‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 206 sur 219 · CHAPITRE EXXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE EXXXIV

Saint-Maur-des-Fossés, pour être guérie de la goutte :

. . Toujours vous tensez Ennement que bien le sachez ; De travail, le front me dégoutte; Je viens de Saint-Mor-des-Fossés, Pour être allégée de la goutte".

Le mari la croit...

C’est ainsi, dit le poète, que plusieurs maris sont dupes de la dévotion de leurs femmes; ce n'est pas tout :

Après disner par bonne guise S’en va veoir quelqu’autre escolier?, Disans je m’envoys à l’église, Au sermon du bon cordelier.

1 Les Parisiens , et surtout les Parisiennes, faisaient , dans les siècles derniers, à Saint-Maur-des-Fossés, comme à Aubervilliers, de fréquens pèlerinages. Notre - Damedes-Miracles, dont la chapelle s’y voit encore, avait la réputation de guérir les épileptiques, les goutteux et autres malades. Ce pèlerinage à Saint-Maur-des-Fossés, se faisant la nuit de la Saint-Jean, était accompagné de tant d’indécences, qu’il fut supprimé. C'était toujours la dévotion qui servait autrefois de prétexte aux galanteries des bourgeoises de la capitale.

? Escolier doit être pris comme jeune moine, ou moine étudiant.

Puis après on monte au solier : :

Bien venez, car je vous attenüs ; Avec le chien au grand collier Elles se donnent du bon temps.

Les productions littéraires du temps nous offrent plusieurs autres témoignages du déréglement, et surtout de l’impudence des moines et des ecclésiastiques qui vivaient aux quinzième ét seizième siècles.

Le péché de galanterie n'est pas le seul que l'on puisse leur reprocher. Les haines, les jalousies entre moines ou entre communautés, les querelles ridicules ou puériles, n’ont que trop souvent allumé le feu de la discorde, et

ensanglanté les monastères.

Les augustins de Paris ont soutenu deux combats meurtriers. Les cordeliers de la même ville se sont battus différentes fois, et plusieurs sont tombés morts sur le champ de bataille *.

Plus récemment, les capucins qui occupaient la communauté de la rue Saint-Jacques, ont donné aux habitans de ce quartier un exemple mémorable de leur fureur. 11 n’a manqué pour

‘Solier, chambre haute ou grenier.

? Voyez la Description des curiosités de Paris, articles Grands- A ugustins et Cordeliers.

CHAPITRE LXXXIV. 547 la célébrité de ce combat qu’un poète pour le chanter. +

Les minimes de Clermont se sont battus, et quelques-uns ont voulu mettre au feu le père correcteur, parce qu'il voulait, en observateur exact de sa règle, retrancher la cuisine trop succulente des moines.

Les capucins de Nevers se sont livré bataille dans leur capucinière. Il y eut un mort et plusieurs blessés. Feu M. Tinsseau, ci-devant evéque de cette ville, fut obligé de faire sortir de Nevers tous ces champions encapuchonés, et de les disperser en différentes maisons. On ferait des volumes si l'on voulait rapporter en détail toutes les querelles violentes , tous les combats sanglans qui ont troublé les monastères. Un des plus singuliers, des moins connus, et des plus authentiques de ces combats, est celui qui se donna en 1601, proche la ville d'Angers, entre les cordeliers et les récollets.

Les récollets, introduits en France en 1595, avaient déjà établi quelques maisons de leur règle, lorsqu'en 1601 ïls vinrent occuper, sous la protection de l’évêque d’Angers, le couvent de la Baumette, fondé par le roi René, et abandonné depuis quelque temps par les cordeliers. Ces cordeliers, jaloux et furieux de

voir leur ancien domicile occupé par des moines ennemis et rivaux , se munirent de toutes les choses nécessaires à leur entreprise, et vinrent en troupe, assiéger le monastère de /a Baumette. Us l’attaquèrent de deux côtés. Tandis que les uns s’occupaient à enfoncer les portes, les autres posaient les échelles, et tâchaient d’escalader les murs.

Les récollets, en cette occasion, déployèrent

tout leur courage; ils firent pleuvoir, sur les cordeliers assaillans, une grêle de pierres , et opposèrent avec acharnement la force à la force; le vacarme était grand ; ce saint monastère allait être profané par le meurtre et le sang, lorsque les habitans du lieu accoururent en foule, et parvinrent, après bien des efforts, à séparer ces bons moines qui se tuaient pour la gloire de leurs ordres *.

Cette affaire devint considérable, et fut plaidée au parlement avec solennité. L'avocat du roi, Servin, conclut en faveur des cordeliers, et la cour condamna les récollets. Quelques années après, ces récollets obtinrent deHenriIV, qui passait à Angers, la permission d'occuper

"Histoire de Henri IV, par Mathieu, livre IV, page 86.

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