‹ Sir George Étienne Cartier, baronnetChapitre 23 sur 66 · L. M. Viger, M. P.P. pour le omté de Terrebonne · texte numérisé non relu

L. M. Viger, M. P.P. pour le omté de Terrebonne

J. H. PricE, M. P. P., South Riding York.

Maixolm Cameron, M.P.P. pour le omté de Kent.

Jos. Bourret, M.C.L.

A. N. Morin, M.P.P. pour le comté de Bellechasse.

Lewis T. Drummond, M.P.P. pour le comté de Shefford.

Wolfred Nelson, M.P.P. pour le comté de Richelieu.

N. Dumas, M.P.P. pour le comté de Leenster.

Geo. Et. Cartier, M.P.P. pour le comté de Verchères.

Pierre Davignon, M.P.P. pour le comté de Rouville.

Ls Lacoste, M.P.P. pour le comté de Chambly.

A. Jobin, M.P.P. pour le comté de Montréal.

T. BouthiujER, M.P.P. pour Saint-Hyacinthe.

D. M. Armstrong, M.P.P. pour Berthier.

En prenant cette attitude au sujet du mouvement annexionniste Cartier montra non seulement plus de patriotisme mais une plus grande clairvoyance politique que plusieurs hommes publics de la période. Le temps a justifié son attitude, et bon nombre de ceux qui

DeWitt, M. P., A. A. Dorion, J. B. Dorion, L. H. Holton, Benjamin Holmes, F. E. Johnston, créé juge dans la suite, sir Francis Johnston, P. H. Knowlton, R. Laflamme, Charles Laberge, D. L. Macpherson, D. E. Papineau, Edward Goff Penny, John Redpath, Peter Redpath, John Rose, Labrèche Viger. Les noms de quelques-uns des plus grands négociants de la métropole, tels que les Torrance, les Redpath, les Molson, les Workman, se trouvent aussi parmi les signatures.

signèrent le manifeste annexionniste vécurent assez longtemps pour regretter leur action et pour prendre une part proéminente à la vie publique du Canada, l'un de ceux dont le nom figure l'un des premiers sur la liste des signataires étant devenu éventuellement dans la suite premier ministre du Dominion.

Le mouvement annexionniste de 1849 s'éteignit de mort naturelle, et quelques années plus tard, grâce aux efforts de lord Elgin, le Canada put obtenir sans l'annexion tous les avantages qu'on attendait de cette mesure. En anticipant un peu sur les événements nous devons ici tout particulièrement appuyer sur le fait que le traité de réciprocité négocié par lord Elgin, grâce aux efforts personnels qu'il sut mettre en œuvre à Washington, fut l'une des mesures les plus importantes de la période de l'Union. Ce traité fut sanctionné le 5 juin 1854, et entra en vigueur au Canada le 18 octobre suivant, et aux Etats-Unis le 16 mars 1855. En vertu des dispositions de ce traité, les Américains obtenaient la liberté d'utiliser les pêcheries côtières des eaux des provinces de l'Amérique Britannique du Nord, sauf pour les crustacés, et les sujets britanniques obtenaient les mêmes privilèges dans les eaux des Etats-Unis. Bon nombre de produits communs au deux pays entraient des deux côté en franchise. Les Américains, par ce traité, obtinrent aussi la libre navigation du Saint-Laurent et des canaux entre les grands lacs et l'Atlantique, et de leur côté les sujets britanniques obtenaient des droits correspondants sur le lac Michigan. Il était stipulé que le traité resterait en vigueur durant dix ans, et pourrait ensuite être abrogé par l'une ou l'autre partie en en donnant un an d'avis.3 Ce traité fut certainement d'un grand avantage pour le Canada et les Etats-Unis, et donna lieu à un grand développement du commerce entre les deux pays. Au bout de dix ans ce traité fut abrogé par les Etats-Unis, mais nous verrons bientôt que ce qui était destiné à porter un coup sensible au Canada fut en réalité un bienfait déguisé et amena indirectement l'union de toutes les provinces de l'Amérique Britannique du Nord et l'adoption d'une politique véritablement nationale. Cartier accueillit avec une satisfaction évidente l'heureux résultat des négociations du traité de réciprocité, car il était convaincu que ses effets seraient bienfaisants pour le Canada et feraient éventuellement disparaître toutes pensées d'annexion, à laquelle il était toujours fermement opposé. Même en 1861, il était encore persuadé que le traité ne serait pas abrogé, mais en cela il devait être désappointé. 4

