CHAPITRE II
Quand Cartier vit pour la première fois le jour, l'univers était partout en proie à un esprit d'inquiétude. De grandes transformations sociales et politiques étaient en voie. L'Europe, jouissant d'une courte période de tranquillité, devait bientôt être plongée de nouveau dans les convulsions de la guerre. L'Amérique résonnait encore du bruit des armes. George III occupait le trône d'Angleterre, et le prince Louis-Stanislas-Xavier de Bourbon venait d'être sacré à Paris roi de France et de Navarre sous le nom de Louis XVIII. Le jour même de la naissance de Cartier, Blucher traversait le Rhin et plusieurs armées colossales envahissaient la France de tous côtés. Le puissant Napoléon, tenant tête à l'univers entier, voyait, après une série de brillants engagements, sa capitale évacuée par l'armée française et débordée par les troupes alliées, et, se retirant à Fontainebleau, il était, forcé d'abdiquer le trône qu'il avait gagné à la pointe de son épée. Le vénérable Pie VII, après avoir souffert les malheurs de l'exil et les ignominies de la prison, occupait de nouveau sa place légitime dans la ville des Césars, et l'empereur déchu, languissant sur l'île d'Elbe, jetait des regards de regret vers l'Europe qui quelques mois plus tard devait être la scène de l'écroulement de tous ses rêves.
La situation des possessions britanniques dans l'Amérique du Nord était extrêmement précaire. Quatre provinces faibles et désunies n'avaient aucun lien de cohésion en commun, à l'exception de leur allégeance envers la Couronne Britannique. Les villes de Montréal, Toronto, Québec, Saint- Jean et Halifax n'étaient que de simples villages en comparaison des grands centres qu'elles sont devenues aujourd'hui, et l'Ouest maintenant si prospère était une " terra incognito, " dont les prairies immenses servaient d'asile indisputé à d'innombrables troupeaux de bisons. Chacune des colonies de l'Amérique Britannique du Nord était souveraine chez elle avec un tarif hostile contre les autres, et les moyens de communication faisaient défaut. Quant au sentiment national, tel que nous comprenons la chose aujourd'hui, cela n'existait point. L'isolement, et non l'unité, était la note dominante de la situation.
Au Canada proprement dit, la guerre commencée en 1812, comme suite à la lutte gigantesque entre la Grande-Bretagne et Napoléon, du-
rait toujours. Dès la déclaration de guerre formulée par le président Madison, les troupes américaines avaient envahi le Canada, mais tous les Canadiens, tant d'origine anglaise que française, se levèrent comme un seul homme pour défendre leur patrie commune. Un an avant la naissance de Cartier, l'héroïque Brock tomba à Queenstown Heights à l'heure de la victoire ; et quelques mois à peine avant que le futur Père de la Confédération eût vu pour la première fois la lumière du jour dans le petit village de Saint-Antoine, le vaillant De Salaberry, en repoussant les troupes américaines à Châteauguay, avait conservé le Canada à la Couronne Britannique. En face du danger commun les questions politiques avaient été un moment oubliées, mais elles ne devaient pas tarder à s'imposer à nouveau. De tous côtés le peuple demandait qu'il lui fut donné de prendre une part plus considérable au gouvernement. La voie ouverte à la liberté politique devait être cependant ici, comme en d'autres pays, marquée par bien des embûches. L'agitation fut suivie d'une révolte armée, à laquelle succéda à son tour une lutte constitutionnelle qui se termina par la pleine reconnaissance du gouvernement responsable.
Il n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de traiter au long de la longue suite d'événements qui eurent leur point culminant avec le soulèvement de 1837 dans le Bas-Canada, non plus que de faire le récit de cette période mouvementée. Mais, comme Cartier a participé à ce soulèvement et qu'il a joué un rôle assez important dans l'agitation préliminaire et dans l'engagement initial entre les patriotes et les troupes anglaises, il est essentiel que le lecteur ait une compréhension nette des développements politiques dont les événements de 1837 furent le résultat.
Entre la capitulation du Canada et le soulèvement de 1837, il s'est écoulé une période de soixante-seize ans. Ces années furent marquées, pour le Bas-Canada, ainsi que pour d'autres parties de l'Amérique Britannique du Nord, par des luttes et agitations politiques continuelles. Par l'Acte de Capitulation, signé le 6 septembre i76o, le Canada était passé sous la domination britannique, et l'année suivante la domination française, qui avait prévalu durant plus d'un siècle et demi, avait cessé dans toutes les parties du pays.
Alors s'ouvrit la période de luttes qui devait continuer durant tant d'années. Nous verrons comment les Canadiens-Français, sous la direction d'une longue succession d'hommes publics distingués, dont Cartier était l'un des plus éminents, résistèrent avec succès à toutes les tentatives faites pour les dénationaliser et comment leur solidarité en tant que peuple fut préservée.
