CHAPITRE II
»est plus heureux que celui qui recoit, les hom- » mes de notre temps, surtout ceux qui sont en » possession de commander aux autres, ne se » bornent pas à extorquer l'argent de leurs su- »jets en exigeant d'eux des présens illicites, » Ou bien en remplissant leurs mains avares du » produit de contributions et d’exactions dont » ils les accablent injustement; ils font pis en- »core : les vols , les rapinés et les violences » qu’ils exercent, tantôt ouvertement, tantôt en » secret, sur les malheureux qui sont sous leur » dépendance, rendent insupportable leur cruel- »le tyrannie! Ces seigneurs, malgré les titres » pompeux dont ils s’enorgueillissent, ne lais- » sent pas d’aller à la prote, et de faire le métier » de voleurs ; de faire aussi celui de brigands en »ravageant des contrées entières par des incen- »dies. Ils ng, respectent rien, pas même Îles » biens des monastères, des églises; ils profa- » nent jusqu’au sanctuaire, d’où ils enlèvent les » Objets consacrés au saint ministère.
» Lorsque, pour des causes légères, il s'élève » quelques contestations entre les pauvres et les »Séigneurs. ceux-ci parviennent, par leurs sa- »tellités, à faire vendre les biens de ces malheureux.
» Sur les chemins publics , vous les voyez
» couverts de fer, attaquer les passans, sans épar- » ner les pélerins ni ies religieux.
» Veulent-ils exercer quelques vengeances » contre des personnes simples et innocentes, » ils les font attaquer par leurs sicaires , scélé- »rats qui remplissent les rues des villes et des » bourgs, ou qui, cachés dans des lieux secrets, »tendent des piéges à ces malheureux, pour »les y attirer et répandre leur sang.
» Sur mer, ils font le métier de pirates; et » sans craindre la colère de Dieu, ils pillent les » passagers, les marchands, brûlent souvent » leur navire, et noient dans les flots ceux qu'ils » ont dépouillés.
» Des princes et des nobles sans foi sont les » associés de ces voleurs ; loin de protéger leurs » sujets et de les maintenir en paix, ils les op- » priment ; loin de réprimer les scélérats, de les » contenir par la crainte des châtimens, ils les » favorisent , deviennent leurs patrons, et pour » de l'argent qu'ils en reçoivent, ils favorisent » leurs attentats. Les nobles sont semblables » aux chiens immondes qui, toujours affamés , » disputent aux corbeaux voraces la chair des
» cadavres. Les nobles, par le ministere de leurs
»prévôts, de leurs satellites , persécutent les »pauvres, dépouillent les veuves et les orphe-