3 Voir Adam Shortt : " Economie History, 1840-1867, Canada and its Provinces," Vol. V.

4 Voir : Discours prononcé au parlement le 5 septembre 1861.

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Ce fut comme réformiste de l'école de LaFontaine et de Baldwin que Cartier commença sa vie publique. Le parti réformiste, après bien des années d'épreuves et de vicissitudes, était maintenant à l'apogée de son pouvoir et de son influence. Peu de temps après l'adoption du bill d'indemnité, il devint apparent que des transformations de partis étaient en voie de s'opérer qui devaient avoir des résultats politiques très considérables. Jusqu'alors, les réformistes du Haut-Canada et du Bas-Canada avaient présenté un front solide en face des lignes des vieux torys. Mais un travail de désintégration était maintenant en train d'opérer des changements marqués des deux côtés. Un élément radical se glissait de plus en plus dans le parti réformiste, tandis que les torys voyaient se former chez eux un groupe animé d'idées plus libérales. Dans le premier cas, le résultat fut l'arrivée des " clear grits " dans le Haut-Canada, et la formation du parti " rouge " oiy: démocratique du Bas-Canada, tandis que du côté tory les nouvelles conditions devaient éventuellement amener le triomphe des conservateurs modérés, qui depuis quelque temps dirigaient toutes leurs espérances vers John A. Macdonald, de Kingston.

C'est en 1850 que l'élément radical avancé du parti de la Réformé^ dans le Haut- Canada, alléguant que l'administration était trop lente à s'occuper de certaines questions, notamment des réserves du clergé, forma un parti distinct auquel on donna dans la suite le nom de parti " clear grit." Le caractère radical de la politique dont les " clear grits " se faisaient les défenseurs peut être jugé par certains articles de leur programme, qui comprenaient l'application du principe électif à tous les fonctionnaires et à toutes les institutions du pays, sans en excepter le chef du gouvernement, le suffrage universel, le vote au scrutin, les parlements biennaux, l'abolition de la qualification foncière pour la représentation parlementaire, le retranchement dans les dépenses publiques, le libre-échange, la taxe directe et la sécularisation des réserves du clergé.

Dans le même temps qu'on assistait à la naissance du parti " clear grit " dans le Haut-Canada, l'élément radical du parti de la réforme dans le Bas-Canada s'affirmait de façon distincte par la formation du parti " rouge " ou démocratique, sous la direction de Papineau, qui comme nous l'avons déjà vu était absolument en désaccord avec La- Fontaine sur la plupart des questions. Le parti " rouge," qui à l'origine recevait toutes ses inspirations de Papineau, comprenait dans ses rangs des hommes comme Antoine-Aimé Dorion, qui devait devenir le grand adversaire de Cartier, son frère J.-B.-E. Dorion, connu sous le nom de l'Enfant Terrible, Rodolphe Laflamme, Joseph Doutre et Charles Laberge. Bon nombre de ces hommes étaient destinés* à briller dans l'arène parlementaire. Les " rouges " allaient même plus

loin dans leur radicalisme que les " clear grits," leur programme comprenant non seulement le suffrage universel et l'abolition de la qualification foncière pour les membres du parlement, mais en outre le rappel de l'Acte d'Union, et une forme républicaine de gouvernement ayant pour objet l'annexion aux Etats-Unis. Comme ce programme était sous certains rapports fortement imbu d'idées anti-cléricales, il souleva naturellement l'hostilité de l'Eglise et des autres éléments conservateurs du Bas-Canada. Ce fut là surtout la raison pour laquelle l'appui du clergé et de la grande masse de la population du Bas-Canada, portée naturellement aux idées conservatrices, resta si longtemps acquis à Cartier comme chef du parti des modérés, et c'est ce qui explique aussi comment Cartier, avec la phalange solide qui se groupa à ses côtés, a pu dominer dans une grande mesure durant si longtemps la situation politique au Canada. 5

LaFontaine put compter sur l'appui cordial de la plus grande partie des réformistes jusqu'à la fin de sa carrière publique. Mais il n'y a aucun doute que ce fut là ce qui le porta à se retirer de la vie publique plus tôt qu'il n'avait projeté. A la retraite de LaFontaine, en 1851, le gouverneur-général, lord Elgin, confia la tâche de former une nouvelle administration à Francis Hincks, député du comté de Oxford, qui occupait le poste d'inspecteur général (ministre des Finances) dans le gouvernement LaFontaine-Baldwin. Francis Hincks, ou pour lui donner le nom sous lequel il est le mieux connu, sir Francis Hincks, alors âgé de quarante-quatre ans, était un homme qui depuis longtemps jouait un rôle considérable dans la politique canadienne, mais dont la renommée s'était depuis quelque temps quelque peu éclipsée. Irlandais de naissance, et étant né à Cork en i827, il vint au Canada en 1832 et se fixa à Little York, dans le Haut-Canada. Destiné dès sa jeunesse à une carrière commerciale, il s'établit au Canada comme marchand de gros puis devint subséquemment gérant de banque et s'attira pour la première fois de la notoriété lors de l'enquête dans les affaires du canal Welland. Devenu ami intime de Baldwin, il épousa la cause de la réforme, et en 1838 il fonda le " Toronto Examiner," journal hebdomadaire dévoué aux intérêts réformistes. Hincks était un écrivain vigoureux et un orateur éloquent et persuasif. Il excellait surtout dans les matières de finance. Il possédait une connaissance très étendue de tout ce qui se rattachait au commerce du

