‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 205 sur 219 · CHAPITRE LXXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIV

euré. Que reservabat decimarum actum cum marilo, pro sacerdote.

Si l’on en croit d’autres écrivains du quinzième siècle, les carmes et les cordeliers de Paris étaient aussi adroits que les cordeliers de Catalogne. L’official de l'église de Reims, Guillaume Coquillart, que j'ai déjà cité, après avoir peint le libertinage de quelques curés de son temps, avec les femmes mariées, parle ainsi des dames de Paris qui vont secrètement passer, la nuit chez les carmes :

Mesdames sans aulcun vacarme, Vont en voyage bien matin

En la chambre de quelque carme Pour apprendre à parler latin.

Frère Berufle et Damp Fremin, Les attendent en lieu célé

Sur la queue de leur parchemin, Leur baillent leur beau blanc scellé.

Ont ilz bien gaudy et gallé,

En lieu de dire leurs matines,

Le vin blanc, le jambon sallé, Pour festoyer ces pélerines.

Après on reclost les courtines";

* On reclost les courtines , on tire les rideaux du lit.

Le grand diable y puist avoir part.

Le jour pcingt, on fait le départ ; La cloche sonne le retour;

On s’abille de part en part :

Adieu, bon jour, jusqu’au retour.

Mes bourgeoises, sans nul séjour, Partent, et se mettent en voye, Ung peu devant le point du jour, Afin que nesung ne les voye;

Et sans prendre charbon ne croye, Au ruisseau crottent leurs souliers, Afin que Jennin Dada, croye* Qu’elles viennent de Aubervilliers ?.

Moynes, prebstres et cordeliers Prennent avec elles déduyt, etc.

Le poète raconte ensuite comment chacune de ces bourgeoises de Paris est accueillie par son mari : l’une s'excuse en disant qu’elle vient de

prier Notre-Dame à Aubervilliers, et l’autre, d'accomplir un vœu qu'elle a fait à l’abbaye de

Jennin Dada, épithète ridicule donnée ä un mari trompé ; qui répond parfaitement à celle de George Dandin.

2? Aubervilliers, village à une lieue*et demie de Paris, dans la plaine de Saint-Denis, autrefois célèbre par des pélerinages nombreux, et par les visites fréquentes qu’y faisaient, en grande dévotion, les femmes de Paris et des

environs.

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