CHAPITRE XXXIX
et les massacres. Les gardes, ayant formé deux haies, tuaient à coups de hallebardes, les malheureux qu’on amenait désarmés et qu'on poussait au milieu d'eux. La plupart se laissaient percer sans jetèr aucun cri; d’autres mourâient en attestant la foi publique et la parole sacrée du roi. Pour mettre le comble à tant d’atrocités, on vit des femmes de la cour proméner leurs regards impudiques sur les cadavres nus de ces malheureux, rechercher les signés de la prétendue impuissance de l’un d’eux', et prendre plaisir à cet affreux spectacle.
À la pointe du jour, le roi se mit à la fenétre de sa chambre, et voyant quelques malhéureux qui se sauvaiént dans le faubourg Saint-Germain, en passant la rivière à la hage, il prit une arquebuse de chasse et tira sur eux, né céssant de crier : Tuez, tuez.
Marsillac, comte de La Rochefoucauld, favori du roi, avait passé une partie de la nuit avec lui; Charles eut quelque envie de le sauver, et lui avait même dit de coucher dans le Louvre ;
* Dupont-Quellenee, qui portait le nom de Soubise parce qu'il avait épousé l’héritière de cette maison. Il se défendit long-temps, et tomba percé de coups, sous les fenêtres de la reine. Sa femme lui âvait intenté un procès pour cause d’impuissance. ;
mais enfin, il le laissa aller, et Marsillac fut poignardé en sortant.
Antoine de Clermont-Renel, se sauvant en chemise, fut massacré par le fils du baron des Adrets, et par son propre cousin, Bussy-d'Amboise. Le marquis de Pardaillan est tué à côté de Renel. Guerchy se défendant le bras enveloppé de son manteau, tua quelques meurtriers avant d’être accablé par le nombre; mais le marquis de Lavardin n’eut pas le temps de tirer l'épée.
Le comte de Téligni, marié depuis dix mois à la fille de l'amiral, avait un visage si agréable et si doux, qu'il attendrit les premiers qui vinrent pour le tuer ; mais d’autres plus barbares le massacrérent.
Taverny, homme de robe longue, secondé d’un seul valet, soutint dans sa maison un
siége qui dura neuf heures, et ne succomba
qu'après avoir épuisé tout moyen de résistance.
Plusieurs gentilshommes attachés au roi de Navarre ( depuis Henri IV) furent assassinés dans son appartement. Ce prince, et Condé, son Cousin, furent arrêtés; on les menaça de la mort, et Charles IX les força d’abjurer le cal-
vinisme.
Quelques jours avant le massacre, Caumont