B"Les théories démocratiques de l'Avenir, l'organe de Papineau et de la jeunesse libérale du temps, en faveur du suffrage universel, de l'abolition du pouvoir temporel du pape et des dîmes, son hostilité agressive et radicale à l'égard de l'Angleterre et de l'Union, son acceptation du principe de la représentation basée sur le chiffre de la population, avaient, au point de vue religieux comme au point de vue politique, aliéné au nouveau parti les sympathies du clergé." — h. O. David : "L'Union des deux Canadas," p. 115.

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pays, et on a fort bien dit de lui qu'il était passé maître dans l'art de jongler avec les chiffres. C'est sous ce rapport tout particulier qu'il acquit le plus de renommée, bien qu'il fût destiné à occuper plusieurs postes élevés tant au Canada que dans le service impérial.

Parmi les partisans de LaFontaine, il y avait un homme que l'opinion unanime désignait comme son successeur à la direction du parti canadien-français. Cet homme était Auguste-Norbert Morin, dont nous avons déjà dit quelques mots. Hincks avait été l'un des collègues, et c'était aussi un ami personnel et dévoué de Morin. Aussi, s'empressa-t-il de s'adjoindre le leader canadien-français pour former l'administration qui entra en fonction le 28 octobre 1851. Le 6 novembre, le parlement fut dissous et les élections qui s'ensuivirent donnèrent le triomphe au nouveau gouvernement. Parmi les députés élus était George-Etienne Cartier, qui fut réélu pour Verchères dans les intérêts du gouvernement. Le gouvernement Hincks-Morin, qui resta en fonctions jusqu'au 8 septembre 1854, a à son crédit plusieurs lois de la plus grande utilité, surtout celles se rattachant au développement des chemins de fer et des grands travaux publics, et c'est à partir de là qu'on constate par tout le pays une ère d'expansion matérielle très marquée.

Cartier donna son cordial appui au cabinet Hincks-Morin, et telle était l'estime en laquelle le tenaient ses collègues parlementaires qu'on lui offrit la position de solliciteur-général dans le gouvernement, offre qu'il refusa d'accepter. Le 20 septembre 1852, John Young donna sa démission de commissaire des Travaux Publics, par suite de la décision du gouvernement d'imposer des droits différentiels sur les vaisseaux des Etats-Unis passant par les canaux canadiens. Comme M. Young était un libre-échangiste bien connu, il ne lui était guère possible d'appuyer cette politique, et en se séparant du gouvernement il témoigna d'une grande fidélité à ses principes. Lors de la démission de John Young, Cartier reçut de nouveau l'offre d'un portefeuille, mais il refusa une seconde fois. En adressant la parole à l'Assemblée le 22 septembre, il déclara franchement que l'une des raisons de son refus d'accepter la position qui lui était offerte était le traitement peu élevé attaché à cette position, et l'indépendance dont Cartier fit preuve en cette occasion devait lui être particulière durant toute sa carrière.

Bien que ne faisant pas partie, dans le temps, de l'administration, Cartier n'en continua pas moins à donner au cabinet Hincks-Morin l'appui de toute l'influence puissante dont il disposait. Il y avait à peine deux ans que le nouveau gouvernement était au pouvoir quand il dut faire face à une hostilité très acerbe, non seulement de la part de ses adversaires prononcés, mais en outre de la part d'un bon nombre de ses anciens adhérents. Finalement, il décida, en 1854, de de-

mander au peuple un nouveau mandat, et peu après le parlement était dissous et des élections étaient annoncées pour les mois de juillet et août. La lutte fut de part et d'autre extrêmement acharnée. Le gouvernement avait à faire face non seulement à l'opposition des conservateurs, mais en outre à celle des libéraux du Haut-Canada et du parti rouge du Bas-Canada. George Brown, alors chef des libéraux (clear grits), qu'il avait autrefois combattus, poussa l'inconséquence jusqu'à appuyer des candidats conservateurs dans un bon nombre de circonscriptions.

