CHAPITRE LXXXIV
le monastère de {a Baumette, où ils sont toujours restés depuis.
La dépravation du clergé était moins apparente au seizième, qu'au quinzième siècle. Les nouvelles opinions du protestantisme opérèrent un changement considérable dans: les mœurs et dans les esprits. Les premiers réformés, plus faibles et en plus petit nombre, durent montrer des vertus, pour les opposer aux vices et aux exactions des prêtres catholiques ; ils durent se montrer plus savans qu'eux pour les combattre avec plus de succès. Les catholiques voyant que leur conduite, leurs pieuses ruses et leur ignorance, les mettaient souvent en défaut, furent alors intéressés à paraître vertueux, à être savans ‘. On étudia, on commenta,
*« On a obligation, disait l'abbé de Longuerue, à Lu- »ther, qui nous a mis dans la nécessité d’étudier la reli- »gion, On n’étudiait que les païens, et la religion était » tournée en dérision : tous les contes roulaient là-dessus. » Voyez Bocace, Dante, Politien, etc. K y avait à Padoue, »comme le remarque Louis Vives, une chaire fonuée » pour enseigner Averroes, et il n’y en avait point pour » enseigner PÉcriture. » Le cardinal du Perron est du même sentiment. « Si ce n’était, dit-il, la crainte de l’a- » rianisme et du mahométisme , l’hérésie aurait apporté
» un bien; c’est d’avoir fait renaître les lettres qui étaient
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on traduisit avec zèle les monumens écrits du christianisme; on les discuta avec passion, et on épuisa la matière. Tous les raisonnemens que les deux partis avaient réciproquement à s’opposer, furent allégués et opposés avec beaucoup de soin. Le feu de la dispute empêcha long-temps de discerner la vérité; mais aujourd'hui ce feu est amorti, les querelles sont oubliées, et la vérité reste.
On peut remarquer que dans ces querelles théologiques, souvent assaisonnées d’injures grossières, et quelquefois suivies de massacres affreux, toujours les moines se montrèrent avec distinction. Ge sont encore les moines , et surtout les mendians, qui, dans l’histoire du fapatisme, jouèrent le rôle le plus odieux. Il semble que chez eux la fureur avait succédé à la galanterie, et qu'ils voulaient se vengér sur les réformés, de la contrainte dans laquelle la censure de ces êtres clairvoyans les obligeait de vivre.
Il serait sans doute déplacé de rechercher avec trop de curiosité, et de présenter avec em-
pressement, les anecdotes nombreuses que peu-
» grandement déchues , et d’avoir été cause que la doc-
»trine de l’église a été plus examinée et plus prêchée. »