‹ Sir George Étienne Cartier, baronnetChapitre 24 sur 66 · C. Alleyn, commissaire des travaux publics · texte numérisé non relu

C. Alleyn, commissaire des travaux publics

T. J. J. Loranger, secrétaire provincial.

LA CARRIÈRE DE CARTIER SOUS i/UNION 127

La formation de la nouvelle administration fut suivie, le 28 novembre, de la dissolution du parlement. L'appel au peuple donna une majorité écrasante au gouvernement dans le Bas-Canada, mais la majorité du Haut-Canada se montra hostile à la nouvelle administration. Les forces ministérielles, dans le Bas-Canada, sous l'habile direction de Cartier, avaient remporté une victoire écrasante. Les fidèles du parti rouge, à la suite de Dorion, qui comptaient dix-neuf représentants dans le précédent parlement, n'étaient plus maintenant qu'une poignée. Dorion avait pu se faire réélire, mais bon nombre de ses partisans les plus proéminents étaient parmi les vaincus. Cartier s'était présenté comme candidat dans Verchères et dans Montréal. Il fut réélu dans son propre comté, mais essuya une défaite dans la ville de Montréal, qui n'avait pas alors été divisée en districts électoraux. Les candidats victorieux dans la ville furent Dorion, le rival de Cartier, John Rose et Thomas D'Arcy McGee. En cherchant pour la première fois à briguer les suffrages des électeurs de Montréal, il importe de noter que Cartier s'était présenté comme étant en faveur d'une protection adéquate pour les industries et manufactures domestiques, et de mesures pour le développement de la métropole commerciale.

Les élections avaient démontré de toute évidence que l'existence du gouvernement dépendait, et devait dépendre durant quelque temps, de la maîtrise que Cartier pourrait garder dans le Bas-Canada ; et en ce sens Cartier se trouvait être devenu le véritable maître de l'administration, bien que sa coopération avec John A. Macdonald ait toujours été animée de la plus grande cordialité.

/Le gouvernement Macdonald-Cartier resta en fonctions jusqu'au 28 juillet 1858, alors que, à la suite de l'adoption par un vote de soixante-quatre à cinquante, d'une motion proposée par George Brown contre le choix d'Ottawa comme capitale, John A. Macdonald offrit sa démission et celle de tous ses collègues. La résignation du gouvernement Macdonald-Cartier fut suivie de la formation du gouvernement éphémère Brown-Dorion, qui donnait à son tour sa démission le 4 août, à la suite de l'adoption d'une motion de non-confiance dans l'Assemblée, et du refus du gouverneur-général, sir Edmund Head, d'accéder à la demande de Brown pour une dissolution des Chambres. La situation politique en était maintenant arrivée au point voulu pour faire de Cartier l'homme même de l'époque. /

Nous allons voir maintenant George-Etienne Cartier, à l'âge relativement peu avancé de quarante-quatre ans, et après une carrière de seulement dix ans au parlement, atteindre la plus haute position à laquelle un Canadien puisse arriver, celle de premier ministre du Canada. Par ses efforts infatigables et incessants, grâce aussi à son immense labeur parlementaire et aux nombreux et dévoués partisans auxquels il commandait, il s'était acquis dans l'arène parlementaire une prééminence qui ne le cédait à aucun autre, sans en excepter son grand collègue, John A. Macdonald, qui dépendait alors de Cartier pour se maintenir et maintenir son parti au pouvoir.

Lors de la démission du gouvernement Brown-Dorion, le gouverneur-général s'adressa d'abord à Alexandre Tilloch Galt, député de Sherbrooke, pour le prier d'entreprendre la formation d'une nouvelle administration. Galt, qui ne pouvait compter sur aucun appui substantiel dans la Chambre, déclina l'offre du gouverneur et émit l'avis que Cartier, dont il était l'ami personnel, était l'homme de la situation parce que c'était celui-là qui pouvait commander au plus grand nombre de partisans dans la Chambre. Le gouverneur-général se rendit à l'avis de Galt, et Cartier accepta la tâche de former une administration. Le 6 août, il annonça que sa mission était menée à bonne fin. Le gouvernement Cartier-Macdonald était pour ainsi dire le même que le gouvernement Macdonald-Cartier, sauf que Jean-Jacques Loranger et William Cayley n'étaient plus là, leurs places ayant été prises par Alexander Tilloch Galt et George Sherwood.

L'arrivée au pouvoir du gouvernement Cartier-Macdonald a été rendue quelque peu célèbre par une évolution qui fit alors grand bruit, et que les adversaires du ministère désignèrent par le nom de " double shuffle," ou " double escamotage." Afin de faciliter les transferts et échanges de portefeuilles qui se présentent dans tous gouvernements, le septième article de l'Acte de l'Indépendance de la Législature, promulgué en 1857, stipulait ce qui suit: "Quiconque occupe les fonctions de receveur général, inspecteur général, secrétaire de la province, commissaire des Terres de la Couronne, procureur-général, solliciteurgénéral, commissaire des travaux publics, président du Conseil Législatif, président du Conseil Exécutif, ministre de l'Agriculture ou ministre des Postes, et fait en même temps partie du Conseil Législatif,

peut remettre son portefeuille pour en accepter un autre dans le délai d'un mois, et ne laisse pas par là même vacant son siège dans la dite Assemblée et le dit Conseil."

Quand la formation du ministère Cartier-Macdonald fut rendue publique le 6 août, on s'aperçut que les ministres qui faisaient partie de l'Assemblée avaient tous des portefeuilles différents de ceux qu'ils avaient dans le cabinet Macdonald-Cartier. George-Etienne Cartier était devenu inspecteur général, John A Macdonald ministre des Postes M. Sicotte commissaire des travaux publics, M. Alleyn secrétaire provincial, M. Ross receveur général, et M. Sidney Smith président du Conseil et ministre de l'Agriculture. Seuls, P. Vankoughnet et N.-F. Belleau, qui faisaient partie du Conseil Législatif et n'étaient pas obligés de demander un nouveau mandat, conservaient leurs anciens portefeuilles. La composition du nouveau ministère devait avoir une durée très brève. Le 7 août, la lettre de la loi ayant été observée, les ministres reprirent possession de leurs anciens portefeuilles. Ainsi a pu se produire dans l'histoire du pays, sous le nom de " double escamotage," un incident qui, bien que d'accord avec la lettre du statut de 1857, n'en était pas moins contraire à son esprit et à son intention. L'objet de la chose, ainsi que Cartier l'a franchement admis dans l'Assemblée, était " d'observer les prescriptions de la loi tout en épargnant au pays les frais d'élections inutiles." L'opinion publique en général se montra sévère à l'endroit de ces agissements, qui du reste ne se renouvelèrent plus jamais, et furent dans la suite rendus impossibles en modifiant la loi dans le sens voulu.

Tel que finalement constitué le 7 août, le ministère Cartier-Macdonald était comme suit :

BAS-CANADA

George-Etienne Cartier, premier ministre et procureur général, Est.

A. T. Galt, inspecteur général.

N. F. Belleau, président du Conseil Législatif.

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