CHAPITRE LXXI
le magicien Cosme Ruggieri fut condamné aux galères; mais son arrêt ne fut point éxécuté ; au contraire, il fut gratifié par le roi de l’abbaye dé Saint-Mahé, en Bretagne, et il reçut encore de la cour une pension de trois mille livres,au commencement durègne de Louis XII, par la protection de la maréchale d’Ancre*. Ni: colas Pasquier, dans ses lettres, fait un long récit de sa morts il assure qu'il mourut trèsméchant homme ; athée et grand magicien. Al ajoute qu'il fabriqua « une autre image de cire, » sur laquelle il jeta plusieurs infusions de char- »mes et de venins, pour faire mourir notre » grand Henri; mais il ne put atteindre à son »sort, et le roi, par sa douce clémence, lui » pardonne. »
* Hommes, femmes, mariés, enfans, nés ou à naître, obtenaient alors indistinctement des bénéfices. Un historien du temps dit qu’on en gratifiaite athées, hérétiques, gentilshoïhimes , capitaines, soldats, maçons, sartisans, et bien d’autres insectes de l’humanité. H » n’était pas jusqu’à des petits coquins de poètes dissolus, »maqUue...… de la pudicité des femmes et filles, qui n’y »euSsent bonne partie. »
2 Cette maréchale, qui, conjointement avec son mari, et quelques autres favoris de la reine Marie de Médicis, avait pillé les finances du royaume, fut elle-même con-
damnée et brülée en place de Grève conne sorcière.
Lorsqu'après les barricades, Henri IT fut sorti de Paris, les prêtres ligueurs rayèrent son nom des prières de l’église, en composérent de nouvelles pour les princes devenus chefs de la ligue , et firent plusieurs images de cire qu'ils placèrent sur les autels des différentes paroisses de Paris, où l’on célébra quarante messes pendant quarante heures. À chaque messe, les prêtres faisaient une piqûre à l’image de cire, et à la quarantième messe, ils piquaient l'image à l'endroit du cœur, en prononçant à chaque fois quelques paroles de magie , pour essayer de faire mourir le roi.
C'était le comble de la déraison et de la sottise, pour des prêtres catholiques, dans l’instant qu'ils cherchaient à faire triompher leur religion de celle des protestans, d'employer ces moyens superstitieux ; c'était le comble de l’inipiété de mêler les mystères les plus sacrés du christianisme aux plus criminelles pratiques de la magie; c'était s’avouer ignorans et scélérats, et c'était vouloir rendre la Divinité complice de meurtres et de sortiléges.
Treize ans apres, sous le règne de Henri IV, l’histoire fait encore mention de figures magi-
ques en cire. Le duc de Biron, qui eut la tête tranchée à la Bastille, accusa dans ses interro-
Ldf