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LA FAMILLE CARTIER

La famille Cartier, à laquelle appartenait George-Etienne Cartier, fait remonter son origine à Pierre Cartier, de Prulier, dans le diocèse d'Angers, France. Ce Pierre Cartier, suivant une tradition de famille, était un frère de Jacques Cartier, le célèbre navigateur de Saint- Malo et découvreur du Canada, mais il n'y a pas de preuves certaines de cela. En Anjou, ainsi qu'en Bretagne et en Vendée, les Cartier

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sont nombreux, et il n'y a aucun doute que nombre de gens de ce nom sont venus au Canada, du temps de la domination française. Trois frères, Jacques, François et Louis Cartier, de Prulier, portant le nom distinctif de Cartier L'Angevin, parce qu'ils venaient de l'Anjou, demeuraient à Québec ou dans les environs vers l'année \7/\o. Jacques Cartier, un des trois frères, qui était né à Prulier en i7io, émigra au Canada en 1736, et se fixa à Québec, où il fit un commerce considérable de sel et poisson tant au Canada qu'en Europe. Le 6 juillet 1744, il épousa à Beauport demoiselle Marguerite Mongeon, fille de Nicholas Mpngeon, et nièce de Mgr Signay, premier archevêque de Québec. De ce mariage naquirent deux fils, Jacques et Joseph, et quatre filles. Deux des filles, Louise et Geneviève, moururent célibataires; la troisième fille, Marguerite, fut mariée à Louis Dragon, de Saint-Denis, et la quatrième, Josephte, épousa William Stewart, citoyen anglais bien connu de Québec. Des deux fils de Jacques Cartier descendent les deux familles Cartier de Saint- Antoine. Vers i768, ces deux fils furent envoyés par leur père dans le district de Richelieu pour ouvrir des relations de commerce avec les colons établis jusqu'à Chambly, et à la suite de ce voyage ils décidèrent de se fixer dans ce district comme marchands, Jacques, l'aîné, allant demeurer à Saint-Antoine, et Joseph à Saint-Denis.

Jacques Cartier le second, né à Québec le 11 avril i7$of épousa à Saint- Antoine, le 2! septembre i772, demoiselle Cécile Gervaise, fille du sieur Charles Gervaise par sa femme Dame Céleste Plessis-Bélair, et nièce du premier curé de Saint-Antoine, messire Gervaise. La mère du père de George-Etienne Cartier était une cousine germaine de Mgr Plessis de Québec, de sorte que le grand homme d'Etat était apparenté en ligne collatérale à réminent prélat. La grand'mère de George-Etienne Cartier mourut prématurément à Saint-Antoine le 8 février 1783, dans la trentième année de son âge.

Jacques Cartier le second, grand-père de George-Etienne Cartier, devint l'un des marchands les plus connus et les plus riches du pays. Ce fut lui qui, en i782, construisit la maison de Saint- Antoine où devaient naître George-Etienne Cartier et les autres membres de la famille. Il fit des affaires générales sur une grande échelle tant à Saint- Antoine qu'aux environs, et eut en particulier un commerce considérable de grains, qui étaient alors le principal produit du district. Achetant ses marchandises à Québec il les amenait par bateaux à Sorel, d'où il les faisait ensuite remonter jusqu'à Saint- Antoine sur des canots, portant le nom de " Bateaux du roi." Portant un grand intérêt aux affaires publiques, Jacques Cartier fut élu député de la division Surrey à l'Assemblée Législative du Bas-Canada, où il siégea de 1805 à 1809. Dès les premières années de sa jeunesse il avait aussi pris

une part active aux affaires de milice, et avait servi dans la guerre de i77$ contre les Etats-Unis. Durant une partie de i776, alors que bon nombre de troupes avaient été détachées le long du Richelieu pour parer à l'attaque dont les Américains menaçaient le pays, une compagnie de militaires avait pris logement chez lui, dans sa maison. Il parvint finalement au rang de lieutenant-colonel de la milice, d'abord pour la division de Saint-Denis, qui comprenait les paroisses de Saint- Denis, Saint- Antoine, Saint-Marc et Saint-Charles. En 1812, ces quatre paroisses avaient pu envoyer sur le front 1,939 miliciens. En 1813, le lieutenant-colonel Jacques Cartier fut transféré à lajiouvelle division de Verchères, et était remplacé à Saint-Denis par le célèbre patriote Louis Bourdages. Animé d'un esprit public inlassable, Jacques Cartier inaugura en 1800 la première route de diligences entre Sorel et les paroisses de Saint-Ours, Saint-Denis et Saint-Antoine, et l'année suivante il fit étendre ce service jusqu'à Saint-Hyacinthe, qui portait alors le nom de Maska. Jacques Cartier le second mourut à Saint- Antoine le 22 mars 18 14, c'est-à-dire quelques mois à peine avant la naissance de son petit-fils George-Etienne.

