GUERRE
L'avant-dernier jour de juillet 1419, jour de
la fète Saint-Eustache, les Parisiens se dispo-
1 Louis XIV était fort jeune alors, et le cardinal Mazarin tout-puissant; ce ministre avait coutume de s’emparer de l'argent qu’on donnait au jeune roi pour exer-
cer sa générosité pendant ses premières campagnes.
CHAPITRE XXVIIT. Gi saient à aller jouer au Marais, comme c'était l'usage les jours de fêtes. Ils entendirent des cris vers la porte Saint-Denis : une trentaine de personnes effrayées, la mort peinte sur leurs visages, accablées “de chaleur, de fatigue et de faim, pleuraient et demandaient à grands cris du secours. On les arrêta à la porte pour leur demander la cause de leur douleur : Vous sommes de Pontoise, s'écrièrent-ils en pleurant, qui a été cette journée au matin prinse des Anglois pour certain. Is ajoutaient que les Anglais avaient tué et blessé tout ce qui s'était trouvé sur leur chemin, et qu'ils se regardaient comme fort heureux d’avoir échappé à la fureur de ces barbares. Pendant qu'ils parlaient, on vit accourir une foule d'hommes, de femmes et enfans, les uns mourant de faim et de chaleur, d’autres tout dépouillés, plusieurs baignés du sang des blessures qu'ils avaient reçues. Les pères et les mères portaient leurs enfans sur les bras ou dans des hottes. On vit des prétres qui n'étaient vêtus que de leurs chemises et de leurs surplis; des femmes accouchèrent de fatigue et de douleur, et périrent avec leurs enfans. Les malheureux fugitifs, dont le nombre croissait à chaque instant, rassemblés proche
la porte Saint-Denis, offraient un spectacle qui
déchirait le cœur. On n’entendait que cris et lamentations; le souvenir de leurs parens, de leurs amis, de leurs enfans, qu'ils avaient laissés en proie aux fureurs des ennemis, ajoutai! encore à leur peine. Dieu, gardez-nous par votre grâce de désespoir, disaient-ils, car ce matin nous estions en nos maisons aisez et tranquils , et à midi en suivant, sommes comme gens en exil et querant note pain.
Les Parisiens ne purent leur être d'un grand secours, car ils étaient eux-mêmes dans.}la disette.
Le tableau que fait un contemporain de ces temps désastreux, nous présente d'une manière énergique l’état malheureux de la France et les mœurs de ce temps; nous allons en rapporter les traits les plus saillaus.
«Je ne crois pas que jamais la France ait essuyé autant de maux comme elle en éprouve depuis douze ans. Les provinces , et surtout la Normandie, ont vu le laboureur, sa femme et ses enfans , les marchands, les gens d'église ,
moines , nonains, être chassés de leurs foyers ,
comme bestes sauvages; les fortunes ont été bouleversées ; celui qui jadis faisait l’aumône cest réduit à la demander; celui qui avait coutume d’être servi est forcé de servir les autres.