CHAPITRE LXXT
péric et d’Audouere, de sortilége et de complicité avec des sorciers. L'opinion fut à peu près la même jusqu'au règne deCharlemagne,qui, voulant ressusciter la science, fit des lois contre ces honteuses erreurs. Après lui l'ignorance reprit son empire, les peuples crurent plus que jamais aux sorciers et à la magie. L'histoire fut tachée de récits absurdes. On écrivit que Berthe était accouchée d’un oison, que Bertrade était sorcière. Philippe-le-Hardi eut recours à une devineresse. La démence de Charles VI et le crédit de Valentine de Milan sur son esprit, furent regardés comme des effets de sortilége. Ce fut comme sorcière que fut brûlée la Pucelle d'Orléans.
Bientôt, sous le nom d’astrologie, ces prestiges acquirent plus de considération, et ceux qui les exerçaient jouirent de la réputation de savans. Les rois avaient des astrologues en titre, comme ils avaient des médecins.
Sous le règne de Louis XI, l'astrologie était fort en vogue. M° Arnoul était l’astrologien de ce roi. Le célèbre Angelo Cattho, dont il est fait mention à la suite des chroniques de Commines qui fut archevêque de Vienne, était un astrologue de grande réputation. Mais le triom-
phe de l'astrologie ou de la magie en France,
fut complet sous les règnes de Catherine de Médicis, et des rois, ses fils, même sous celui de Henri IV. Lorsque, en 19587, on condamna Dominique Miraille', italien, et une bourgeoise d'Étampes, sa belle-mère, à être pendus, puis brûlés au parvis de Notre-Dame, pour crime de magie, les Parisiens s’étonnèrent de cette exécution.:« Pour ce que, dit l'Étoile, cette sorte » de vermine était. toujours demeurée libre, et » sans être recherchée, principalement à la cour »où sont appelés philosophes et astrologues » ceux qui s'en mêlent; et même du temps de » Gharles IX, était parvenue à telle impunité, ».qu'il y. en avait ( dans Paris ) jusqu'à trente » mille, comme confessa leur chef, en 1572. »
On ne sera pas surpris de ces trente mille astrologues ou sorciers résidant à Paris, si l'on considère que ces sortes de gens étaient consultés, accueillis, et: bien récompensés par les rois, reines. ou grands.seigneurs. Catherine
de Médicis faisait. elle-même profession de
cette science superstitieuse. La. colonne, qu'on
* Suivant l'arrêt, ils furent condamnés pour avoir été saisis « delivres de conjurations, caractères, plaques d’ar- » gent, lames de fer-blanc, figures, papiers, harangues » pour invoquer les sibylles, fées et malins esprits, et au- »tres instrumens servant .au fait de magie. »
CHAPITRE LYXT. ot à] a conservée à la halle aux Farinés, lui sérvait d'observatoire. Cétte princésse portait sur son estomac une peau dé vélin; d’autres disent d’un enfant écorché, sémée dé figurés, de lettres ét dé caractères dé différéntés couleurs, ainsi qu'un talisman qué lui forma l’astrologue Regnter, et que l’on trouvé gravé dans lé tome 2 du Journal de Henri IT. Avec ce talisman, élle croyait pouvoir gouvernér souveraiz nement, et connaître l'avenir : il était composé de sang humain , de sang de bouc, et de plusieurs sortes de métaux fondus énsemble, sous quelques constellations particulières qui avaient rapport à la nativité de cette princesse.
Ainsi, on'poussait la superstition au point d'attribuer des vertus occultes et surnaturelles à la’ matière inerte. On employa dans ce même temps, pour un objét plus criminel encore, des figures en cire qui représentaient des personnes dont on désirait la mort. On croyait que, par des moyens magiques, les coups portés à ces figures de cire, frapperaient mortellement les personnes dont elles avaient la ressemblance et le nom.
L'usage de ces figures en cire n’était pas nouveau en France: La Chronique de Maillezais rapporte qu'en 1123'des Juifs de Rouën' firent
une action détestable par le moyen d’une figure en cire. Par une lettre de Charles IV, du 8 juillet 1526, ilest fait mention de figures magiques fabriquées par plusieurs particuliers de Toulouse, pour faire mourir ce roi. Dans le procès d’Enguerand de Marigny, on accusa Aleps de Mons, sa femme, et la dame de Chanteleu, sa sœur, de recourir aux voies de magie pour sauver ce ministre qui lui-même avait, dit-on, un démon familier ayec lequel il fascinait l'esprit du feu roi. On prétendit avoir trouvé, dans la maison de la dame de Marigny, des petites figures de cire dont le pouvoir magique devait envouter le roi, le comte de Valois, plusieurs barons et ministres, c’est-à-dire, qu’en piquant ou torturant ces figures de cire, le roi, le comte de Valois, etc., devaient éprouver les douleurs et les suites fuhestes que ces mauvais traitemens auraient causés sur leurs personnes ’.
Bernard, comte d’Armagnac, fut en grande
: Les grandes chroniques qui parlent de ce fait, ap-
pellent ces figures en cire vœux, du même nom qu’on donne ‘aux offrandes pendues dans les églises : élaient iceux vœux (ces figures) en telle manière ouvrés, que si longuement eussent duré, lesdits roi, comtes, n’eussent fait chacun jour que amménuiser, sécher, décliner, et en brief
des eussent fait de male mort mourir.