Du mariage de Jacques Cartier le second avec Cécile Gervaise naquirent plusieurs enfants, tous morts en bas âge à l'exception d'un fils aussi appelé Jacques, destiné à être le père de l'un des hommes les plus illustres de l'histoire du Canada, et d'une fille, Cécile, qui devint la femme de L.-J.-Edouard Hubert, marchand de Saint-Denis.

Jacques Cartier le troisième, père de George-Etienne, naquit à Saint- Antoine le 29 août i774, et épousa le 4 septembre 1798 demoiselle Marguerite Paradis, fille de Joseph Paradis, marchand. Le père de George-Etienne Cartier mourut à Saint- Antoine le 29 avril 1841, dans sa soixante-septième année. Madame Cartier, mère de George- Etienne, mourut à Saint-Hugues, où demeurait sa fille Emérente, mariée au docteur Desrosiers, le jour de Pâques, 23 avril 1848, quelques semaines seulement après que son fils eût été élu pour la première fois membre du parlement. Les restes du père et de la mère de George-Etienne Cartier reposent dans le cimetière de l'ancienne église de Saint-Antoine.

Du mariage de Jacques Cartier avec Marguerite Paradis naquirent les cinq fils et trois filles dont les noms suivent :

1. Marguerite, née en 1801, et morte célibataire à Saint- Antoine en 1879. Femme d'intelligence supérieure et de qualités distinguées, elle était le vrai type de la grande dame canadienne-française. Aimant beaucoup les chevaux, et elle-même équestrienne consommée, ce qui ne l'empêchait pas d'être dévouée à tous les soins de la vie domestique, elle fut durant longtemps l'une des figures les plus populaires dans la

société de la vallée du Richelieu. L'aînée de la famille, elle survécut six ans à son illustre frère.

2. Jacques-Elzéar, né le 9 janvier 1803, mourut dans sa première jeunesse alors qu'il poursuivait ses études au collège de Montréal.

3. Sylvestre, né le 31 décembre 1804, exerça la médecine à Saint- Aimé, comté de Richelieu, où il mourut en 1885.

4. Antoine-Côme, né le 26 septembre 1809, notaire et cultivateur, N'ayant jamais exercé sa profession, il fit de la culture sur une grande échelle et habita toute sa vie la maison de famille de Saint-Antoine, qu'il transmit à sa mort à ses deux enfants. Il mourut à Saint-Antoine le 7 décembre 1884, ayant eu de son mariage avec demoiselle Josephte Cartier deux enfants, Virginie et Jacques.

5. Emérente, née en 18 10, épousa le docteur J.-B. Desrosiers, de Saint-Hugues. Femme pieuse, charitable et dévouée, et de qualités supérieures, elle mourut à Saint- Antoine le 1er novembre 1879, en laissant quatre enfants.

6. François-Damien, né le 26 juillet 1813, fit ses études au collège de Montréal en même temps que son frère George-Etienne, et, optant pour la carrière du droit, devint l'associé de son illustre frère. Il mourut célibataire chez sa sœur Madame Lusignan, de Saint-Antoine, le 8 novembre 1865, dans sa cinquante-deuxième année. C'était un homme de grands talents, et son frère George-Etienne disait souvent de lui qu'il était la plus forte tête des deux. Profondément versé dans la science du droit, c'était lui qui préparait toutes les causes qui étaient plaidées en cour par George-Etienne. C'était aussi lui qui ressemblait le plus à George-Etienne comme figure et apparence générale.

7. George-Etienne, né à Saint- Antoine le 6 septembre 18 14, homme d'Etat et l'un des principaux fondateurs du Dominion du Canada, mort à Londres le 20 mai 1873.