Quand le nouveau parlement sorti des urnes s'assembla, trois partis distincts étaient représentés en Chambre : les réformistes modérés ou ministériels, les réformistes avancés ou radicaux, comprenant le nouveau parti rouge, et les conservateurs. Bien que les ministériels fussent les plus forts des trois groupes au point de vue du nombre, ils n'étaient pas cependant assez nombreux pour résister à une combinaison de réformistes radicaux et de conservateurs. La première passe d'armes eut lieu à l'occasion de l'élection du président, et en cette occasion George-Etienne Cartier joua un rôle considérable. A une réunion générale des députés réformistes, il fut décidé que Cartier qui avait encore été élu pour le comté de Verchères, serait leur candidat à la charge de président. Personne n'ignorait que John Sandfield Macdonald, qui avait déjà exercé les fonctions de président, devait être le candidat de l'opposition combinée des " Clear Grits " et des conservateurs, et le bruit avait couru que l'opposition du Bas-Canada avait aussi choisi son candidat en la personne de L.-V. Sicotte, député de Saint-Hyacinthe. L'élection eut lieu le 5 septembre 1854. Il était devenu évident qu'il y avait entente entre les conservateurs et les "clear grits " pour amener la défaite du gouvernement. Quand la Chambre procéda à l'élection, le premier nom soumis fut celui de George- Etienne Cartier, lequel était présenté par Robert Spence, député de Wentworth-Nord, secondé par François Lemieux, député de Lévis. M. Sicotte fut ensuite présenté par M. Dorion, chef des rouges, et en dernier lieu ce fut le tour de John Sandfield Macdonald présenté par John Scatcherd, député de Middlesex-Ouest. Durant la discussion qui s'ensuivit, William Lyon Mackenzie, le célèbre réformiste du Haut-Canada qui représentait Haldimand, et qui s'était allié aux " clear grits," attaqua personnellement Cartier, alléguant entre autres choses que ce dernier était en trop bons termes avec la compagnie de chemin de fer du Grand-Tronc.

A la conclusion du débat, le greffier de l'Assemblée, W. B. Lindsay, qui occupait le fauteuil, posa la question : " M. Cartier est-il le président ? " Le vote résulta en la défaite de Cartier par seulement trois voix, ce vote ayant été de soixante-deux contre cinquante-neuf.

Bien qu'il eût une majorité de neuf dans sa propre province, il y avait une majorité de douze contre lui dans le Haut-Canada. 6

Hincks n'ayant pas pu obtenir l'élection de Cartier comme président, dirigea tous ses efforts pour empêcher l'élection de John Sandfield Macdonald, pour lequel il n'avait aucune sympathie. L'opposition présumait que ce qu'elle avait de mieux à faire était de mettre ensuite Sicotte sur les rangs, et après que celui-ci, comme on s'y attendait, aurait été défait, ce serait chose aisée de faire élire Macdonald avec l'aide des amis de Sicotte. Mais en cela ils furent déjoués par Hincks. Le leader du gouvernement avait fort bien saisi les tactiques de l'opposition, et quand la candidature de Sicotte fut mise aux voix, les ministériels ne donnèrent aucun vote et se tinrent cois jusqu'à ce que les votes favorables à Sicotte eussent été consignés. Quand le dernier vote eut été pris, Hincks se leva, et, à l'extrême consternation de l'opposition, demanda froidement d'être compté parmi les votes favorables à Sicotte. Morin suivit ensuite l'exemple de Hincks, et alors un par un les ministériels votèrent aussi en faveur de Sicotte, ce qui assura l'élection de ce dernier à une forte majorité.

Bien que ce vote fût une indication de la faiblesse du gouvernement, il n'en continua pas moins à rester en fonctions jusqu'au 7 septembre, alors que, sur une question de privilège, Hincks offrit sa démission et le lendemain le gouvernement avait cessé d'exister.

La chute du cabinet Hincks-Morin marque l'un des épisodes les plus importants de l'histoire politique canadienne. Le maintien du gouvernement au pouvoir ayant été rendu impossible, que restait-il à faire ? Nous avons déjà dit quelques mots de la transformation des partis qui était depuis quelque temps en voie. Bien que les réformistes modérés, ayant à leur tête Hincks et Morin, fussent numériquement les plus forts de tous les groupes de la Chambre, les réformistes avancés ou radicaux, comprenant les " clear grits " du Haut-Canada conduits par George Brown et les rouges du Bas-Canada conduits par Antoine-Aimé Dorion, avec l'adjonction des conservateurs de sir Allan MacNab, étaient suffisamment puissants pour défaire tout gouvernement qu'ils se mettraient en tête de combattre. Il fallait cependant que les affaires publiques fussent administrées, et le problème n'était pas aisé à résoudre. Toute alliance entre les réformistes modérés du Haut et du Bas-Canada, soit avec les " clear grits " ou les rouges ne pouvait évidemment pas être considérée, Ce fut en ces circonstances que se manifestèrent la sagacité et le génie pénétrant de John A Macdonald, le jeune représentant de Kingston.

