n’est rien : deux négations ne feront jamais une affirmation.»

{Satan, 21 juillet 1844.)

« Âu reste, s’il ne s’agit que de tomber dans un puits et de rester deux heures sans connaîttance, pour devenir consul, nous connaissons un commissaire royal qui, même sans avoir be-

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CINQUIÈME LETTBB. 117

soin de tomber dans un puits, restera sans connaissances toute sa Tie.

« Aussi est-il consul royal en pays froid. »

{Satan, 29 août 1844.)

PETIT COUSS DE LITTÉBATÜRB DRAMATIQUE.

LE SEMAINIER. 9 Que dooneroDS-Dous aprèsdemain, M. Buloz?

M. LE COMMISSAIRE ROYAL. « Le Mercure galant, de Boursault. Je l'ai beaucoup connu, Boursault : il avait un très-beau jardin du côté de la rue Blanche.

LE SEMAINIER. « Et aVCC Ça?

M. LE COMMISSAIRE ROYAL. « ÂVeC Ça?...

Polyeucte, de Racine.

LE SEMAINIER. « Polycucte , de Racine I...

(Haut.) C’est bien, M. le commissaire. (Un peu plus bas et se retirant.) Polyeucte, de Racine... Bon... Ce pauvre commissaire royal, il y va absolument comme une oie qui abat des corneilles. »

L’anecdote, continue Satan , remonte aux premières années du commissariat, époque à

HS QNQOIÈMB LKTTRK.

laquelle M. Buloz pouvait penser que Polyeucte était de Racine. Maintenant, il croit que c’est de Voltaire.

« La Revue de Parie nous garde, dit-on, notre paquet : elle se propose de démolir rasifrusle premier éloge que nous ferons.

« Pour qu’elle y ait moins de peine, le premier éloge que nous ferons sera celui de M. Buloz. »

(Dernier numéro du Satan, jeudi 5 septembre 1844, h propos de VEloge de Voltaire, par M. Harel.)

Que penser de cette opinion si différente de deux journaux qui viennent de se marier, sinon que le Coreaire a épousé Satan sous le régime dotal et non sous le régime de la communauté.

Pendant ce mois, M. Buloz, dit-on, a publié une brochure contre moi. Mais comme la brochure n’est pas signée de son nom, et même n’est pas signée da tout, j’ai cru que j’étais

non-seulement dispensé d’y répondre, mais même de la lire.

Passons à la question des primes. C’est là que m’attend M. Buloz. Moi, depuis sa réponse à M. Jules Lefèvre et à M. Émile Deschamps, je ne l’attends plus nulle pari : malheureusement, je le trouve un peu partout.

D’abord, mon cher ami, si l’oa faisait jamais l’histoire de la prime, constatons un fait : c’est que la prime n’a été inventée ni par Casimir Delavigne, ni par V. Hugo, ni par moi. La prime a été inventée par on de nos confrères qui, sous ce rapport, a plus d’invention que nous. Hugo l’a trouvée florissante au Théâtre-Français , en y apportant le Roi s’amuse, et moi en y apportant Caligula.

Ces primes étaient de mille francs par acte, pour M. Scribe , M. Casimir Delavigne et M. Hugo.

Or, que M. Buloz produise mes traités de Caligula, de de BelU-hle, de Lorenzino et d’Un Mariage sous Louis XV, on verra que seul, parmi ces messieurs, je n’ai jamais eu que cinq

1«0 CINQCIÈMB LETTRE.

cents francs par acte de prime ferme, et cinq

cents francs par acte de prime proportionnelle.

Deux acteurs qu’on m’enleva pour les faire passer à l’Odéon firent, à propos de Caligulaf convertir la prime proportionnelle en prime ferme ; mais ceci est un cas tout particulier ; on réparait, ou du moins on essayait de réparer un tort irréparable.

Ma prime proportionnelle pour de Belle' hle (je devais faire 60 mille francs de recettes en vingt-trois représentations), ma prime était gagnée à la quinzième, et on me la paya.

Pour Lorenzino, pour un Mariage tous Louis XV, je ne reçus que 5,000 fr. en tout, c’est-à-dire 2,500 fr. pour chaque ouvrage.

Ce fut alors que M. de Rémusat, voyant que j’étais moins bien traité que mes confrères, m'offrit un malin, dans son cabinet, de faire combler par le ministère la différence qu’il y avait entre mes traités et ceux de M. Scribe, de M. Victor Hugo et de M. Delavigne.

C’était peut-être un bien grand orgueil à moi que de me placer sur le même rang qu’eux.

CrSQUlÈMB LETTBE.

Mais je ferai observer que ce n’était pas moi qui m'y mettais, mais M. de Rémusat lui-même qui - m’invitait à m’y mettre.

J’ai donc reçu en tout, à titre de prime, du Théâtre-Français et du ministère, la somme de 38,000 fr., sur laquelle il faut défalquer les

2.500 fr. de CaKgula qui tiennent à une transaction particulière, c’est-à-dire 55,500 fr.

J’ai donné Caliguîa, M'** de Belle-Ide, un Mariage sms Lmis XVy les Demmelles deSaint- Cyr, une Fille du Régent, et je tiens prêt pour l’époqueoùM. Buloz ne sera plus commissairedu roi, lesNevetucdeBassompierre, en tout, 36 actes.

Au compte de mes confrères, le Théâtre- Français me redevrait donc encore 500 fr.

Maintenant, puisqu’on nous force à entrer dans ces «détails, alignons au-dessous de ces

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