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DORION ET I/OPPOSITION

de la confédération, tant pour des raisons de justice que parce que ces arguments reflétaient la pensée d'un très grand nombre de personnes dans la province de Québec, ce qui rendait encore plus formidable la tâche que Cartier avait assumée d'obtenir l'appui de sa province en faveur de la confédération. Ce fut à la séance du 16 février, à la reprise du débat, que Dorion prononça son réquisitoire contre la confédération devant la Législature du Canada-Uni. Il parla avec beaucoup de force après s'être préparé de longue main, et il fit ressortir tous les points de la discussion en présentant en détail les vues de l'opposition de Québec. Dès le début, il condamna la substitution d'une Chambre Haute, nommée par la Couronne, pour un Conseil Législatif électif, en alléguant que cela était de nature à restreindre l'influence et le contrôle du peuple sur la législature du pays, et il se refusa aussi à laisser engager le crédit et les ressources du pays pour la construction de l'Intercolonial, projet auquel il s'était toujours obstinément opposé. Parlant des difficultés constitutionnelles, il rappela qu'en 1856 il avait suggéré en Chambre, comme moyen de remédier aux difficultés, à une union législative une confédération des deux Canadas. Il croyait que, considérant les différentes confessions religieuses, les différences de langues, et les différentes lois qui régnaient dans les deux sections du Canada, le meilleur moyen de résoudre ces difficultés serait de laisser à un gouvernement général les questions de commerce, de monnaie, de banque, de travaux publics d'un caractère général, etc., et de remettre à la juridiction des législatures provinciales tous les sujets d'une nature locale. Quand le cabinet Brown-Dorion fut formé, il avait, disait-il, réitéré sa proposition pour une confédération des deux provinces. Il n'aurait jamais, cependant, déclarait-il, essayé de faire adopter une mesure semblable avant d'avoir obtenu au préalable le consentement de la majorité du Bas-Canada, et sans s'assurer que les gens de sa province étaient en faveur d'un semblable changement. Il croyait qu'une union fédérale des deux Canadas pourrait dans la suite être étendue à d'autres territoires, à l'est et à l'ouest, et qu'une semblable organisation permettrait parfaitement l'absorption d'autres territoires sans troubler en rien l'économie fédérale. Mais cela ne signifiait pas, ajoutait Dorion, qu'il eût jamais été en faveur d'une confédération avec les autres provinces britanniques. Au contraire, il avait toujours été opposé à cette idée, dans la persuasion où il était qu'une confédération ne pouvait être qu'une cause de trouble et d'embarras, qu'il n'y avait pas de relations commerciales ni sociales entre les provinces qu'on se proposait d'unir, et que dans les conjonctures rien ne pouvait justifier cette union. Il ne voulait pas dire cependant qu'il serait toujours opposé à cette confédération, car les régions désertes qui s'étendaient entre les provinces maritimes et le Canada pouvaient

un jour se peupler, et alors les relations de commerce pouvaient s'accroître jusqu'au point de rendre la confédération désirable.

La confédération qu'il désirait, ajoutait Dorion, était une confédération réelle, accordant les pouvoirs les plus étendus aux gouvernements provinciaux et seulement une autorité déléguée au gouvernement général. Son projet à cet égard, déclarait-il, différait en totalité de celui que l'on proposait, qui donnait tous les pouvoirs au gouvernement central et ne réservait aux législatures provinciales que la plus petite part possible de liberté d'action. Suivant lui, les autorités du Grand-Tronc étaient au fond de toutes ces machinations de confédération. Le Grand-Tronc avait, déclarait-il, suggéré cela comme le plus sûr moyen de faire construire l' Intercolonial. Ce projet de confédération n'était pas imposé par aucune partie considérable de la population; il n'avait pas été soumis à la Chambre comme étant l'expression des vœux d'un grand nombre, et on ne l'avait pas non plus proposé comme étant une manifestation urgente quelconque de l'opinion publique. C'était tout simplement, selon lui, un expédient imaginé par certaines gens qui se trouvaient aux prises avec des difficultés d'où ils voulaient coûte que coûte sortir. C'était aussi là, selon lui, la meilleure mesure qui eût jamais été soumise au parlement pour accroître la puissance du parti conservateur, et il s'opposait tout particulièrement à une Chambre Haute nominative qu'il déclarait avoir été imposée aux délégués de la province de Québec par les provinces maritimes. La méthode adoptée dans la circonstance, maintenait-il, était tout simplement aux fins d'assurer la prépondérance des conservateurs, et il prétendait qu'en se basant sur la moyenne de quinze ou vingt ans que chaque membre de la Chambre Haute resterait en fonctions il faudrait un siècle avant que la physionomie en fût changée. En ce qui concernait la génération de l'époque et la suivante, le Conseil Législatif ou le Sénat, déclarait-il, serait contrôlé par l'influence des conservateurs. En s'en tenant à trois pour cent pour le chiffre moyen des décès par année, il estimait qu'il faudrait près de trente ans avant qu'un changement dans le caractère de la majorité de la Chambre Haute pût se produire, même en supposant que tous les nouveaux membres eussent été recrutés dans les rangs des libéraux. Il en résulterait donc, disait-il, que la Chambre Haute se trouverait en état, en vertu de la constitution, de mettre obstacle à toutes les mesures de réforme qui étaient désirées par le parti libéral.

Dorion soutenait que toutes ces dispositions avaient été introduites afin d'être agréable aux provinces maritimes, et que le gouvernement s'était engagé à faire adopter le projet sans amendement. S'il ne s'était agi que des deux Canadas, disait Dorion, la proposition émise pour une Chambre Haute n'aurait eu aucune chance d'être adoptée,

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