6 Sir Francis Hincks : "Réminiscences," pp. 317, 318.

John Alexander Macdonald était alors âgé de trente-neuf ans, et était né à Glasgow, en Ecosse, le n janvier 1815. Il n'avait donc que quatre mois de moins que Cartier. Son père, Hugh Macdonald, avait émigré au Canada avec toute sa famille en 1820, alors que son second enfant et fils aîné, le futur premier ministre du Dominion, avait à peine cinq ans. La famille alla d'abord s'établir à Kingston puis à Adolphustown sur la Baie de Quinte, et finalement à Stone Mills dans le comté de Prince-Edouard. Ne réussissant dans aucune de ses entreprises, le père du jeune Macdonald retourna finalement à Kingston, où il tomba malade et mourut le 28 septembre 1831, en laissant sa famille aux soins de son fils John Alexander. Le jeune Macdonald, qui avait fréquenté la Royal Grammar School de Kingston durant cinq ans, se trouva alors forcé d'affronter la lutte pour l'existence à l'âge de quinze ans. Après avoir fait des études de droit dans le cabinet de George Mackenzie, à Kingston, il fut admis au barreau du Haut- Canada en 1836, à l'âge de vingt et un ans, et décida de se fixer à Kingston pour y exercer sa profession. 7 II ne tarda pas à prendre un vif intérêt aux affaires publiques, et après s'être fait élire membre du conseil de ville de Kingston en 1843, il était choisi aux élections générales de 1844 pour représenter Kingston au parlement, commençant ainsi sa carrière parlementaire quatre ans avant Cartier. Durant les dix années qui venaient de s'écouler Macdonald avait pu s'assurer une position déjà assez proéminente. Par ses talents et sa grande popularité personnelle, il était devenu en politique une force avec laquelle il fallait compter. Nommé receveur-général dans le ministère Draper en 1846, puis quelque temps après commissaire des Terres de la Couronne, il avait été réélu pour Kingston aux élections générales de 1847, faisant partie de l'opposition durant le second ministère LaFontaine- Baldwin, et prenant une part active à la lutte contre le gouvernement Hincks-Morin. Il avait donné son appui à William Henry Draper, le ministre favori de Metcalfe, et il se rangea subséquemment du côté de sir Allan MacNab. Mais John A. Macdonald était un homme de trop grand mérite, d'esprit trop libéral et de compréhension trop large pour être tenu en lisière par des idées aussi étroites et restreintes que celles représentées par Draper et MacNab. Avec le cours des années, une plus grande expérience et une association intime avec des hommes de vues divergentes, ses idées s'étaient élargies et ses tendances étaient devenues plus libérales. Son esprit pénétrant lui avait fait clairement percevoir que les beaux jours du parti tory au Canada étaient passés, et que si le parti conservateur était destiné à garder l'appui d'une partie considérable de la population il fallait lui infuser un esprit plus

7 Joseph Pope's " Memoirs of Sir John A. Macdonald."

libéral et plus progressif. Il était devenu, disons-nous, l'espoir des conservateurs modérés et il comptait aussi bon nombre d'amis personnels dans les rangs du parti qui recevait toujours ses instructions de sir Allan MacNab. Macdonald n'en continuait pas moins à donner son appui loyal à son chef, mais il était évident qu'il s'était déjà tracé dans ses grandes lignes le programme éclairé et étendu qui devait bientôt donner naissance à un nouveau parti et faire de son auteur, durant bon nombre d'années, la force dominante de la politique canadienne. Il n'attendait que l'occasion favorable de pouvoir réaliser ses idées, et cette occasion était maintenant arrivée.

Cette occasion fut la division qui s'était glissée dans les rangs réformistes. Macdonald vit alors que les temps étaient mûrs pour une alliance ou coalition entre les conservateurs modérés et les réformistes modérés du Haut et du Bas-Canada, entre lesquels il y avait beaucoup de choses en commun. Sir Allan MacNab, que le gouverneur-général avait fait appeler et à qui il avait confié la tâche de former une nouvelle administration, ouvrit alors des négociations avec Morin, leader des réformistes du Bas-Canada, et lui soumit le projet d'une coalition des deux partis qu'ils représentaient respectivement. Morin vit la chose d'un bon œil et s'assura le concours de Hincks, qui convint d'obtenir l'appui des réformistes du Haut-Canada à la condition qu'il aurait le privilège de choisir deux membres de la nouvelle administration. Le résultat final de ces négociations fut la formation de ce que l'on a appelé le gouvernement MacNab-Morin, représentant l'alliance des conservateurs avec les réformistes modérés. Cette alliance fut fortement dénoncée par les réformistes avancés, mais reçut l'appui cordial de Robert Baldwin, qui en exprima son approbation dans une lettre adressée à Francis Hincks. C'est ainsi que prit naissance, comme suite à la transformation de partis dont nous venons de parler, le grand parti libéral-conservateur, qui était destiné à jouer un rôle considérable dans la politique canadienne, comme à présider durant bien des années aux destinées du pays et à s'illustrer par les noms de plusieurs célébrités.

