‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 73 sur 219 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

le roi lui avait permis de faire un voyage, et le conjurèrent de ne pas retourner à la cour. L'un d'eux, nommé Langoiran, lui demanda son congé : Pourquoi donc? dit l'amiral étonné.

Parce qu’on vous fait trop de caresses, répondit Langoiran, et que j'aime mieux me sauver avec les fous, que de périr avec les sages. Rien ne put détruire la sécurité de Coligny, et il revint à Paris se jeter dans les bras de ses assassins. On préparait alors, pour la célébration du mariage du jeune roi de Navarre et de la sœur du roi de France, des fêtes, des ballets , des spectacles, ettous les plaisirs de la cour de cetemps. L’espérance et lajoie semblaient remplir tous les cœurs. Cependant les ennemis des protestans : poursuivaienttoujours leurs sinistres projets, et, dans le mystère de leurs conciliabules, méditaient des crimes, discutaient sur le nombre de leurs victimes et sur la quantité de sang à verser. La mort de Coligny fut d’abord résolue.

L’assassin fut trouvé, c'était un gentilhomme de la Brie, nommé Maurevel, et surnommé le tueur du roi; il s'embusque dans une maison, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, et, äu moment où Coligny passait, en revenant du Louvre, pour aller diner à son hôtel, rue Béthizi, il lui tire un coup d’arquebuse dont les balles

lui font une grande blessure au bras gauche, et lui coupent l'index de la main droite. Sans montrer beaucoup d'émotion, Coligny indique la maison d’où le coup est parti; on s’y porte; l’assassin avait pris la fuite. Coligny, tout ensanglanté, appuyé sur ses domestiques , se retire à pied à son logis.

Le roi jouait à la paume quand il apprit cette nouvelle : N'aurai-je jamais de repos? s’écria-til en jetant sa raquette.

Les, amis de l'amiral résolurent d'aller se plaindre au roi et demander justice; le roi de Navarre et le prince de Condé se chargèrent

de cette requête. Charles répondit, en jurant,

qu'il en tirerait une vengeance: éclatante ; sa mére ajouta que ce crime attaquait le roi luimême, et quil n'y aurait plus de sûreté pour lui s’il le laissait impuni.

. Le jour même de sa blessure, Coligny recut la visite du roi, accompagné de sa mère, du duc d'Anjou, et d'une suite brillante. Charles lui jura de nouveau, par le.nom de Dieu, suivant sa coutume, quil tirerait de ce forfait une vengeance dont la mémoire ne s’effacerait jamais. L’amiral se plaignit de ce que les édits en faveur des cal vinistes n'étaient point observés. Mon pére, dit le roi, complez, que je vous. regarde toujours

Page 1