‹ Sir Henry RaeburnChapitre 11 sur 71 · DR. NATHANIEL SPENS · texte numérisé non relu

DR. NATHANIEL SPENS

Compagnie royale des Archers

Il est bon de se mettre en garde ici contre des malentendus qui peuvent provenir d'une exposition si brève et si nue du caractère et de l'histoire de la peinture directe, fort en faveur aujourd'hui. Il se peut que Léonard de Vinci soit un des principaux auteurs de cette tradition de la peinture à l'huile consultés par les artistes plus récents. Il peignit, en somme, directement, du moins par comparaison avec d'autres, tels que Michel-Ange et Durer. Dans ses écrits, il a certainement posé les visées et les principes de l'art moderne, quand même il ne les aurait guère mis en pratique. Quant à la méthode ellemême, on peut dire, peut-être, que depuis le commencement de la peinture à l'huile, différents artistes ont pratiqué la peinture directe à des degrés divers, selon que leurs visées et leurs connaissances le permettaient. Des Vénitiens comme Lotto, le Titien, le Tintoret, Véronèse, bien que cherchant avant toute autre qualité la couleur, employaient sans doute des méthodes moins détournées que celles de peintres postérieurs, comme Sir Joshua Reynolds. Au XVI IP siècle et au commencement du XIX', Lawrence offre l'exemple d'un artiste enclin à peindre directement, comme on peut le voir dans son profil inachevé de George IV, à la Galerie Nationale de Portraits. Il faut se rappeler que les artistes qui commencèrent le mouvement français de 1830 avaient toujours son nom à la bouche. Longtemps après cette date, cependant, j'ai vu de mes yeux toute sorte de peinture demi-indirecte, même parmi les groupes de paysagistes français qui travaillaient dans les colonies de peintres aux environs de Fontainebleau. Les uns employaient des fonds secs de noir, de pur vert émeraude, ou de rouge ; d'autres, des fonds frais de blanc pur ou de bitume. Ce sont là des considérations qui font qu'il est difficile de dire quand la peinture directe apparut pour la première fois, impossible de lui assigner exclusivement une époque, une contrée, ou une école spéciale, et hasardeux d'estimer le mérite d'originalité appartenant à Raeburn ou à tout autre artiste qui pratiqua individuellement cette méthode. On peut dire toutefois que les principaux représentants de la peinture directe sont, dans le passé. Hais et Vélasquez, et au XIX' siècle les peintres des écoles françaises récentes.

D'un autre côté, nous savons comment Raeburn se servait de la couleur, et cette manière serait parfaitement acceptable aujourd'hui. En fait, elle diffère à peine de celle qui s'enseignait naguère dans l'atelier de M. Carolus Duran. Mais avant de décrire les habitudes de Raeburn à son chevalet, telles que

plusieurs de ses modèles nous les ont racontées, il n'est peut-être pas mauvais de jeter un coup-d'œil rapide sur son éducation. Comparé aux artistes théâtraux, mystiques, académiques et maniérés, Raeburn avait plus appris de l'observation que de la tradition. Il ne reçut que fort peu d'enseignement régulier ; les portraits en miniature, qu'il fit de très bonne heure, étaient la copie spontanée de la nature. Sa liaison avec Martin veut dire simplement qu'il copia les tableaux de cet artiste. Ses travaux pour le bijoutier Gilliland consistaient en dessins à exécuter en métal. Lorsqu'il alla en Italie, le critique d'art Byers lui conseilla de ne jamais travailler que d'après nature, ne s'agît-il que du plus mince accessoire, recommandation qui s'accordait parfaitement avec les sentiments personnels du peintre et qui confirmait l'habitude de toute sa vie. En vérité, si l'on considère d'un point de vue général la peinture de portrait en Angleterre depuis Van Dyck, la plupart de ses productions, les meilleures, paraissent maniérées à côté de l'œuvre de Raeburn. Raeburn fut l'élève de la Nature ; mais pour apprendre de ce maître il faut d'abord en savoir assez pour comprendre ses leçons, et l'on avait sans doute enseigné à Raeburn un peu de dessin, de perspective, et l'emploi vulgaire de la couleur à l'huile. De ses premiers maîtres il avait appris son métier et l'usage de ses instruments ; son art et son style direct vinrent de sa fréquentation personnelle de la Nature. Les méthodes de travail adoptées par Raeburn n'étaient pas différentes de celles d'hommes comme Carolus Duran et Manet, qui s'enseignèrent consciemment à eux-mêmes à chercher une manière dans une certaine façon de regarder la nature. Ni les Français ni l'Ecossais ne copièrent ni n'imitèrent une manière ; ils revinrent simplement à cette large observation de la lumière réelle, qui avait produit et le style de Vélasquez et le style de Rembrandt.

La ressemblance qu'il y a entre la pratique de Raeburn et celle des artistes français récents apparaît dans les particularités suivantes de sa méthode : i° il faisait rarement poser son modèle plus d'une heure et demie ou deux heures de suite. 2° il ne donna jamais plus de quatre à cinq séances à une tête ou à un buste ; 3° il ne dessinait pas d'abord son sujet au crayon blanc, mais il le traitait directement avec le pinceau sur la toile nue ; 4° de ses premières touches il indiquait le front, le menton et la bouche ; 5° il plaçait le chevalet derrière le modèle, et s'éloignait pour regarder en même temps la peinture et l'original ; 6° un pli de draperie lui

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