CHAPITRE LXVIIL ÉGLISE DU SAINT-ESPRIT
Superstition. Combat entre deux prêtres.
L'erreur a triomphé sans peinedes vicissitudes des siècles et des révolutions ; elle s’est transmise des temps les plus reculés jusqu’à nous, et dans ses différens passages, s'est conservée sans aucune altération : la vérité, la raison, n'ont pas le même succès.
La plupart des pratiques ou opinions superstitieuses ont passé, des Égyptiens, des Grecs ou des Romaïns, chez les Français, et s’y sont soutenues malgré la différence des religions. C'était une opinion établie chez les Romains que la membrane ou pellicule appelée coiffe; qui couvre la tête de quelques nouveau-nés, était un présage de bonheur pour l'enfant ou pour ceux qui la portaient, ce qui a fait naître ce proverbe, &{ est né coiffé, pour exprimer un homme heureux. Lampridius, qui vivait au quatrième siècle, en parle dans sa vie de Diadumène, et WMajoli, grand compilateur, dans le
second entretien du supplément de ses jours caniculaires, attribue cette superstitiGn aux avocats romains, et dit qu'ils achetaient bien cher ces espèces de coiffes, persuadés qu'elles devaient contribuer au gain de leurs causes, et les rendre plus éloquens. Causidici Romani muliä pecuntâ involucrum istud emebant , se illo ad causæ victoriam juvari multüm arbitrantes. L'aventure suivante prouve que cette ridicule opinion existait encore à la fin du seizième siécle, et que, par une ignorance bien honteuse, les prêtres de ce temps-là mélaient ces pratiques superstitieuses au mystère le plus sacré du christianisme. En disant la messe, ils placaient sur l’autel et bénissaient ces espèces de coiffes, afin de donner plus d'efficacité à. sa
vertu supposée.
Le 21 octobre 1596,un prêtre, venant de dire
la messe dans l’église du Saint-Esprit, avait oublié sur l’autel la coiffe d’un enfant nouveauné, qu'il s'était chargé de bénir. Îl revint à l'autel, il y trouva un autre prêtre disant Ja messe, qui refusa de lui rendre cette coiffe. Ge refus occasiona , entre les deux prêtres, une querelle d’antant plus indécente, que la messe commencée fut interrompue, et qu’au lieu de prières et d'actes de religion , les assistans en-