CHAPITRE LXXXV
res m'ont assurée que les cordeliers leur donnaient pour lecon à bien pratiquer, que le sein, la bouche et la main devaient être à un ami.
Mais cela ne suffisait pas à des moines : continuons.
« Ils avaieñt soin de faire qu'il n'y en eût pas »une seule dans la maison qui, dès son novi- » ciat.…, n’eût quelque cordelier pour ami parti- » culier, et avec qui elle ne contractât aussi une » alliance toute particulière. Ceci se faisait avec »toutes les formalités possibles; et comme, » dans la suite, ils se devaient traiter de maris » et de femmes, sélon l’ordre établi par eux de- » puis long-temps dans ce monastère, on obser- » yait les mêmes formalités que l'on garde dans »les mariages du monde. »
Voici de quelle manière étaient célébrés les mariages des religieuses avec les cordeliers.
Les nouveaux amans, c’est une déposante qui parle, s’adressaient aux amies de celles qu’ils désiraient, pour se les rendre favorables. On faisait des épreuves d'amitié, des demandes, des conventions. On prenait des jours pour dresser des articles, faire des fiançailles ; et enfin les noces, où il se faisait des festins , où l’on disait mille impertinences. La même religieuse cite quelques exemples de cette cérémonie. Nous
rapporterons celui d’une sœur qui, après avoir été long-temps recherchée par un cordelier, gardien de... , consentit enfin à l’épouser.
.…. On fit, dit-elle, les solemnités de. leur mariage. Un cordelier, comme père du père épouseur, fit la demande à l’abbesse, qui passait pour la mère de cette sœur. Un autre cordelier servit de notaire pour passer le contrat. On publia les bancs au parloir de ladite dame abbesse, et dans la salle basse. Le père. servit de curé, qui les maria, leur faisant dire les mêmes paroles, et faisant de son côté les mêmes prières et les mêmes cérémonies dont on use dans les véritables martages. On donna la bague qui fut mise au doigt de l’épousée. Une sœur, déguisée en.cordelier, leur fit une exhortation sur les devoirs du mariage, et ils furent renvoyés ensuite seul à seul à un autre parloir, pour consommer le mariage.
Le passage suivant donnera une idée de l’abandon et de la folie qui régnaient dans ces dévotes orgies.
« On y mangeait ensemble aux grilles, on y »buvait avec des chalumeaux dans un même
» verre; On y portait des santés à genoux, et on »Cassait les verres après les avoir bues; on »usait de petits artifices pour faire lever les » guimpés, On leur reprochait qu’elles n'étaient