Cartier, qui était déjà désigné pour être l'un des chefs des réformistes du Bas-Canada, prit une part importante à l'accomplissement de l'alliance qui devait donner naissance au parti libéral-conservateur. Comme il était l'un des principaux membres de la délégation du Bas- Canada, Morin trouva tout naturel de le consulter durant les négociations, et Cartier donna son assentiment au projet. Il n'avait pas tardé à s'apercevoir que tout autre arrangement entre la section modérée des réformistes du Bas-Canada et les réformistes radicaux du Haut-Canada avait été rendu impossible par les vues extrêmes de quelques-uns des meneurs de ce dernier parti, et qu'une alliance entre

les réformistes du Bas-Canada et les conservateurs du Haut-Canada serait possible pour peu que ceux-ci consentiraient à renoncer à quelques-uns de leurs principes ultra-torys. Dans un discours prononcé dans l'Assemblée le 20 juin 1854, lors de la chute du cabinet Hincks- Morin, et en réponse à certaines observations de M. Sicotte, Cartier s'exprima comme suit : " Désire-t-il un cabinet de coalition avec nos adversaires. Mais les conservateurs haut-canadiens n'ont pas encore montré qu'ils sont prêts à former une pareille coalition. Il reste un troisième moyen de former une administration, ce serait de contracter alliance avec l'honorable représentant de Kent (George Brown). Mais mon honorable collègue (Sicotte) a trop de sens pour croire que le Bas-Canada pourrait l'approuver de s'allier avec un homme qui insulte chaque jour d'une façon si outrageante à nos croyances et à nos idées."

Dans un autre discours prononcé le 20 septembre 1854, à la suite de la formation du cabinet Hincks-Morin, Cartier laisse clairement entendre qu'il regrettait la division qui s'était produite dans les rangs des réformistes, qu'il était opposé en principe aux coalitions, et qu'il n'appuyait l'alliance avec les conservateurs que parce qu'il la jugeait nécessaire pour pouvoir administrer les affaires du pays. " Il n'y a pas eu pour nous de coalition," dit-il alors, " nous appuyons les mêmes ministres. La section bas-canadienne n'a pas été atteinte par le vote de non-confiance du mois de juin dernier. Cette section du cabinet était alors soutenue par une majorité des réformistes du Bas-Canada ; elle compte encore une majorité dans la Chambre et elle n'a jamais été censurée par eux. Pour toutes ces raisons, je crois qu'on a tort de dire que le gouvernement est un gouvernement de coalition en ce qui concerne le Bas-Canada ; l'appeler ainsi est une fausse désignation. Il est vrai qu'une coalition a eu lieu dans le Haut-Canada, et que M. Morin l'a acceptée. Je n'aime pas les coalitions. Je suis un homme de parti. J'aime un gouvernement qui représente mes sentiments et mes principes. Toutefois, j'admets qu'une coalition, dans le Haut- Canada, était devenue nécessaire et je l'appuierai, ainsi que les mesures que le cabinet croira devoir présenter dans l'intérêt matériel du pays. Je désire qu'il soit bien compris que l'appui que je donne aux ministres haut-canadiens ne s'applique pas aux personnes, mais aux mesures. Je ne soutiens pas le ministère comme entité politique, mais parce qu'il est nécessaire au fonctionnment de la chose publique. Je regrette les divisions survenues dans les rangs des réformistes. Les réformistes du Haut-Canada qui ont blâmé la coalition pourraient facilement y remédier en mettant fin à leurs querelles."

Il semblerait d'après ces paroles que Cartier espérait qu'il y avait encore une chance d'apaiser les dissensions dans les rangs réformistes.

Mais il ne tarda pas à s'apercevoir que cela était impossible, et dans la suite, en formant alliance avec John A. Macdonald, il devait devenir lui-même l'un des piliers du parti libéral-conservateur.

Le gouvernement MacNab-Morin, qui resta en fonctions jusqu'au 21 mai 1856, passa par plusieurs changements avant la fin de sa durée d'office, et ces changements eurent une influence considérable sur la carrière de George-Etienne Cartier. Au commencement de 1855. un remaniement de la section bas-canadienne du ministère fut rendu nécessaire par la retraite, pour raison de santé, de son chef distingué, Morin, après une longue et remarquable carrière publique, accepta d'être créé juge et il continua à faire l'honneur de la magistrature de sa province natale jusqu'à sa mort survenue en 1865. A la retraite de Morin, sa place comme leader de la section bas-canadienne du ministère fut prise par Etienne-Paschal Taché, doyen des ministres du Bas- Canada, et sous sa direction il s'ensuivit un remaniement de la section bas-canadienne. Lewis-T. Drummond continua à garder le portefeuille de procureur-général, mais P.-J.-O. Chauveau, qui avait été secrétaire-provincial, et Joseph Chabot, qui avait été le commissaire des travaux publics, se retirèrent. Toutes ces vacances furent promptement remplies, George-Etienne Cartier devenant secrétaire provincial, et Francis Lemieux, député de Lévis, commissaire des travaux publics, tandis que Joseph Cauchon, député de Montmorency, était nommé commissaire des Terres de la Couronne, en remplacement même de Morin.

