CHAPITRE II
»lins , leur tendent des piéges, leur suscitent » des querelles, leur supposent des crimes ima- » ginaires afin de leur extorquer de l’argent.
» Ils font ordinairement mettre en prison et » charger de chaînes des hommes qui n’ont » commis aucun délit, et fontendurer à ces in- » nocens de cruelles tortures, pour en tirer quel- »ques sommes d'argent. C’est pour fournir à » leurs prodigalités , à leur luxe, à leurs super- » fluités , à de folles dépenses, aux vanités du » siècle; c’est pour paraître pompeusement dans » un tournois , pour payer leurs usuriers, pour » entretenir des mimes, des jongleurs , des pa-
»rasites, des histrions et des flatteurs, vrais
» chiens des cours, qu’ils dépouillent et tortu- »rent les malheureux. »
Cette esquisse, tracée par un personnage grave, prouve la grandeur du mal, l'excès du désordre , la subversion de tous les principes, l’absence des lois et d’une force coercitive; prouve que les princes et les seigneurs considéraient encore les habitans de la France comme une propriété exploitable, comme des ennemis qu'ils pouvaient dépouiller et torturer à volonté.
Tels étaient les chevaliers des 12*° et 13**
siècles, dont la loyauté, tant exaltée dans les
romans, dans les compositions poétiques et sur notre scène moderne . Se trouve constamment démentie par l'histoire. Ces hommes, auxquels on attribue tant d'exploits glorieux, tant d’actions généreuses et honorables, n'étaient que des brigands impitoyables, des misérables qui figureraient aujourd'hui dans les bagnes ou les cachots de Bicêtre. .