TUILERIES
Dume fouettée par un Laquais.
La paix que Henri IV procura à la France, ramena dans la capitale l'abondance et le luxe’; le nombre des carrosses ou coches, qui jusqu’alors se montait à cinq ou six, s’augmentait prodigieusement , et chaque année le nombre des domestiques, pour la représentation, suivit les progrès du luxe. Ces êtres, portés au mal par leur oisiveté, et par l'exemple des débauches de leurs maîtres, copiaient leurs vices, sans, Comme eux, les couvrir de ce vernis séducteur qui les embellit, ou les fait supporter. Fiers de la protection de leurs maîtres, ils oubliaient la bassesse de leur état, et insultaient ou maltraitaient chaque jour des citoyens utiles et respectables. Ils s’attroupaient, et, souvent à la Foire, on les vit attaquer battre, tuer
f, . e * L'Étoile parle de la femme d’un procureur qui, dans ce temps-là, paya 100 francs pour la seule facon d’une
robe.
des écoliers, des clercs du palais. L'usage où ils étaient de porter l'épée rendait leurs insolences plus dangereuses. Plusieurs meurtres commis par des laquais, et notamment celui de M. de Tilladet, furent cause qu’on leur défendit le port des armes ; mais en diminuant leur moyen de nuire, on ne changea point leurs inclinations, et chaque jour offrait de nouvelles preuves de leurs méchancetés”.
Sous Louis XIV, le jardin des Tuileries était le seul fréquenté par les courtisans et les gens de qualité. Aux heures de la promenade, on voyait aux portes de ce jardin jusqu'à quatre ou cinq mille laquais qui, en attendant, se racontaient les fredaines de leurs maîtres et mai-
tresses, juraient,criaient, et faisaient niches aux
passans. Un de ces laquais, pour montrer plus de bravoure que ses camarades, leur dit que s’ils voulaient seulement lui payer une bouteille
* Ce fut M. de la Reynie, lieutenant-général de police, qui fit défendre aux laquais de porter des armes. Les vers que d’Assouci adresse à ce magistrat, en sont la preuve.
C’est par vous, dit-il,
Que le laquais, jadis si superbe et si fier, Qui de porter la brette a perdu l’espérance ; Ne donne plus mes huy de pratique au barbier.