‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 189 sur 219 · PROJET D'UNE SECONDE SAINT-BARTHÉLEMI. MOINE INSOLENT · texte numérisé non relu

PROJET D'UNE SECONDE SAINT-BARTHÉLEMI. MOINE INSOLENT

Après la mort de Henri IV, les protestans de Paris, et tous les citoyens paisibles, ‘eurent des craintes assez fondées de voir se renouveler les horreurs de la:Saint-Barthélemi. Quelques grands seigneurs catholiques, soupçonnés d'avoir été les instigateurs de l'assassinat du roi, pour étouffer ces soupçons et prévenir les troubles qu’ils auraient produits, employèrent secrètement tous les moyens qu'ils crurent capables d'émouvoir le peuple, et de soulever les catholiques contre les protestans. Mais le souvenir des anciens massacres, celui des maux innombrables causés par la ligue, étaienttrop bien

conservés dans l'esprit des habitans, pourqu'ils désirassent encore de voir renaître les mêmes malheurs. L’effervescence du fanatisme était calmée; le règne heureux de Henri IV avait fait jouir les Parisiens d'une paix dont ils sentaient tout le prix. Ainsi les citoyens n'étaient guère disposés à s'entretuer pour servir l'ambition de quelques courtisans.

On mit en usage tout ce qui avait réussi autrefois à soulever le peuple : on eut recours aux prédicateurs; maïs, soit que ce moyen fût usé, ou qu'il fût méprisé, il ne produisit aucun effet. Le jésuite Gontier eut beau vouloir rallumer le feu de la révolte, bien loin de séduire, ses ser-

mons indignèrent. Leduc d'Epernon autori-

sait ce boutefeu, et assistait à ses prédications séditieuses. Tout fut inutile, les Parisiens n’étaient plus d'humeur de s’égorger.

Pendant plusieurs nuits, une foule de gentilshomimes couraient les rues, tous armés, commettant mille insolences et cruautés, semant l'alarme dans les différens quartiers de Paris, et excitant les catholiques contre les protestans. « On voudrait bien, dit un écrivain du » temps, pousser le peuple à la danse, et le faire » de fête si l’on pouvait; mais pour néant, bien * et sagement pour lui et pour nous. »

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