En passant en revue cette période de l'histoire du Canada, il importe au plus haut point de nous dépouiller de toute partialité et de
tous préjugés, et de ne considérer les hommes et les événements qu'à la lumière seule des faits. L'erreur qui est trop souvent commise c'est d'étudier les événements du passé en se mettant au point de vue du présent, et de trop oublier que ce qui aujourd'hui est accepté comme un axiome en politique et en matière de gouvernement donnait fréquemment lieu autrefois à des contestations et à des luttes violentes. Ainsi, nous serons peut-être surpris de voir avec quelle passion et avec quels préjugés des questions comme la liberté parlementaire et le gouvernement responsable, qui sont aujourd'hui si claires et si simples, étaient discutées au Canada, et à quel point les forces en présence étaient animées de l'animosité de race la plus prononcée. Mais il faut bien se rappeler que chacun de ces partis en présence considérait les événements à un point de vue différent, que pour chacun d'eux le résultat prenait des proportions d'une suprême importance, et que de chaque côté bien des hommes sincères et honnêtes s'étaient lancés dans le combat. Le verdict de l'histoire en ce qui concerne le mérite de la question en litige est aujourd'hui bien connu, mais nous devrions au moins traiter les combattants d'autrefois sans passion et faire la part de la sincérité de leurs motifs, quelles que soient les erreurs qu'ils aient pu commettre.
Le Canada ne fut pas plutôt cédé à la Couronne Britannique que deux forces opposées se trouvèrent immédiatement en présence. L'une, composée de fonctionnaires et de colons anglais, considérait le Canada comme pays conquis, et ne visait à rien moins qu'à en faire un pays britannique au vrai sens du mot, sous le rapport des lois, des institutions et du langage. Bon nombre des colons britanniques, ou " nouveaux colons " comme on les appelait, surtout ceux qui faisaient du commerce, considéraient les Canadiens-Français comme un peuple vaincu et inférieur à qui ses nouveaux maîtres devaient peu de chose et qui ne pouvait prétendre qu'à peu de considération. C'est à cette classe d'hommes qu'il faut attribuer en grande partie les luttes si âpres qui ne devaient pas tarder à se produire. Il n'y a guère lieu de s'étonner que les vigoureux habitants, enracinés au sol comme ils l'étaient, se soient opposés de toutes leurs forces à toutes les tentatives faites pour les dénationaliser. Dans la lutte qui s'en suivit de fortes passions furent déchaînées des deux côtés, et ce ne fut qu'après bien des années d'un conflit opiniâtre que cette lutte prit fin et que les Canadiens-Français obtinrent la plénitude de leur liberté politique. Il n'est peut-être pas non plus surprenant que des gens de mentalités et de tempéraments aussi essentiellement différents que les anciens et les nouveaux colons en soient ainsi venus aux prises, avant que par une longue association ils eussent appris à se comprendre et à mieux s'apprécier les uns les autres. Les premiers habitants du sol étaient alors, comme du reste
ils le sont toujours, un peuple simple, industrieux, craignant Dieu et se contentant de peu, parmi lequel l'esprit turbulent du soi-disant progrès moderne n'avait que peu de chances de recruter des adeptes. Leurs traditions populaires et leurs légendes démontrent qu'ils furent, ainsi que la plupart des peuples de race latine, d'une nature profondément religieuse et " spirituelle." Les Anglais, ou nouveaux colons, étaient un peuple dune trempe entièrement différente. Pour la plupart, ils appartenaient à la classe commerciale, et étaient attirés ici par les avantages offerts pour le commerce. Doués d'un tempérament pondéré, calculateur et pratique, et ayant toujours l'œil aux occasions, la plupart d'entre eux considéraient le pays tout simplement comme un champ d'exploitation et de gain matériel. Avec leur tempérament pratique et leur expérience des affaires, abondamment pourvus en général des capitaux nécessaires et jouissant des avantages de relations puissantes dans la Grande-Bretagne, leur principale préoccupation était de chercher des débouchés profitables pour leur esprit d'entreprise. Aux yeux de ces hommes, dont les méthodes étaient naturellement agressives, la vie simple et satisfaite de Y habitant paraissait une anomalie. Entièrement ignorants, comme l'étaient la plupart de ces nouveaux arrivés, de l'histoire héroïque du peuple du pays, de son langage, de ses coutumes et de ses institutions, ils considéraient l'habitant comme étant d'une classe inférieure à qui ce ne pouvait être que rendre service si on cherchait à l'angliciser et à lui inculquer l'esprit d'entreprise commerciale et du progrès moderne. On ne tint aucun compte du fait important que la vie simple et industrieuse de l'habitant, presque entièrement consacrée à l'agriculture, son esprit de loyauté, de justice et d'équité, et ses profonds sentiments religieux constituaient un actif d'une valeur inestimable pour le pays. C'est cette différence de tempérament et de mentalité qui explique pour une bonne part les dissentiments qui s'élevèrent entre les deux peuples. Les causes de froissements sont aujourd'hui, grâce à une longue association, heureusement disparues, mais chaque fois que des froissements se produisent encore on peut être sûr qu'ils sont dus en grande partie à cette différence dans le tempérament des deux races.
