CHAPITRE LXXXV
ll y à eu des cordeliers qui, aprés avoir entendu la confession d’une malade, ont été au dit des autres, et après leur avoir dit tout haut quelques mots de piété, se sont approchés pour les baiser, et ont voulu leur mettre la main dans le sein.
Nous ne parlerons pas de ceux qui sont entrés la nuit ou le jour avec des fausses clefs , avec des échelles, soit dans les jardins ou dans les chambres des religieuses, pendant qu'elles étaient au lit, etc. Le mémoire n’est rempli que de faits de cette naturé. Nous ne finirions point si nous voulions extraire tous les détails scandaleux qu'il contient, et présenter tous Îles moyens singuliers, violens ou impies que l'ainour ou la luxure suggérait aux cordeliers et aux religieuses, pour adoucir la rigueur de leurs vœux. Nous citerons seulement quelques fragmens de lettres écrites par les moines amoureux à leurs tendres recluses : d’après leurs expressions ridiculement précieuses ou mystiques, on jugera quelle force, quelle tournure l’amour vrend sous le froc.
« Mon cœur egt tout à vous, écrivait un cor- » œlier à sa bonne amie religieuse; tout en vous
» éliout pour vous, puisqu'ilne respire que pour »vOù, N’en doutez non plus que des sermens
Pr a) L 366 SINGULARITES HISTORIQUES.
» que je vous ai faits, et que je renouvelle, de » vous honorer et sans pair, et sans fin...
» Comme vous m'avez amoureusement rendu » VOS armes, et comme je les ai reçues et rete- »nues, eic. »
Un autre moine écrivait : « Je pars de ce pas » pour porter mes thèses de théologie chez l’im- » primeur. Je la dois soutenir le 6 d'octobre, et »je veux que ce soit sous vos auspices. Si je » n’appréhendais point les langues, je mettrais » votre nom et vos mérites en lumières dans le »titre et l'épître dédicatoire de ladite thèse; mais »je me contenterai de vous la dédier tacite- » ment, en mettant pour figure une Magdelei- »ne, et pour titre ces paroles : multüm dili- + gent ; à celle qui aime beaucoup. » Dans une autre lettre, le même moine envoie la thèse à sa bien aimée, avec un titre plus ample, et qui désigne plus particulièrement son amour et ses feux. L'affectation du bel esprit se rencontre partout dans les épîtres citées dans ce factur. Voici quelques fragmens de celles qui indiquent
une plus grande intimité entre les moines et
les religieuses. .
« Mais ma chandelle est toute fondue ; ni- » nuit est sonné ; je m'en vais voir si le elevet »me donnera des révéries approchants des
CHAPITRE LXXXV. 367 » agréables délices que vous m'avez fait goûter » dans votre charmant entretien.
» Notre fille est toute jolie de m'envoyer ces » deux petits vaisseaux. Je ne suis pas content » dè si peu de douceurs ; et qu’elle ne pense pas rime persuader qu’elle ait tout petit Notre fils » à l'encre gelée ; et je n’entends plus parler de » lui, Qu'elle sache qu'elle aura bien le fouet à la » première vue , et ne sais si elle pourra l’échap- »per..… Dites la vérité. Elle vous ressemble, »elle est belle toute nue comme vous.
».... Si la froideur vous empêche d'écrire.
»n'importe, pourvu qu’elle ne soit point au »cœur. Pour moi, je n'ai jamais froid.....
Dos ose os « D
À ce factum, qui n’est pas plus avantageux aux mœurs des religieuses qu’à celles des cordeliers, on pourrait joindre plusieurs autres exemples aussi véritables; je me borne au suivant.
Les désordres du couvent de Sainte-Catherine-lez-Provins ne sont que de légères peccadilles, si on les compare à ceux qui, vers le milieu du dix-septième siècle, souillérent la communauté des religieuses de Saint-Louis-de- Louviers. L'imagination la plus féconde ne peut rien concevoir de plus révoltant; le libertin le
plus effréné, le plus audacieux des impies, reculeraient d’étonnement et d’effroi, au récit du mélange monstrueux de la débauche la plus recherchée aux pratiques religieuses ; aux objets les plus vénérés du christianisme. Par respect pour les convenances, je m'abstiendrai de décrire les scènes, les orgies sacriléges dont ce couvent fut le théâtre.
Un prêtre nommé Pierre David, directeur de cette maison, en fut le premier corrupteur.
Mathurin Picard, curé de Mesnil-Jourdan, lui succéda, et de concert avec Boullée, son vicaire, il y accrut les désordres. Ces faits furent dénoncés, le curé Picard, fut, en 1647, par arrêt du parlement de Rouen, condamné à mort; il expira avant l’exécution. Son vicaire Boullée fut brûle vif '.
La nature contrainte dans les cloîtres, à la
première occasion produit un débordement
désastreux.
Voyez Histoire de Madeleine Bavent, religieuse au couvent de Saint-Louis-de-Louviers, avec sa confession générale et testamentaire, Paris, Chez Le Gentil, 1652.