‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 75 sur 219 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

ouvertes au nom du roi. Cosseins, placé dans l'hôtel de Coligny pour commander la garde chargée de protéger la personne de cet amiral, le traître Cosseins favorise les assassins qui se précipitent dans la cour. Trois colonels des troupes françaises, Petrucci, Siennois ; Besme, Allemand ; un Picard nommé Attin ; Sarlaboux etquelques autres gentilshommes, montent l’escalier en criant : 4 mort. À ce bruit, Coligny, jugeant qu'on en voulait à sa vie, s'était levé, et appuyé contre la muraille, il faisait ses prières quand les assassins enfoncèrent sa porte. Besme s’avance vers lui. Est-ce tot qui es Coligny ? ditil en lui mettant l'épée sur la gorge. C’est mot, répond celui-ci avec calme ; Jeune homme, respecte mes cheveux blancs. Besme lui plonge son épée dans le corps, la retire toute fumante, et l'en frappe plusieurs fois au visage. L'amiral tombe : Besme se met à la fenêtre, et crie aux seigneurs catholiques qui attendaient dans Ja cour : C’est fait. — M. d’ Angoulême ne le veut pas croire, qu’il ne le voye à ses pieds, répond Guise. Sarlaboux et Besme saisissent le corps et le jetent dans la cour. Le duc d'Angoulême essuie le visage de l’amiral avec son mouchoir, Guise dit : C’est bien lui, et tous deux, après l'avoir foulé aux pieds avec une joie de

cannibales, remontent à chéval en criant :

Couräge, sotdats, nous avons heuréusement commencé : allons aux autres, le roï le commande.

Ce forfait était à peine consommé, que la

cloche de l'horloge du palais répondant à celle de Saint-Germain-l’Auxerrois, donna le signal du massacre ; il devint général. Aux cris, aux hurlemens qui se font entendre, des calvinistes sortent de leurs maisons demi-nus et sans armes, ils sont égorgés par les troupes du duc de Guise qui lui-même parcourt les rues en criant: Aux àrmes, et en excitant le peuple au massäcre'. Saignez, saignez, criait le féroce Tavanne, les médecins disent que la saignée est aussi bonne èn ce mois d'août comme en mai.

On égorge tout sans distinction d’âge ni de sexe : l’air retentit des cris des assassins et des gémissemens des mourans. Le jour vint éclairer cètte scène de carnage. On voyait les cadavres tomber des fenêtres, les portes et les rues rougies de sang ; les morts et les mourans confondus étaient ensuite jetés dans la rivière.

La démeure des rois fut aussi, pendant cette nuit et cé jour d'horreur, souillée par les crimes

‘Il fut assassiné lui-même à Blois, par ordre de Henri III, le 25 décembre 1588. Il avait été surnommé le Balafré.

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