Il est fort intéressant de remarquer que les Canadiens-Français de la période en question, dont les descendants sont naturellement si habiles politiciens, et si jaloux de tous les principes essentiels du gouvernement responsable, n'avaient aucune conception de la véritable signification et portée des institutions parlementaires. Le gouvernement du Canada sous le régime français était en réalité modelé en grande partie sur celui de la France, dont les principes cardinaux à cette époque ont été très bien décrits comme étant l'absolutisme et la centralisation. Les affaires publiques du Canada étaient administrées par
un gouverneur et des intendants, et il y avait aussi un Conseil Supérieur investi de pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. En ce qui concernait le gouvernement du pays, le seigneur et l'habitant étaient pour ainsi dire des quantités négligeables sous le régime français. A rencontre des colonies anglaises d'Amérique, il n'y eut jamais dans la colonie française aucun corps législatif où le peuple put avoir voix. " Le nom même de parlement," ainsi que l'a fait remarquer une éminente autorité constitutionnelle, " ne comportait pas pour les colons français la signification qu'il avait pour les Anglais, tant ceux de l'Angleterre même que de ses colonies." 1
Mais bien que les colons canadiens-français ne jouissassent point des institutions parlementaires, bien qu'en réalité ils n'eussent aucune conception de liberté parlementaire, dès que ces institutions leur eurent été assurées, leurs chefs ne furent pas lents à saisir leur plein esprit et signification et à concevoir l'usage qu'ils pourraient en faire pour donner au peuple canadien-français la pleine mesure de liberté politique. L'entière réalisation de la signification des institutions parlementaires par les Canadiens-Français, les longues luttes qu'ils eurent à soutenir pour acquérir la pleine liberté politique et les succès qui couronnèrent leurs efforts constituent une histoire politique d'un intérêt absorbant. Nous devons ici nous contenter de passer brièvement en revue les principales phases de ces luttes si importantes, en nous attachant particulièrement à ce qui a trait aux événements où Cartier a joué un rôle éminent.
Les trois régimes de i76o, i76t, et i77zj., imposés successivement à la population canadienne-française après la cession par le gouvernement britannique, ont été décrits par un historien canadien-français comme n'étant rien moins que de simples modifications de formes de tyrannie 2. Cette opinion, bien que certainement poussée à l'extrême, contient cependant un élément de vérité. Le Canada, après la cession, était considéré, du moins par les fonctionnaires britanniques, comme un pays conquis et sous plusieurs rapports traité comme tel. Les habitants du pays n'avaient pour ainsi dire aucune voix dans le gouvernement. Bien qu'en vertu de la proclamation royale lancée par George III en i763, et constituant en Amérique quatre nouvelles provinces dont Québec était l'une, les gouverneurs eussent été expressément autorisés à convoquer des assemblées générales, et bien que le général Murray eût convoqué une assemblée de ce genre à Québec en i7Ô4, cette assemblée n'eut jamais lieu, car les catholiques qui en faisaient partie refusèrent de prêter un serment qui aurait équivalu pour ainsi
1 Sir John Bourinot : " Parliamentary Procédure and Practice " (voir Chapitre I). Je suis redevable à Bourinot des principaux renseignements au sujet du développement des institutions parlementaires au Canada.
2 Joseph Royal : " Histoire du Canada, de 1847 à 1867."
dire à une abjuration de leur foi. De tout cela il résulta que, de i7Ô3 à i774, le gouvernement de la province fut conduit par le Gouverneur- Général avec la coopération d'un Conseil Exécutif, dont un seul membre était un Canadien-Français.
Alors donc que les régimes de i76o et 1763 étaient d'un caractère arbitraire, l'Acte de Québec de i774, adopté en dépit d'une opposition acharnée non seulement en Angleterre même mais dans les colonies de langue anglaise, a été fort bien décrit par un historien canadien-français éminent comme étant la vraie " Magna Charta " du peuple canadien-français.3 Cet acte substituait les lois et usages du Canada à la loi anglaise, stipulait que les catholiques ne seraient plus tenus de prêter le serment du " test," mais simplement le serment d'allégeance, et donnait aux Canadiens-Français de nouvelles assurances qu'ils jouiraient en toute sûreté des droits qui leur avaient été garantis par les conditions de la capitulation et le traité subséquent. Les catholiques eurent entière liberté d'observer leur religion, et leurs prêtres purent continuer à recevoir leurs dîmes et jouir de leurs droits ordinaires en ce qui concernait les personnes professant la foi catholique. Il est vrai qu'aucune mention n'avait été faite dans les conditions de la capitulation, non plus que dans le traité subséquent, de l'emploi de la langue française, mais apparemment il n'avait pas été considéré nécessaire d'établir aucune disposition à cet égard. On ne saurait forcer un peuple, soit par des lois ou des traités, à parler aucune langue particulière ni l'empêcher de parler sa langue maternelle, ce qui fut amplement démontré dans la suite par la ténacité avec laquelle les Canadiens-Français ont adhéré et adhèrent toujours à leur langue.
