‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 161 sur 219 · CHAPITRE LXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVI

guerre de la Fronde. L’entêteent de la reine causa bien des maux; elle sacrifia , sans hésiter, la gloire de son règne, la tranquillité de l'état, le bonheur et la vie des milliers de sujets, pour conserver un seul hommé; encore cet homme était étranger et cardinal.

Si, d’un côté, les guerres civiles et tous les maux qui les accompagnent désolaient la France, d’un autre côté, des écrivains, zélés pour le bien public. exhalaient abondammént contre le ministre coupable toute l’indignation qu'il leur inspirait. Faible remède à tant de désastres , mais qui console pourtant bien des malheureux, et semble en quelque façon les venger de leurs oppreseurs! Lorsque le cardinal fut enfin obligé de fuir du côté de Cologne, on lui adressa, dans la pièce intitulée la Chasse à Mazarin , les vers suivans :

Adieu, jongleur, trousse tes quilles, C’est trop nous vendre tes coquilles ; Ta farce n’est plus de saison ,

Le Français n’est plus un oison :

Tes jeux et tes forfanteries,

Tes machines, tes comédies,

Ont assez long-temps amusé ‘.

* Les écrivains du temps s’accordént assez à trailer

Mazarin de faréeur et de comédien. Gui-Patin; tom. I°,

Dans la même, on lit l'apostrophe suivante :

Sus, sus, Français, réveillez-vous :

Qu'est devenu votre couroux ?

Vous laissez sauver à la course

Ce larron qui tient votre bourse, Et vous ne courez pas après.

Enfin, on reprocha au Mazarin, en vers et en prose, non-seulement d’être aussi avide de l'argent que du sang des Français, mais encore d’être dans une trop grande intimité avec la reine. La préférence que cette princesse avait toujours donnée à ce cardinal sur les princes français, sur la nation, son zèle pour ses intérêts, sa déférence aveugle à toutes ses opérations, l'approbation qu'elle semblait accorder à ses vexations, à ses brigandages *, suffisaient

Lettre XVII, peint ainsi ce ministre : Grand Larron, fort

ignorant en tout, et principalement au métier dont il se

mêle; mais au reste grand hâbleur, grand fourbe, grand comédien, bateleur de longue robe, tyran à rouge bonnet. Dans la Lettre XIX, il ajoute : Ce pantalon à longue robe, ce comédien à rouge bonnet, est cause de tous nos maux, et de la ruine de la France. Ces épithètes pouvaient à-la-fois se rapporter au caractère fourbe et dissimulé du cardinal, et à ce qu’il avait fait venir en France des comédiens italiens que Louis XIV renvoya dans la suite.

1 Il avait pour valets, pour espions, pour bourreaux.

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