‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 190 sur 219 · CHAPITRE LXXXE · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXE

La reine, instruite qu'il se répandait dans la ville des bruits d'un massacre projeté, en parut très-affligée. Le 17 juillet 1610, elle dit.en dinant, « que etait une chose à laquelle elle »n’avait jamais pensé, et qu’elle ne voudrait » faire quand elle pourrait, sachant qu’elle met- » trait le feu dans le royaume de son fils, qu’elle » lui voulait garder et conserver, et que ceux » de la religion avaient bien servi le feu roi; » aussi avait-elle promis de les maïntenir, et » leur en avaït- donné sa foi et sa parole, qu’elle » voulait inviolablement tenir, et que tels dis- » coureurs la tenaient pour femme de bien peu » d'esprit et de jugement ; mais que, Dieu merci, “elle ne l'était pas jusque-là, et leur ferait pa- »raître. » Cette princesse ajouta que si elle pouvait découvrir les auteurs de ces bruits, elle les ferait punir rigoureusement.

Cependant, ces bruits étaient si répandus, que la reine Marguerite en fit avertir la reine Marie Médicis; que les huguenots, pendant plusieurs jours , se barricadèrent dans leurs maisons. On prit au Louvre un homme qui assurait que vers la fin d'août il se ferait à Paris une seconde Saint-Barthélemi, plus complète que la première, et qu’on verrait abondamment couler le sang dans les rues. El affir-

mait ces paroles, en ajoutant qu'il voulait être tiré à quatre chevaux si cette Saiut-Barihélemi n'avait pas lieu.

Une aventure assez singulière qui se passa \

dans le même temps, prouve encorel’existence de ce projet de massacres.

Le 16 juillet 1610,un moïhe vint demander la quête à un horloger qui demeurait dans la cour du palais. L'horloger, qui, sans doute, n'était pas disposé à donner de l'argent au quéteur, résista à toutes ses importunités, et lui refusa l’aumône. Le moine en colère dit mille injures à l'horloger, l’appela huguenot, luthérien, quoiqu'il fût bon catholique romain ; le menaça d’une seconde Saint-Barthélemi, en lui disant qu'elle se ferait plus tôt qu'on ne pensait ; que le roi Charles IX n'était pas mort. Puis voyant que ces menaces étaient méprisées, il saisit une platine de cuivre qui était sur la boutique de l’horloger, la lui jeta au visage, le blessa dangereusement. La populace accourut au bruit :

on voulait traîner le moine séditieux en prison, mais quelques âmes dévotes et monacales le firent évader.

Enfin, l’appréhension d'une nouvelle Saint- 3arthélemi se manifesta de toutes parts ; les

églises protestantes envoyèrent des députés à la

CHAPITRE LXXXI. a reine pour savoir quelle confiance ils devaient ajouter à ces bruits ; cette princesse les rassura. On peut croire que si le peuple eût pris goût à cette entreprise séditieuse , les menaces se seraient effectuées. L’Estoile, dans son Journal de Henri IV, ne balance pas à attribuer ce dessein à de grands seigneurs. « Les bruits, dit-il, » d’une Saint- Barthélemi proche, étaient fre- » quens à Paris, et ailleurs, semés et apostés à » dessein par quelques brouillons d'état, ennemis conjurez du repos d’icelui, qui, par tels » artifices , tâchaient d'y porter le peuple, sous » l'appui et l’instigation de quelques grands ; » mais de la piperie desquels il était las, et re- » creus, étant fait sage par les exemples du passé, »qu'il n'était plus possible de faire mordre le »peuple à cet appas, qui au contraire criait » tout haut, en chantant le suivant vaudeville. »

Vive le pape et le roi catholique ;

Vive Bourbon, vive la sainte ligue ; Vive le roi, la reine et son conseil; Vivent les bons et vaillans huguenots; Vive Sully, avec tous ses suppots;

Vive le diable, pourvu qu’ayons repos.

Enfin, si le peuple de Paris eût été moins instruit par de funestes expériences, moins

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