Il importe d'appuyer ici particulièrement sur ces dispositions de l'Acte de Québec, car ce fut sur ces dispositions mêmes que Cartier, ainsi que tous les autres chefs politiques canadiens-français, basèrent leurs réclamations pour que les assurances solennelles qui avaient été données fussent dûment respectées. Bon nombre, surtout parmi les nouveaux-arrivés, ignorant à la fois l'histoire et les traditions du pays, ont semblé, et en bien des cas, paraissent toujours penser que les Canadiens-Français jouissent de certains privilèges extraordinaires auxquels ils n'ont aucun droit, et qui devraient être supprimés dans le plus bref délai possible. On ne saurait donc trop fortement faire remarquer qu'en ce qui concerne les institutions et la langue des Canadiens- Français, il ne saurait être question de privilèges, mais bien de véritables droits qui leur ont été garantis par traité, par la loi des nations et par l'engagement solennel de la Couronne Britannique.
L'Acte de Québec a été généralement considéré, pour le temps, comme une mesure très libérale, et Garneau, l'historien le plus éminent
3 A. D. DeCelles.
que comptent les Canadiens-Français, a admis que cette mesure avait grandement contribué à réconcilier les Canadiens-Français à la Couronne Britannique. Si libéral, cependant, que fût l'Acte de Québec, il n'y avait rien là qui pût faire espérer des institutions représentatives. En vertu de cette mesure, le gouvernement de la province était confié à un gouverneur et à un Conseil Législatif désigné par la Couronne, et il était expressément spécifié qu'il n'était " pas à propos de convoquer une Assemblée." Durant les dix-sept années que l'Acte de Québec fut en vigueur, l'agitation en faveur des institutions parlementaires se continua. L'élément de langue anglaise fut le premier à adresser des requêtes pour ces institutions, avec l'espoir qu'au moyen d'une assemblée représentative, où il aurait une influence prédominante, l'anglicisation des Canadiens-Français pourrait s'opérer assez facilement. Ce fut là précisément la raison pour laquelle un certain nombre de Canadiens-Français s'opposèrent alors par voie de pétition à ce qu'une assemblée représentative fût accordée. Joseph Papineau et d'autres chefs éminents canadiens-français ne furent pas lents, cependant, à s'apercevoir que la division du pays en deux provinces, avec une assemblée représentative pour chacune, finirait éventuellement par rendre les Canadiens-Français maîtres de leurs propres destinées. C'est pourquoi, et grâce en grande partie à l'influence de Papineau, de nombreuses pétitions furent adressées en Angleterre, de i783 à 1790, pour demander des institutions parlementaires. " Que Sa Majesté," disait Papineau, " nous donne une Assemblée, où nous pourrons défendre et conserver nos lois et exposer nos griefs et nos besoins." Papineau vit ses désirs réalisés en i7gi, alors que, par ce qu'on nomme l'Acte Constitutionnel, deux provinces furent établies au Canada, chaque province ayant un Conseil Législatif, et une Assemblée investie de pouvoirs législatifs.
L'opposition des Canadiens-Français à toutes les tentatives faites pour les dénationaliser avait été si persistante que les principaux hommes d'Etat, en Angleterre, se rendirent compte que toutes tentatives de ce genre seraient futiles, et l'Acte Constitutionnel de 1791 fut adopté dans l'espoir que, les Canadiens-Français étant laissés en majorité dans une province et les Anglais dans une autre, l'harmonie finirait par prévaloir. 4
4 Edmund Burke, durant le débat sur l'Acte Constitutionnel au Parlement Impérial, montra son sens politique et éclairé en déclarant que "vouloir fusionner deux populations composées d'hommes ayant une langue, des lois et des coutumes différentes, était une pure absurdité. " Puis il ajouta : " Faisons en sorte que la constitution projetée soit fondée sur la nature de l'homme, seule base solide d'un gouvernement durable."
Le i7 décembre i7ç2 évoque une date à jamais mémorable dans les annales de Québec, car c'est de là que date le commencement des institutions parlementaires représentatives pour le peuple canadienfrançais. Ce fut au mois de juin précédent que le peuple de la province exerça pour la première fois le fier privilège d'élire des députés à une assemblée représentative, et ce fut le i7 décembre que la Législature de la province de Québec se réunit pour la première fois. 5
La ligne de démarcation entre les deux partis s'annonça dès le début comme très marquée, le parti soi-disant britannique s'efforçant d'obtenir l'élection d'un député de langue anglaise comme président, et d'imposer la langue anglaise comme seul mode officiel de communication à une assemblée composée à une forte majorité de représentants de langue française. Ces tentatives furent déjouées, mais elles furent le prélude d'une lutte acharnée et opiniâtre qui continua durant une période de plus de quarante ans.