Le cabinet ainsi reconstruit était comme suit :

HAUT-CANADA

Sir Allan MacNab, président du Conseil Exécutif.

John A. Macdonald, procureur-général, Ouest.

William Cayley, inspecteur-général.

Robert Spence, ministre des Postes.

Henry Smith, solliciteur-général.

John Ross, président du Conseil Législatif.

BAS-CANADA

Etienne Paschal Taché, receveur-général.

Lewis T. Drummond, procureur-général, Est.

George-Etienne Cartier, secrétaire provincial.

Joseph Cauchon, commissaire des Terres de la Couronne.

Francis Lemieux, commissaire des travaux publics.

Dunbar Ross, solliciteur-général.

George-Etienne Cartier se trouvait donc devenu ministre à l'âge de quarante et un ans. Il était alors dans tout l'éclat et la force de sa

vie. Durant les sept années qui s'étaient écoulées depuis sa première apparition dans l'enceinte législative de son pays il avait acquis une situation considérable dans l'arène parlementaire, et il était généralement considéré comme un homme qui irait loin. Il personnifiait en réalité maintenant l'espoir du Bas-Canada, comme John A Macdonald était l'espoir du Haut-Canada. Pour la première fois ces deux hommes, qui devaient faire ensemble de si grandes choses, étaient associés comme membres du même gouvernement. Peu de temps devait s'écouler avant que Cartier devint l'esprit dominant de la section bas-canadienne du cabinet. Etienne-Paschal Taché, qui en était le leader, était un homme généralement estimé pour son caractère et son patriotisme, mais il ne pouvait pas être considéré comme un grand chef politique. Son nom est passé dans l'histoire surtout parce qu'il a présidé le ministère de coalition qui a réalisé la confédération.

Cartier, devenu ministre, avait à demander à ses électeurs la confirmation de ce mandat. La lutte qui s'ensuivit dans le comté de Verchères fut extrêmement acerbe. Les rouges ou réformistes avancés considéraient Cartier comme leur adversaire le plus formidable, et ils mirent tout en œuvre pour amener sa défaite. Son adversaire, C. Préfontaine, cultivateur de Saint-Marc, était appuyé par Dorion, Doutre, Laflamme, Pépin et autres chefs marquants du parti rouge, alors que Cartier avait le concours de Louis-Siméon Morin, un des orateurs les plus brillants que les Canadiens-Français aient jamais eu, T.-J.-J. Loranger, C.-J. Coursol et autres. Durant la lutte, Cartier fut attaqué avec une extrême violence. L'opposition le représentait comme étant l'avocat salarié du Grand-Tronc et lui décochait les aménités suivantes, que nous empruntons textuellement à un journal du temps : "Partisan des monopoles, défenseur des places lucratives, souteneur des privilèges, fauteur de corruption, allié des seigneurs, ennemi des censitaires, adversaire de la justice, champion de l'illégalité, apôtre de la servitude, prédicant de la soumission passive, trafiquant en consciences humaines, agitateur tory, jobeur, etc." Nous ne mentionnons ces extravagances qu'afin de bien marquer le degré d'invectives auquel on en était arrivé ainsi que la situation prépondérante que Cartier devait avoir acquise pour être devenu l'objet de semblables attaques. Dans un discours qu'il prononça le jour de la nomination, il se fit avec chaleur son propre apologiste et celui de ses actes publics. " Je ne considère pas l'honneur que l'on me fait," disait-il, " seulement comme un honneur personnel. Je crois qu'il rejaillit sur tout le comté qui, à diverses reprises, m'a élu comme son représentant. Ce comté m'est cher à bien des titres. Ma femme et moi y avons vu le jour, ma famille remonte à ses origines mêmes, j'y possède des biens et j'ai l'avantage de connaître personnellement presque tous ceux qui m'écoutent

L'opposition que Ton me fait ne vient pas du comté à proprement parler, mais d'un certain nombre de jeunes gens qui s'appellent des " rouges." Et ceux-là n'ont pas de politique fixe, ils sont jaloux du succès que m'ont valu mon travail et mon énergie. . . . On est venu sur les hustings s'attaquer à mes votes. Eh bien, je suis prêt à les défendre. Loin d'en rougir, j'en suis fier, car j'ai toujours voté pour plus de liberté et pour rendre le peuple meilleur."

