‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 4 sur 219 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CONDITION DES PARISIENS SOUS LA TYRANNIE DE CHILPÉRIC; VOYAGE DE RIGONTHE.

En août 584, des ambassadeurs du roi d’Espagne vinrent demander à Chilpéric sa fille Rigonthe en mariage. « Chilpéric , dit Grégoire de Tours, entra aussitôt dans Paris, et ordonna qu'un grand nombre de familles des maisons de son fisc seraient enlevées de leur demeure, et placées dans des charriots. La plupart de ces malheureux pleuraient et refusaient de se rendre aux ordres du roi; ils les fit traîner en prison, afin de pouvoir plus facilement les faire partir avec sa fillé. On dit que quelquesuns, désespérés de se voir séparés de leurs familles, dans l’excès de leurs chagrins, se don-

nèrent la mort. Le fils était arraché des, bras de son père, la fille de ceux de sa mère; ieur séparation était accompagnée de gémissemens, de plaintes amères, et de malédictions contre le tyran. La désolation était si grande dans Pa-

ris, qu'on pouvait la comparer à celle de l’E-

gypte. » Plusieurs de ces malheureux, forcés de s’expatrier , étaient d’une naissance distinguée. Ils disposaient de leurs biens, les donnaient aux églises, et demandaient que leur testament fût ouvert dès qu’on aurait appris l'entrée de la jeune princesse en Espagne. Ils considéraient ce départ comme le terme de leur vie.

Toutes ces personnes enlevées pour satisfaire la vanité de Chilpéric et donner plus de pompe au cortége de sa fille, n'étaient point de condition serve. Mais Chilpéric, prince féroce, ne respectait rien. Sa formule d'usage était : St quelqu'un s’écarte de mes ordonnances , qu’on lut arrache les yeux.

Tous les apprêts pour le départ de Rigonthe sont faits. Chilpéric lui avait donné des trésors immenses : sa femme Frédégonde, plus libérale encore, renchérit sur la générosité de son mari, en ajoutant à ces dons une quantité étonnante d'or, d'argent, de bijoux et de vêtemens précieux. Chilpéric et ses Leudes, où

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