De 1792 à 181 2, Papineau l'aîné, Bédard et autres chefs parlementaires canadiens-français furent engagés dans une lutte continuelle pour obtenir la liberté parlementaire. Dès cette époque même, le grand défaut du système fut clairement mis en évidence par l'un de ces hommes d'Etat éminents. Dans la Législature de 1808, Bédard déclara qu'il n'y avait qu'un seul moyen de remédier aux vices de la Constitution de i7o,i, et que ce moyen consistait à créer un ministère responsable. Dans une série d'articles parus dans son journal "Le Canadien," qui avait été établi expressément pour défendre la cause populaire, Bédard exposa habilement sa proposition, qui ne devait être toutefois mise en pratique qu'après bien des années d'agitation et de conflits. Les premiers gouverneurs envoyés au Canada par le gouvernement impérial étaient, pour le plus grand nombre, des hommes plus aptes à commander des troupes qu'à gouverner un peuple épris de liberté. Plusieurs de leurs actes furent d'un caractère absolument arbitraire. Mais il faut dire, en toute justice, qu'ils agissaient en se mettant à leur propre point de vue, qu'il leur fallait pour une large part suivre les instructions des autorités impériales, et que les ministres coloniaux de cette période n'avaient aucune conception de la politique large et éclairée qui fut subséquemment adoptée et qui a eu pour résultat de faire, des provinces autonomes de l'Empire, autant de citadelles puissantes au lieu de sources de faiblesse et de mécontentement. L'animosité de race se trouva accrue et la solidarité de la population canadienne-française renforcée par le fait que les gouverneurs, dans la
^ Une peinture, due au pinceau de Charles Huot, éminent artiste canadien, et récemment placée dans la salle de l'Assemblée Législative de Québec, retrace d une manière frappante la première réunion de l'Assemblée Législative du Bas- Canada, à Québec, le 17 décembre 1792.
majorité des cas, cherchaient davantage à s'appuyer sur le soi-disant parti britannique, parti qui n'avait pour les Canadiens-Français que des regards de dédain.
Ce fut sous l'administration de sir James Craig (i8o7-i8ii) que s'ouvrit sérieusement la lutte pour le contrôle du mécanisme gouvernemental. Craig a été fort bien décrit comme étant un soldat avec des idées prononcées sur des sujets comme la nécessité de la discipline et la subordination due par les inférieurs. On a aussi fort bien dit de lui qu'il détestait les Canadiens-Français comme race, qu'il se méfiait de leur religion, doutait de leur loyauté et ne reposait aucune foi en leurs capacités pour se gouverner eux-mêmes.6 Alors que le parti canadien—français dominait dans l'Assemblée, le parti britannique cherchait à s'appuyer sur le Conseil Exécutif et trouvait généralement en la personne du gouverneur un partisan zélé. La saisie du journal " Le Canadien ", l'emprisonnement de Bédard, Taschereau et Blanchet, et d'autres mesures d'un caractère aussi arbitraire ne furent que des incidents du règne de terreur inauguré pour jeter la crainte dans le cœur du peuple. Les méthodes de Craig, cependant, n'eurent pas le résultat qu'il en attendait, et la lutte fut continuée par les chefs populaires avec un redoublement de vigueur, à peine interrompue par la guerre de 1812 qui amena une trêve entre les partis ennemis afin de faire face au danger commun.
C'est alors qu'apparut pour la première fois sur la scène politique un homme qui était destiné à jouer un rôle prépondérant dans les affaires publiques, qui durant longtemps sema le vent et la tempête dans la politique canadienne et dont la carrière a été l'objet de beaucoup de critiques et de discussions acrimonieuses. Par certains historiens, Louis Papineau a été représenté comme un démagogue, un agitateur sans scrupules, et un politicien sans principes ; tandis que par d'autres il a été porté aux nues comme un homme d'Etat sans égal, un patriote sans tache et un homme contre lequel la calomnie s'était acharnée en vain. La vérité exacte ne se trouve en aucune de ces vues extrêmes. Une opinion plus équitable et plus juste de sa carrière sera que Papineau, bien qu'offrant un caractère de grandeur sous plusieurs rapports, avait ses limites, et que, bien qu'il eût des fautes, comme tous les hommes, il possédait cependant d'éminentes vertus. Les services qu'il rendit à son pays seront estimés à leur valeur à une phase subséquente de ce récit. Pour le moment, ce qui importe c'est que la grande lutte engagée par Papineau de 1820 à 1837 pour la liberté parlementaire soit étudiée dans la mesure où elle eut son contre-coup sur la carrière de George-Etienne Cartier.