Passant ensuite à la revue de sa carrière parlementaire, Cartier défendit les votes qu'il avait donnés sur diverses mesures, et justifia aussi l'alliance MacNab-Morin qui avait été attaquée par les rouges. En dépit de la campagne acharnée qui avait été menée contre lui, Cartier fut triomphalement réélu par une majorité de 186 voix sur son adversaire.

Cartier garda le portefeuille de secrétaire-provincial jusqu'au 21 mai 1856, alors que sir Allan MacNab, dont la carrière publique touchait maintenant rapidement à sa fin, offrit sa démission et celle de ses collègues au gouverneur-général, qui confia immédiatement à Etienne-Paschal Taché, à titre de doyen du Conseil Exécutif, la tâche de former une nouvelle administration, tâche qui fut menée à bonne fin avec la coopération de John A. Macdonald. Dans ce nouveau cabinet, qui porte le nom de gouvernement Taché-Macdonald, nous voyons George-Etienne Cartier s'élever encore plus haut, car il fut désigné pour y occuper les fonctions importantes de procureur-général du Bas-Canada, en remplacement de L. T. Drummond, qui avait refusé de faire partie du ministère à moins d'être reconnu comme chef des forces du gouvernement dans l'Assemblée, condition que John A. Macdonald ne voulut pas naturellement accepter.

La composition du nouveau gouvernement, dont Cartier était l'un des principaux membres, était comme suit :

BAS-CANADA

Etienne Paschal Taché, président du Conseil Exécutif. George-Etienne Cartier, procureur général, Est. Joseph Cauchon, commissaire des Terres de la Couronne. Francis Lemieux, commissaire des travaux publics. T. L. Terrill, secrétaire provincial.

HAUT-CANADA I

John A. Macdonald, procureur général, Ouest.

William Cayley, inspecteur général.

Robert Spence, ministre des Postes.

P. M. Vankoughnet, président du Conseil Exécutif et ministre de l'Agriculture.

J. C. Morrison, receveur général.

Bien que Taché, en sa qualité de doyen du Conseil Exécutif, fût le chef titulaire du gouvernement Taché-Macdonald, le véritable chef

était John A. Macdonald, et l'homme le plus fort de la section bascanadienne était certainement George-Etienne Cartier, bien que Joseph Cauchon fût aussi un homme de grands talents et renommé pour son esprit de ressources. Cartier se trouvait maintenant exercer les fonctions mêmes auxquelles l'appelaient le plus ses connaissances légales et sa longue expérience, c'est-à-dire celles de procureur-général du Bas-Canada, et à ce titre il était appelé à rendre de grands services en ce qui concernait les réformes légales et judiciaires qui se préparaient. En novembre 1857, par suite de la retraite de Taché, un nouveau remaniement devint nécessaire. John A. Macdonald fut chargé de la formation d'une nouvelle administration, et Cartier devint le chef de la section bas-canadienne. Ainsi donc, à l'âge relativement précoce de quarante-trois ans, et après une carrière de seulement neuf ans dans le parlement, il se trouvait succéder à la position qui avait été occupée avec tant de distinction et d'honneur par LaFontaine et Morin, et dorénavant il devait être durant bien des années le chef incontesté d'une 'grande partie de ses compatriotes canadiens-français et l'homme d'Etat le plus en vue du Bas-Canada. Pour la première fois, les noms de Macdonald et de Cartier, qui devaient être inséparables durant bien des années, étaient associés dans le gouvernement du pays. Le premier acte de Cartier, en assumant la position de leader du Bas-Canada, fut de chercher à effectuer une union des forces politiques de sa province. Avec cet objet en vue, il choisit deux libéraux, N.-F. Belleau et Louis V. Sicotte, comme collègues, et il autorisa ce dernier à offrir le portefeuille de secrétaire provincial à Antoine-Aimé Dorion qui était l'homme le plus fort dans les rangs de ses adversaires. Mais Dorion refusa les avances de Cartier, en alléguant que son acceptation d'un siège dans le cabinet serait considérée comme une renonciation de ses principes. T.-J.-J. Loranger et Charles Alleyn furent alors choisis pour compléter la section bas-canadienne du cabinet.

Le gouvernement Macdonald-Cartier, qui entra en fonctions le 26 novembre 1857, était composé comme suit :

HAUT-CANADA

John A. Macdonald, premier ministre et procureur général, Ouest.

William Cayley, inspecteur général.

P. M. Vankoughnet, président du Conseil Exécutif.

Robert Spence, ministre des Postes.

J. C. Morrison, receveur général.

BAS-CANADA

George-Etienne Cartier, procureur général, Est.

Louis V. Sicotte, commissaire des Terres de la Couronne.

N. F. Belleau, président du Conseil Législatif.

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