‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 202 sur 219 · CHAPITRE LXXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIV

» dissolue, après chiens, oiseaux ‘, banquets, » confrairies, noces et put...., dont ils faisaient » des sérails; ainsi que j'ai oui parler d’un, dans »ce vieux temps, qui faisait rechercher de jeu- » nes belles petites filles de l’âge de dix ans, qui »promettaient quelque chose de leur beauté à » l'avenir, et les donnait à nourrir et élever, qui »Cà, qui là , parmi leurs paroisses et villages, » comme les gentilshommes de petits chiens, » pour s'en servir lorsqu'elles seraient grandes. »

La richesse des évêques produisit chez eux le luxe que l’usage de la cour semblait autoriser. Aux vertus épiscopales, aux cérémonies , aux prédications , succédèrent l’égoisme , les équipages de chasse, les habits somptueux, etc. Us oublièrent qu'ils étaient évêques pour se

* Brantôme veut parler ici des oiseaux de proie, autrefois en usage pour la chasse du vol. Quoique plusieurs conciles défendent cette chasse aux ecclésiastiques , ils lont pratiquée tant qu’elle a été en vogue en France. Dans un discours prononcé aux états de Blois, sous Heori IT, en parlant des mœurs des prélats du royaume, On dit : « Leurs maisons ne résonnent plus d’hym- »nes et de cantiques à l’honneur de Dieu; mais d’abois »de chiens, de réclamations d'oiseaux, et de toute voix » de dissolution. Bref, il n’y a qu’ignorance, que vomis- » sement, paillardise et scandale en eux. »

SINGULARIFÉS HISTORIQUES.

rappeler qu'ils étaient riches. On pouvait bien dire alors ce que saint Boniface disait des pré-

lats de son temps, et ce qu'on a, depuis, rimé de cette manière :

Au temps jadis, au siècle d’or, Crosses de bois, évêques d’or; Maintenant ont changé les lois,

Crosses d’or, évêques de bois.

Coquillart , poète et official de l’église de Reims, qui vivait au même temps dont parle Brantôme, c’est-à-dire, vers le milieu du quinzième siècle, fait souvent mention des évêques et du clergé de France, et nous prouve que Brantôme n’a point exagéré. Dans sa pièce intitulée les Droits nouveaux , 11 demande si une femme entretenue par un prélat doit lui préférer un homme plus aimable et moins riche :

Ung prélat veut entretenir

Quelque grant dame ou damoyselle, Et va deviser avec elle.

Ung monsieur d’ung prunier fleury '; Un simple écuyer sans sequelle, Survient léans à l’estourdy ?.

: Ung monsieur d’ung prunier fleury, un homme d’une médiocre fortune, seigneur d’un prunier fleuri. > Survient léans à l’estourdy, survient dans la maison

en étourdi.

CHAPITRE LXXXIV. 35 Assavoir mon s’on doit celuy Qui est évesque ou grant seigneur Laisser seul pour aller ainsy Entretenir ce gaudisseur ' ?

L'official de Reims dit que, suivant les nouveaux usages, la femme ne doit point laisser l’évêque pour le jeune homme, excepté dans deux occasions,

s .« Que du mignon Elle ait ou plaisance ou prouffit.

S’il plaist, s’il est beau, il suffit.

S’il est prodigue de ses biens, Que pour le plaisir et déduit, Il fonce, et qu'il n’épargne rien.

Partout où ce poète satyrique nous peint le libertinage de son siècle, il place naturellement les évêques, les abbés , etc. S'agit-il de simples bourgeoises dont le luxe était beaucoup au-dessus de leurs fortunes, il en fait honneur aux évêques et aux archidiacres, etc.

Elles ne couchent d’autre dez?

Archidiacres ou abbez.

* Gaudisseur doit se prendre comme ami de la joie, du plaisir.

2 Dez, dais, lit : elles ne couchent dans d’autre lit.

codés lit

Semble, à ouir langaiges tels, Quelles ayent, feste et dimanche.

Toujours un évesque aux costés,

Ou archidiacre en leur manche.

Si la luxure se montrait ouvertement chez les évêques et autres dignitaires du clergé, elle dut régner avec bien plus d'empire dans les monastères où l'ignorance, l'ivrognerie et l’oisiveté, lui offraient une foule de sujets remplis de zèle et de talens pour son culte.

Robert Gaguin, moine de l’ordre des mathurins , qui vivait dans le même siècle, nous à laissé dans ses ouvrages un témoignage incontestable de la débauche des moines de son temps. Pendant que les cordeliers et les jacobins, qui n’auraient guère dû se mêler de conception, se disputaient avec chaleur sur la question de savoir si la conception de la Vierge-Marie état immaculée où maculée ; le moine Gaguin Composa sur cette matière un poëme en vers latins, dans lequel il tranche la difficulté et soutient celte conception immaculée. Mais, parmi un fatras de discussions théologiques, il étale dans ce sujet religieux une infinité d'images licencieuses, d'idées sales, d’expressions obscènes , et ne laisse aux lecteurs aucuns détails à deésirer sur la matière délicate qu'il traite.

LA

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