6 D. A. McArthur : " An Early Canadian Impeachment," Queens Quarterly Magazine, Juin, 1913.
Né à Montréal le 7 octobre i786, Papineau était un jeune homme de vingt-huit ans en Tannée de la naissance de Cartier. Elu député à l'Assemblée de Québec en 1812, deux ans avant la naissance de Cartier, Papineau avait déjà acquis un commencement de renommée par ses talents oratoires brillants et ses dons personnels. On le désignait même alors comme le futur chef des Canadiens-Français, et comme le digne successeur de son distingué père, qui avait si vaillamment soutenu les droits de son peuple. Doué d'une personnalité très attrayante, d'une prestance imposante, et possédant en outre une éloquence extraordinaire et du caractère le plus élevé, il paraissait éminemment apte à prendre la direction de ses compatriotes et à se faire le champion des droits du peuple. En 181 5, et bien qu'il n'eût que vingt-neuf ans, il fut élu pour occuper la charge importante de président de l'Assemblée. Ainsi qu'on l'a fait remarquer, Papineau a toujours espéré, de 181 5 à 1820, que les abus dont on se plaignait disparaîtraient au moyen de la Constitution de 1791, qu'il considérait alors comme " un instrument de gouvernement presque parfait ".7 Sous ce rapport, ses espoirs devaient être déçus. Ce n'est pas notre dessein d'entrer dans tous les détails de la longue lutte qui s'ensuivit, et dans laquelle Papineau s'affirma comme le champion intrépide des droits du peuple. En son essence, et ainsi que l'a fait remarquer une autorité éminente, la question canadienne-française était assez simple; il s'agissait de savoir laquelle des deux minorités, la britannique ou la française, gouvernerait.8 Bien que les Canadiens-Français eussent obtenu des institutions parlementaires représentatives, ces institutions étaient restées pour ainsi dire sans effet. Le peuple possédait l'ombre sans la substance du gouverenement parlementaire. C'était un système britannique, dénué de ce que ce système impliquait, c'est-à-dire la liberté britannique. En réalité l'Assemblée, comme on l'a dit, n'était guère autre " chose qu'une société de discussion qui pouvait rager et écumer tout à son aise et adopter des résolutions révolutionnaires sans que personne en souffrît le moindrement." 9 Lord Durham fut celui qui a le mieux saisi le nœud de la situation quand il s'est écrié : " Comment s'imaginer qu'un corps de représentants, fort de la conscience où il est d'exprimer l'opinion publique de la majorité, puisse restreindre ses activités à la seule besogne de faire des lois, et considérer d'un œil passif et indifférent tout ce qui peut se passer, alors que ces lois sont mises en vigueur ou éludées et que toutes les affaires du pays sont conduites par
7 A. D. DeCelles : " Papineau."
8 Dean Walton : " Lord Durham and His Work," University Magazine, février, 1909.
9 Dean Walton : " Lord Durham and His Work."
des hommes en les intentions et la capacité desquels il ne saurait reposer la moindre confiance "10. " L'Assemblée ", dit encore un écrivain que nous avons déjà cité, " ne pouvait pas nommer un seul officier de la Couronne. Le Conseil Exécutif, les officiers de justice et les divers chefs de départements administratifs étaient désignés sans consulter l'Assemblée, et restaient en fonctions, quelle que pût être Topposition que l'Assemblée pouvait manifester à cet égard. Le Gouverneur et les quelques aviseurs qui l'entouraient pouvaient toujours obtenir du Conseil Législatif le rappel d'un bill qui ne leur plaisait pas ; et même quand après des luttes réitérées l'Assemblée réussissait à faire adopter une loi, elle était administrée par ceux-là mêmes qui l'avaient le plus vivement opposée. Le Gouverneur, qui venait d'Angleterre, et qui était généralement un vieux soldat, ne connaissait rien du tempérament du peuple. Il était à la merci du petit groupe de fonctionnaires qui gouvernait le pays avant son arrivée, et il ne pouvait guère échapper à leur influence. Au point de vue de l'Assemblée, le Gouverneur était un adversaire, à compter du jour où il mettait le pied sur le sol du Canada "n. Le peuple du Bas-Canada, ainsi que l'a fort bien fait remarquer une haute autorité constitutionnelle, après avoir fait durant quelques années l'expérience des institutions représentatives, " ne pouvait pas maintenant être satisfait du fonctionnement d'un système politique qui ne tenait jamais le moindre compte des désirs de la majorité, laquelle représentait réellement le peuple dans la législature ; c'est pourquoi le mécontentement se fit à la fin si formidable que la législation s'en trouva complètement paralysée :" 12 C'est ce mécontentement qui devait trouver son point culminant avec l'insurrection de 1837.
