‹ Singularités historiques; contenant ce que l'historie de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaireChapitre 77 sur 219 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

de Laforceavaitacheté des chevaux d’un maquignon qui, ayant été témoin de l'assassinat de l'amiral de Coligny, courut aussitôt lui en donner avis. Ce seigneur et ses deux fils logeaient au faubourg Saint-Germain. Il ny avait point encore de pont qui joignît ce faubourg à la ville. Ce maquignon passe la rivière à la nage, et va avertir Laforce de son danger. Sur cet avis, celui-ci était déjà sorti et aurait eu le temps de se sauver, mais ne voyant pas venir ses enfans , il retourne les chercher. À peine était-il rentré chez lui, que les assassins arrivent. Un nommé Mariin, à leur tête, entre dans sa chambre, le désarme lui et ses deux fils, et leur déclare qu'il faut mourir. Laforce lui propose une rançon de deux mille écus , payable dans deux jours; le capitaine accepte, dit à Laforce et à ses enfans de mettre des morceaux de papier en croix sur leurs chapeaux, et leur fait retourner leur manche droite sur l’épaule; c'était là le signe de ralliement des meuririers. En cet état, Martin leur fait passer la rivière devant le Louvre, et les mène dans sa maison, rue des Petits-Champs, fait jurer à Laforce que ni lui ni ses enfans ne sortiront point ayant d’avoir payé les deux mille éeus, et les laisse en

garde à deux soldats suisses. L'un de ces deux soldats, touché de compassion, offrit aux prisonniers de les laisser sauver, Laforce refusa cet offre aimant mieux, dit-il, mourir que de manquer à sa parole. Une tante parvint à trouver les deux mille écus,eton allait les compter à Martin, lorsque le comte de Coconas (qui depuis eut la tête tranchée") vint dire à Laforce que le duc d'Anjou demandait à lui parler. Aussitôt il fit descendre le père et les enfans nu -tête et sans manteau. Laforce vit bien qu’on le conduisait à la mort; il suivit Coconas en le priant d'épargner ses fils. Le plus jeune, âgé de 13 ans, qui s'appelait Jacques Nompar (et qui a écrit cette relation ), éleva la voix, et reprocha à ces meurtriers leurs crimes, en leur disant qu'ils en seraient punis. Bientôt arrivés au bout de la rue des Petits=Champs, on frappe deplusieurs coups de poignard l'aîné, qui s’écrie : 4h! mon pére; ah! mon Dieu, je suis mort. On en frappe le père qui tombe sur le corps de son fils. Le plus jéune, couvert de leur sang, grâce à l'inattention des bourreaux, échappe à la mort; il a la

résence d'esprit de s’écrier aussi, Je suis mort P ,

: Voyez le chapitre précédent.

Page 1