‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 147 sur 219 · CHAPITRE LXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXI

gatoires, Lafin, som confident et son délateur, d’être en commerce avec le diable, d’avoir été ensorcelé par lui, et de posséder des figures de cire parlantes.

Marie de Médicis, même dans le temps de son exil, gardait toujours auprès d’elle un magicien nommé Fabroni. Le roi, son fils, ou plutôt le cardinal de Richelieu, car Louis XIII ne régnait pas, ne permit à cette reine de revenir à la cour, qu'à condition qu'elle lui livrerait F'abront qui avait témérairement prédit sa mort prochaine . |

Il y avait encore sous Louis XIV beaucoup d’astrologues ou tireurs d’horoscopes. Lorsque M. d’Argenson fut lieutenant de police à Paris, il mit en œuvre toute sa vigilance pour purger cette capitale de ces imposteurs.

On croirait que les lumières de la raison, croissant avec les connaissances humaines, auraient enfin dissipé ces ténèbres ; que les sciences exactes auraient pleinement remplacé les

1 Ce cardinal, vindicatif et cruel, voulait par intérêt faire punir le sorcier F'abroni, tandis qu’aussi par intérêt, il faisait à Loudun jouer des farces indécentes et incroyables par des religieuses qui, pour satisfaire à sa vengeance, remplissaient avec un merveilleux succès les rôles d’ensorcelées.

sciences chimériques ; que #leur vanité serait démontrée à ceux qui cherchent à s’instruire, et que les prestiges de la magie ne pourraient tout au plus en imposer qu’à des rustres ignorans Qu superstitieux. Cependant on voit dans ce siècle de raison, où les sciences se familiarisent pour ainsi dire avec tous les esprits, des sectes d’illuminés” qui, sous des noms plus polis, plus savans, renouvellent à peu près les mêmes erreurs. '

Les noms de sorcier ou de magicien sont changés en celui de martintiste® : au lieu du

* Dans le siècle dernier, il se manifesta en Espagne une secte d’illuminés, qui avait déjà été vivement persécutée par l’inquisition. En 625, le roi catholique la proscrivit de nouveau. Les sectateurs se réfugièrent alors en France : les villes de Roye et de Montdidier leur ser- virent de retraites. Pour juger de leurs opinions, voici le contenu d’un des placards qu'ils firent afficher à Paris. « Nous, députés du collége principal des frères de la Rôse- »Croix, faisant séjour visible et invisible en cette ville, »par la grâce du Très-Haut, vers lequel se tourne le »cœur des justes, nous montrons et enseignons, sans »livres ni marques, à parler toutes sortes de langues des » pays où nous habitons, pour tirer les hommes, nos sem- »blables, d'erreur et de mort. »

2 Du nom de Martin Swedenborg, savant suédois, célèbre par les choses extraordinaires qu’on raconte de fai.

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