Les efforts mis en œuvre par Papineau, de 1820 à 1837, tant dans la Chambre d'Assemblée qu'en public, furent d'un caractère herculéen. Comme tribun populaire il était le chef même en qui s'incarnaient tous les espoirs. Durant cette grande période de sa carrière, c'està-dire de 1820 à 1837, Papineau fut, selon l'expression d'un écrivain canadien-français, " la personnification de tout un peuple." Durant toute cette période, il fut sans conteste la figure dominante de la politique du Bas-Canada et il jouissait d'un pouvoir pour ainsi dire sans bornes sur ses compatriotes. Ceux qui ont considéré Papineau comme un simple agitateur et un démagogue lui ont fait une grande injustice. Ses déclarations, il est vrai, surtout dans les dernières phases de la grande lutte, furent souvent extrêmes, mais
10 Voir rapport de lord Durham.
11 Dean Walton : * Lord Durham and His Work."
12 Sir John Bourinot : " Parliamentary Procédure and Practice," I, 23.
la faiblesse même du corps populaire qui était supposé être la voix du peuple expliquera dans une grande mesure, ainsi que Ta fait remarquer lord Durham, les discours violents et révolutionnaires de Papineau et de quelques-uns de ses principaux lieutenants. " Ils n'étaient pas comme une opposition constitutionnelle préparant les
voies pour un retour au pouvoir ils constituaient une opposition
permanente. Une révolution seule pouvait leur donner le pouvoir ". 13 A l'hostilité politique s'ajoutaient les haines et les préjugés de race. " Les vieux torys qui entouraient le Gouverneur-Général, " fait observer un autre écrivain, " voyaient la Chambre d'Assemblée privée de tout pouvoir et patronage avec une satisfaction particulière que ne connaissait pas le Family Compact du Haut-Canada. Le plaisir d'abaisser les représentants du peuple était certes partagé par les deux, mais les premiers éprouvaient un surcroît de satisfaction de savoir qu'en ce qui les concernait le peuple appartenait à une race étrangère et qu'en affirmant leurs principes politiques ils contentaient aussi leurs préjugés naturels " 14. Comment s'étonner qu'en de telles circonstances la patience de Papineau ait été mise à une rude épreuve et que parfois son langage ait été moins que conciliant ?
Les efforts du parti soi-disant britannique tendaient avec persistance à la subordination de l'élément français et à l'annihilation de sa puissance politique. Dans ce but un bill fut présenté en 1822, dans la Chambre des Communes d'Angleterre, qui faisait du Haut et du Bas- Canada une seule province, abolissait l'usage de la langue française et donnait une énorme prépondérance aux représentants de langue anglaise dans le nouveau parlement projeté. Cette proposition n'eut aucune suite, grâce à l'esprit de justice dont rirent preuve en la circonstance nombre d'entre les principaux hommes d'Etat britanniques.
Il n'est pas nécessaire d'entrer dans tous les détails de la lutte suprême que se livrèrent durant une période de près de vingt ans les forces parlementaires conduites par Papineau et les forces executives ou dominantes ayant à leur tête les divers gouverneurs qui se succédaient. C'est de cette lutte, et bien qu'apparemment les patriotes eussent vu crouler leurs derniers espoirs avec l'insuccès du soulèvement de 1837, que devaient naître finalement le gouvernement responsable et les libertés politiques dont les Canadiens jouissent présentement. Papineau, basant ses demandes sur les principes britanniques, maintenait la suprématie des représentants du peuple, et son remède aux abus criants de l'époque consistait en l'application du principe électif à chaque partie de l'administration et principalement au Conseil Légis-
]3Dean Walton : "Lord Durham and His Work."
14 Joseph Pope : " Memoirs of Sir John A. Macdonald.'
latif. "Je déclare solennellement," disait-il en 1834, "qu'aucune harmonie ne peut exister en ce pays entre les diverses branches de la législature tant que le principe électif n'aura pas été appliqué au Conseil Législatif, où une bande de vieillards paralyse par son opposition incessante tous les efforts des représentants du peuple."
Ce fut au moins le mérite de Papineau qu'il ne fut pas un exclusionniste, et qu'il n'a rien demandé qu'il n'était pas prêt de concéder aux autres. " Pour moi, ce que je désire " déclarait le chef canadienfrançais dans un discours remarquable prononcé dans l'Assemblée en 1835, " c'est un gouvernement composé d'amis des lois, de la liberté, de la justice, d'hommes qui protègent indistinctement tous les citoyens, qui leur accordent tous les mêmes privilèges. J'aime, j'estime les hommes sans distinction d'origine, mais je hais ceux qui, descendants altiers des conquérants, viennent dans notre pays nous contester nos droits politiques et religieux. S'ils ne peuvent se fusionner avec nous, qu'ils demeurent dans leur île. Il n'y a pas de différence d'eux à nous et nous sommes tous ici sur le pied d'une égalité complète. Ceux qui réclament des privilèges exclusifs, tout en les réprouvant sans doute au fond de leur cœur, seraient eux-mêmes les victimes de cette injustice. Il est dans la nature du cœur de tous les hommes de détester les privilèges exclusifs mais trop souvent la haine, la passion, l'esprit de parti les aveuglent. On nous dit : soyons frères. Oui, soyons-le, mais vous voulez tout avoir, le pouvoir, les places et l'or. C'est cette injustice que nous ne pouvons souffrir, nous demandons des institutions politiques qui conviennent à notre état de société."
