CHAPITRE LXXXIV
firent, en 1318, brûler vif, à Marseille, quatre de leurs pères cordeliers qui n'avaient pas voulu rogner de quelques pouces leurs sales capuchons.
Les guerres du quatorzième siècle, les ravages, les profanations que Îles Anglais, les Français, les Bourguignons , faisaient tour-à-tour dans les églises et les monastères de France , forçaient les prêtres et les moines à se défendre et à combattre, et leur inspiraient un caractère soldatesque qui bannit iusensiblement les vertus humbles et pacifiques, la bonne discipline , et introduisit la discorde, le brigandage et la débauche.
Les prostitutions, les crimes de toute espèce, dont fut souillée la cour de Rome sous les pontificats d'Alexandre VI, de Léon X, etc., autorisaient les désordres des évêques qui, voyant ces papes donner l'exemple d’une licence effrénée, faire un trafic honteux des indulgences et des pardons, et vendre pour ainsi dire la vie éternelle au prix de l’or, toléraient les débauches de leur clergé, ou vendaient eux-mêmes à leur tour aux ecclésiastiques subalternes le droit d'avoir publiquement des concubines”.
1\Sleidan rapporte que les magistrats de Strasbourg
Le goût de la littérature profane qui commençait à naître en Europe, dut encore contri-
ayant cité, devant le cardinal Campegge, leur évêque, parce qu’il voulait punir quelques prêtres de son diocèse, qui s'étaient mariés, ils représentèrent à cette éminence que les prêtres qui vivaient dans le célibat menaient une vie infime, et entrelenaient, au grand scandale du public, plusieurs femmes libertines dans leur maison. Le cardinal répondit que la conduite de ces prêtres était répréhensible, qu’à la vérité il savait bien que c’était la coutume des évêques d'Allemagne de permettre la fornication à leurs prêtres, en recevant quelque argent... Cependant, qu’il ne s’ensuivait pas qu'il fût permis aux prêtres de se marier. Que le mariage est pour eux un plus grand péché que l’usage d'entretenir plusieurs concubines en leur maison; car ceux-ci savent qu’ils font mal, et confessent leurs fautes, tandis que les autres s’imaginent bien faire; et qu’au reste, tout le monde ne peut pas être aussi chaste que Jean-Baptiste.
Dans le Catalogus testium veritalis, est une pièce inti-
tulée : Centum Gravamina , dans laquelle, à l’article 75,
on trouve la même chose exprimée ainsi : Les officiaux, en tirant des religieux et des prêtres séculiers un tribut annuel, leur permettent d’entretenir publiquement des concubines et des femmes de joie, dont ils ont des enfans, et à l’article g1, La plupart des évêques et leurs officiatilés ne permettent pas seulement aux prêtres d’avoir des coucubines en payant un tribut, mais même, s’il y a quelques prétres sages qui veulent vivre en continence, on ne laisse pas
de leur faire payer le tribut du concubinage, sous préteæle
CHAPITRE LXXXIV. 333 buer à éloigner les ecclésiastiques de leur devoir. Le respect qu’on portait alors aux poètes paiens et à ceux qui les étudiaient , consacraient en quelque façon la morale relâchée et les préceptes peu religieux qu’on trouve dans leurs ouvrages. On citait à tout propos Firgile, Ovide , Tibulle , etc., et ces citations étaient souvent confondues ou mises en parallèle avec des passages de l'écriture ou des pères de l’église. Les sermons des prédicateurs, ainsi que les autres productions du temps, offraient partout ce mélange monstrueux. Les cordeliers Mennot, Maillard, le jacobin Barlette, etc. , citaient dans leurs sermons , recherchés aujourd’hui pour leur ridicule, Virgile et saint Paul, plaçaient Hercule à côté de Moyse, et par leurs quolibets, leurs satires contre les bénhéfciers et les évêques , leurs contes indécens et leurs plates bouffonneries, travestissaient la chaire de l’évangile en tréteaux de vils baladins. Ainsi, la littérature ancienne ne commençait à répandre ses lumières que pour don-
que M. lÉvéque a besoin d'argent. Cette pièce que nous citons, fut composée en 1522, à la diète de Nuremberg, et paraît avoir de l'authenticité. Il faut noter que ces re-
proches ne portent que sur les évêques d'Allemagne.
ner plus d'éclat aux mœurs grossières et à l'ignorance de l'Europe, que pour laisser des témoignages plus multipliés de la barbarie des siècles précédens.
Les désordres qu'avaient introduits les guerres civiles, les vices de la cour de Rome, et la renaissance des lettres, produisirent en conséquence dans l'opinion, dans le goût et dans les mœurs, une révolution considérable. Cette révolution, dans un siècle où la routine avait bien plus d’empire que la raison, ne fut d’abord pas plus avantageuse à la manière d'écrire, de penser, qu’à la manière de se conduire.
Les mœurs du clergé étaient corrompues à un excès qui doit éftonner, non parce qu'aujourd’hui elles sont plus pures, mais parce qu'elles le paraissent davantage, et que, d’après l'opinion générale, on croit qu'elles étaient beaucoup plus exemplaires qu’elles ne sont à présent. Voici comme Brantôme, avec son style naif, nous peint les mœurs des évêques qui vivaient avant le règne de François 1%. « Dieu » sait quelles vies ils menaient. Certainement, »ils étaient bien plus assidus en leur diocèse » qu'ils n'ont été depuis, car ils n'en bougeaient :
»wais quoi, c'était pour mener une vie toute
ns pe