8. Léocadie, née le 12 octobre 18 16, et mariée au docteur Joseph Lusignan, de Saint-Ours. Femme douée de très hautes qualités et d'une piété exemplaire, elle mourut à Saint- Antoine le 11 février 1879, en laissant deux anfants.

De nombreux descendants des frères et sœurs de George-Etienne Cartier vivent actuellement, et constituent des branches collatérales de la famille.

Des descendants de Joseph Cartier, second fils de Jacques Cartier le premier, et frère de Jacques Cartier, ancêtre de George-Etienne, vivent toujours à Saint-Antoine, et constituent la branche cadette de la famille. Joseph Cartier, né à Québec vers 1752, se fixa vers 1769

à Saint-Denis, où il devint l'un des plus grands négociants de la région. Ayant épousé à Québec demoiselle Marie-Aimée Cuvillier, il en eut de nombreux enfants. Son fils aîné Joseph, né à Saint-Denis en i78o, entra tout jeune à l'emploi de son oncle Jacques Cartier, de Saint- Antoine, et telles étaient ses aptitudes pour les affaires qu'en peu d'années ce fut lui qui eut la conduite du commerce de son oncle. Ce dernier, voyant que son seul fils Jacques, père de George-Etienne, montrait peu de dispositions pour les affaires, et ne voulant pas que son commerce passât en des mains étrangères, établit son neveu à Saint- Antoine et lui construisit une grande maison en pierre semblable à celle qu'il s'était construite pour lui-même. Joseph Cartier commença à opérer pour son propre compte en 1800, et le 15 octobre 181 1 il épousa demoiselle Marie-Pierre Laparre.

En 1820, Joseph Cartier se trouvait à la tête d'un commerce considérable. En outre de ses affaires de gros et de détail, il exportait chaque année en Angleterre au moins cinq cent mille minots de grain, qui étaient transportés sur le Richelieu en petits bateaux jusqu'à Sorel, où on les chargeait sur les navires à destination de l'Angleterre. Joseph Cartier, après être devenu l'un des hommes les plus riches et les plus influents du pays à cette période, mourut à Saint-Antoine le 8 mars 1844, âgé de soixante-quatre ans, et en laissant une nombreuse famille.

L'un des fils de Joseph Cartier, Narcisse Cartier, né le 3 mai 1823, continua les affaires de son père à Saint- Antoine durant quarante-neuf ans. Il mourut à Saint-Antoine le 22 janvier 1900, en laissant quatre enfants issus de son mariage avec demoiselle Marguerite Chagnon, de Verchères.

Louis- Joseph Cartier, fils aîné de Narcisse Cartier, naquit à Saint- Antoine le 7 mai 1848, et épousa le i7 juin 1873 demoiselle Hermine Kemner Laflamme, de Saint-Antoine, et seigneuresse de Contrecœur. Suivant l'exemple de ses ancêtres, Louis-Joseph Cartier se lança dans le commerce et fit des affaires considérables de 1866 à 1880, alors qu'il se retira dans son beau domaine de Saint-Antoine, où il vit encore. Homme d'intelligence supérieure, de manières courtoises, et d'une culture étendue, il maintient les meilleures traditions de sa famille distinguée. Durant ses heures de loisir, il a écrit des notes très précieuses sur l'histoire de Saint-Antoine et ses familles les plus notables, et c'est à lui que nous devons les renseignements que nous avons donnés ici sur la famille Cartier.

Du mariage de Louis- Joseph Cartier avec dame Hermine Kemner Laflamme sont nés trois enfants qui vivent encore aujourd'hui :

1. Jeanne Cartier, née le i7 mars i87ç, et mariée en 1907 à J.-M. Richard, notaire, de Saint-Ours.

2. Joseph-Armand Cartier, cultivateur à Saint-Antoine, né le 23 octobre 1881, et marié en 1906 à demoiselle Maria Senécal, de Verchères.

3. Joseph-Louis Cartier, né le 3 juin 1885, et qui demeure chez son père à Saint-Antoine. Artiste émérite, et s'occupant de photographie, il a préparé lui-même bon nombre des photographies dont le présent ouvrage est orné. Il est le propriétaire de la seigneurie de Contrecœur, qu'il a héritée de sa mère.

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