C'étaient là les paroles d'un patriote et d'un homme d'Etat. Avec l'idée de faire cause commune avec les réformistes du Haut-Canada et d'autres parties de l'Amérique Britannique du Nord, qui dans le temps étaient engagés dans une lutte également énergique pour obtenir la liberté politique, Papineau répondit et conféra avec William Lyon Mackenzie, le grand réformiste du Haut-Canada, qui, comme Papineau lui-même, possédait un véritable don pour faire de l'agitation politique, et dont on a fort bien dit de lui qu'il était le plus grand agitateur que le Haut-Canada ait jamais eu. Papineau échangea aussi de la correspondance avec Joseph Howe, le grand réformiste de la Nouvelle-Ecosse.
Il ne faut pas croire non plus que l'appui obtenu par Papineau dans le Bas-Canada se bornait à ses compatriotes canadiens-français, du moins dans les commencements. L'un des plus forts partisans et l'un des meilleurs amis des Canadiens-Français était John Neilson, de la Québec Gazette, en qui le tempérament calme et prudent de l'Ecossais s'unissait à l'amour de justice et de liberté bien particulier aux fils
de l'Ecosse. James Cuthbert, de Berthier, et quelques autres Canadiens éminents de langue anglaise, furent aussi des défenseurs sincères de Papineau jusqu'à ce que l'attitude extrême prise par lui dans les derniers temps de l'agitation eut amené une rupture. Il arrivait aussi fréquemment que des représentants des townships de l'Est, habités par des descendants des Loyalistes, votaient dans l'Assemblée avec Papineau et son parti pour les réformes constitutionnelles qu'ils demandaient. Quand l'Assemblée, à sa session de 1834, exprima ses griefs dans une série de résolutions, bon nombre de colons des townships de l'Est se réunirent à Stanstead pour adopter des résolutions approuvant l'attitude de l'Assemblée, et au plus fort de l'agitation Papineau alla visiter ces townships en personne et fut reçu avec enthousiasme comme le champion de la liberté politique.
Les autorités impériales se montraient de temps à autre disposées à faire quelques concessions aux demandes du peuple, mais ces concessions n'étaient pas suffisantes pour mériter l'approbation de la majorité de l'Assemblée. C'est ainsi qu'à la session de 1831 il fut annoncé que conformément aux concessions et réformes recommandées par lord Goderich le gouvernement de la métropole consentait à abandonner le contrôle des revenus de la colonie, sauf le revenu casuel et domanial, à condition qu'une liste civile de £19,000 fût accordée à vie à Sa Majesté. Ces concessions qui, de l'avis des représentants les plus modérés, auraient pu servir de base à des concessions ultérieures, furent refusées par l'Assemblée, et la majorité exigea des réformes plus radicales et des garanties qu'il en serait accordé d'autres dans la suite.
Les demandes des représentants du peuple trouvèrent éventuellement leur expression formelle dans les célèbres Quatre-vingt-douze Résolutions proposées par Elzéar Bédard dans l'Assemblée de 1834. Ces résolutions, qui avaient été inspirées par Papineau et rédigées par Auguste-Norbert Morin, le meilleur écrivain politique du temps et qui était destiné à jouer un grand rôle dans la politique canadienne, furent adoptées dans l'Assemblée à une majorité écrasante. Sous une forme quelque peu diffuse, elles résumaient les griefs des représentants du peuple, alléguant la conduite arbitraire du gouvernement, la composition intolérable du Conseil Législatif, qu'ils voulaient être électif, l'appropriation illégale des fonds publics et la prorogation sommaire du parlement provincial. Il était déclaré que les Canadiens-Français avaient été traités avec mépris, qu'ils avaient été exclus des emplois publics et qu'on n'avait eu aucun égard pour leurs habitudes, leurs coutumes et leurs intérêts. " Puisqu'on a fait de l'origine et de la langue des Canadiens-Français," déclaraient encore les représentants du peuple, " un motif de blâme et d'exclusion, puisqu'on juge que cela leur mérite le stigmate de l'infériorité politique et qu'il y a lieu de les priver de
leurs droits et de ne tenir aucun compte de leurs intérêts populaires, l'Assemblée élève ses protestations contre des prétentions aussi injustes et en appelle à la justice du Roi et du parlement de la Grande-Bretagne ainsi qu'aux sentiments d'honneur de tout le peuple anglais."
L'Assemblée avait déjà, dans une session précédente, presque unanimement adopté le rapport d'un comité, par lequel, afin d'assurer l'établissement de la paix et de l'harmonie dans la province, on demandait :
1. L'indépendance des juges et leur exclusion des affaires politiques de la province.