CHAPITRE XXXIX
comme un fidele sujet, et comme un des plus braves généraux de mon royaume. Reposez-vous sur mot du soin de fuire exécuter mes édits, et de vous venger sitôt qu’on aura découvert les coupables. Ils ne sont pas difficiles à trouver, reprit Coligny, les indices sont assez clairs. Tranquillisez-vous, répliqua le roi, une plus longue émotion pourrait nuire à votre blessure. Puis à alla du côté de la porte, demanda à voir les balles qu'on avait retirées du bras, et après quelques marques d'intérêt pour le malade, il sortit.
La fin de cette entrevue délivra la reine des apprébensions qu'elle en concevait, car si le roi se fût aperçu qu'il était joué, et que cet attentat était l'ouvrage de sa mère et des Guises, ils étaient perdus : rien n'aurait pu les soustraire à la, fureur de Charles dont le premier mouvement était terrible.
De retour au Louvre, elle chercha à épouvanter le roi sur les menées sourdes et les projets qu'elle supposait à l'amiral, et finit par apprendre à son fils que tout s'était passé par ses ordres et ceux des ducs d'Anjou et de Guise.
Ces révélations ne ptoduisirent dans l'esprit du roi qu'une explosion de fureur ; ik dit qu'il ne suffisait pas de tuer l'amiral, qu'il fallait aussi frapper de mort tous les huguenots de France ,
afin qu’il n’en demeurât pas un qui pût la lui reprocher, et qu'on y donnât ordre promptement.
Cet exécrable arrêt prononcé, on ne songea qu’à en presserl’exécution. Dansun conciliabule
tenu aux Tuileries, entre la reine, le duc d’Anjou, le duc de Nevers , le comte d'Angoulême, frère bâtard du roi, le garde-des-sceaux Birague, le maréchal de Tavanne et le comte de
Retz, cette exécution fut fixée au dimanche 24 août 1572, jour de la fête de saint Barthélemi. On hésita si on comprendrait dans le massacre le roi de Navarre, le prince de Condé et les Montimorenci.
Tavanne fit venir Jean Charron, prévôt des marchands, et Marcel, son prédécesseur, et, en présence du roi, il leur ordonna de faire armer les compagnies bourgeoises, de les amener à minuit à l'Hôtel-de-Ville, et leur fit connaître le but de l’armement ; ils promirent d'obéir.