CHAPITRE LXXXV
etc., devinrent, comme on disait alors, des lieux de plaisirs, et offrirent les désordres les plus scandaleux.
La paix enfin rétablie, ramena la réforme et le bon ordre dans les monastères de France:
à la même époque, plusieurs couvens de filles de Paris et des environs, éprouvérent des changemens rigoureux. Pour bannir avec plus de succès l’incontinence des cloîtres, et rétablir
vint à Montmartre dont elle fut abbesse quelque temps après. Sau val assure qu’il lui a entendu dire , qu’en 1598 la communauté n’avait que 2000 livres de rente , et en devait 10,000; « que le jardin était en friche , les murs » par terre, le réfectoire converti en bûcher, le cloître, le » dortoir et le chœur, en promenade ; à l'égard des reli- » gieuses, que peu chantaient l'office, les moins déréglées » travaillaient pour vivre, et mouraient presque de faim. » Les jeunes faisaient les coquettes , les vieilles allaient » garder les vaches, et servaient de confidentes aux jeu- »nes. » Elles ne remplissaient plus les devoirs de religieuses. Au lieu d’être vêtues en noir, elles portaient un habit blanc. Lorsque l’abbesse voulut les soumettre à une conduite plus régulière, elles en devinrent si furieuses, qu'elles essayèrent de l’empoisonner. L’abbesse prit des antidotes qui lui sauvèrent la-vie, mais qui ne la préservèrent point d’une difficulté de respirer et de parler. Voyez Antiquités de Paris, par S'auval, livre IV, page 554, et la Description des environs de Paris, article Montmartre.
la discipline relâchée, on dispersa les religieuses indociles , et dans les monastères déréglés furent introduites des religieuses étrangères, tirées de différentes maisons et dont les mœurs n'avaient point été infectées par la contagion des temps; ainsi, par ce mélange salutaire, la règle dans les couvens triompha de la licence. On ne doit pas cependant conclure de ces réformes générales, que, depuis, aucun monas-
tère n’a donné des preuves de déréglement.
Quoique les mêmes causes ne subsistent plus, il est des circonstances particulières qui peuvent produire des effets moins universels, mais aussi pernicieux. La séduction qu'éprouvèrent les religieuses de Sainte-Catherine-lez-Provins en offre un exemple bien authentique.
Depuis long-temps, les cordeliers de Provins dirigeaient, dans la plus parfaite union, les consciences des sœurs de Sainte-Catherine; cependant les rivalités, la jalousie, introduisirent la discorde dans le couvent. Quelques religieuses mécontentes se réunirent pour demander, en 1648, au parlement, l'éloignement des cordeliers ; mais les cabales des pères firent avorter tous les projets des sœurs. Le parlement rendit plusieurs arrêts ; l'archevêque de Sens